Gouvernements de Moktar: l'équipe de l'indépendance Version imprimable Suggérer par mail
