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400.000 voitures franchissent chaque jour le Carrefour Madrid Version imprimable Suggérer par mail
25-10-2007 - 12:29

Par: Cheikhna Ould Cheikh

Le vacarme assourdissant des voitures, des claksons à rythme parfois régulier, des conversations, généralement musclées, entre des conducteurs pressés qui s'arrachent la priorité et une poignée de policiers incapables de freiner cette anarchie, tout cela sous un nuage permanent de poussière et de fumée. Tel est le spectacle quotidien qu'offre le Carrefour Madrid situé au centre de la capitale et assurant la déserte de 90 pc du territoire national.

Source: Google Earth

Passage obligé pour nombre de nouakchottois, le Carrefour Madrid constitue un véritable casse-tête, particulièrement pour les fonctionnaires, les écoliers et les étudiants appelés à franchir cet obstacle tous les jours de travail.

Pendant les heures de pointe, les embouteillages sont tout à fait compréhensibles à Nouakchott, mais ce qui distingue le Carrefour Madrid c'est la permanence quasi totale de ce phénomène.

"Nous perdons régulièrement du temps pour franchir ce carrefour ainsi que d'autres non moins importants sur l'axe de Toujounine", a dit M. Mohamed Ould Mohamed Lemine, cadre au ministère de l'hydraulique, dans un entretien avec l'AMI.

Cette situation risque à la longue de porter préjudice à l'exercice de ma fonction à cause des retards répétés, ajoute-t-il, précisant qu'elle a, en plus, une incidence directe sur la consommation en carburant et qu'elle nuit gravement à l'état de sa voiture.

Pour sa part, M. Moustapha Ould Mohamed Lemine, banquier de son état, a souhaité que le cas de ce carrefour soit étudié par les services compétents afin d'apporter des solutions dans les meilleurs délais. Son incidence économique est de taille, a-t-il précisé.

Interrogés par l'AMI à ce sujet, les éléments d'un groupe d'étudiants, n'ayant pas pris au sérieux les questions du journaliste, ont éclaté de rire. L'un d'entre eux a cependant daigné dire que sa position inconfortable dans le minibus l'empêche de réfléchir convenablement à la question posée.

La situation inquiétante du Carrefour Madrid n'est pas le fruit du hasard, elle est plutôt consécutive à la conjonction de plusieurs facteurs dont notamment l'absence d'une bonne planification dans le domaine de la conception et de l'exécution des infrastructures routières, le non respect des critères de délivrance des permis de conduire, le manque cruel de panneaux de signalisation, les performances défectueuses des brigades routières de la police, la dislocation de la défunte fédération des transports et, surtout, le comportement irresponsable de nombre de nos concitoyens qui ne remplissent malheureusement pas les critères requis pour la vie en cité.

S'agissant des policiers, dont la présence est sensible au niveau de ce carrefour, ils semblent être en grande partie à l'origine de cette anarchie aux yeux de beaucoup d'usagers. Un avis qui n'est pas pour autant partagé par le commissaire spécial de la voie publique, Ely Ould El Moctar.

Le commissaire Ould El Moctar explique à l'AMI la méthode de gestion du trafic suivie par ses éléments au niveau de ce carrefour qui voit quotidiennement le passage de 400.000 voitures toutes catégories confondues, selon une étude financée par le Programme de développement de Nouakchott et élaborée par le  bureau Transitec.

Le commissaire a indiqué dans ce cadre que ses hommes ont la lourde mission d'assurer la fluidité de la circulation dans une capitale où l'évolution du parc automobile ne correspond pas au développement des infrastructures routières.

Le carrefour en question dessert toute les moughataas de Nouakchott en plus de 80 pc des régions de l'intérieur, dira également le commissaire de la Routière qui précise que "devant une telle densité de trafic, les policiers ne sont pas matériellement en mesure d'assurer le contrôle". Il déplore aussi "le niveau des mesures dissuasives qui se limitent pour le moment à des amendes allant de cent à six cents ouguiyas".

Nos éléments, poursuit le commissaire Ould El Moctar, "sont également appelés à gérer 36 carrefours sur les 240 que compte la capitale et dont 12 seulement disposent de feux de stop". Il a ajouté que, malgré les difficultés liées aux moyens limités du Commissariat de la voie publique, mais aussi à d'autres facteurs endogènes, les policiers se déploient en masse pour limiter le temps d'attente des usagers du carrefour et organiser la circulation en fonction des moyens de bord.

"Le degré d'acuité avec lequel se pose le problème de ce carrefour ne nous échappe pas", a de son côté assuré le directeur de gestion des services d'intérêt communautaire à la Communauté urbaine de Nouakchott (CUN).

M. Abdellatif Ould Mohamed a indiqué à ce sujet que son institution envisage, dans le cadre d'une étude déjà achevée et approuvée par le conseil de la CUN, de construire un pont au dessus du Carrefour Madrid et d'élargir la double voie en direction de Toujounine pour assurer la fluidité de la circulation. Ces efforts seront renforcés par la mise en place de panneaux de signalisation au niveau des carrefours prioritaires, a-t-il ajouté, citant la même étude.

Selon une source proche de la direction des infrastructures et des transports, la solution du problème du Carrefour Madrid figurait en bonne position dans le programme des réalisations pour l'année 2006. Cette information est aussi contenue dans une note relative à la voirie de Nouakchott, dont l'AMI a reçu une copie.

Au titre de ce programme 2006, les travaux devaient porter sur l'amélioration de quatre carrefours sur les trois premiers kilomètres entre le Carrefour Madrid et la station ORYX sur l'axe de Toujounine ainsi que l'élargissement des voies au niveau des intersections et la mise en place de feux tricolores.

Tous ces travaux n'ont pas été réalisés faute de moyens, souligne-t-on.  
Reste à savoir qu'est ce qui a été fait au niveau de la direction des transports terrestres pour organiser les gares routières et adapter le système de délivrance des permis de conduire aux normes internationales en vue de contribuer à la fluidité de la circulation à Nouakchott.

Sur ce plan, le directeur des transports terrestres, M. Mohamed Ould Abdallahi, a indiqué qu'une commission composée de représentants des différents acteurs a été mise en place pour apporter des solutions à ce problème. Cette commission, dira-t-il, identifiera des sites au niveau des moughataas de Sebkha et Toujounine pour abriter les futures gares, précisant que des "efforts ont été consentis pour l'affectation de ces terrains qui relèvent du domaine de l'Armée".

M. Ould Abdallahi a aussi dit que le nouveau code de la route, dont l'application entrera en vigueur début 2008, apportera des améliorations significatives au niveau notamment des mesures dissuasives, des nouvelles conditions à remplir pour obtenir un permis de conduire et, éventuellement, le renouvellement du parc automobile dans le cadre de mesures d'accompagnement financées par l'UE à hauteur 2,2 millions d'euros.

Le directeur des transports terrestres a cependant déploré la non restriction de parking au centre-ville, l'inexistence de lignes de transport publiques fiables, l'absence de réglementation interdisant la circulation des poids lourds sur les principales artères de la capitale pendant les heures de pointe et la non réglementation de l'importation des voitures usagées.

Il s'est enfin attendu à ce que les textes de la réforme des transports (lettre de voiture, manifeste de voyage et localisation) que le ministère envisage d'appliquer à la lettre constitueront le véritable remède à l'anarchie qui handicape le développement du secteur.

Les différentes parties concernées par cette épineuse question de décongestionnement du Carrefour Madrid sont unanimes de la nécessité de résoudre rapidement ce problème. Même si elles ont exprimé leur détermination à oeuvrer, chacune en ce qui la concerne, pour le surmonter, il n'en demeure pas moins qu'il est grand temps de joindre l'acte à la parole.

Nos chers compatriotes doivent, à leur niveau, assumer leur responsabilité en contribuant à cet effort et surtout en se comportant en bons citadins.

Source: AMI


 

 
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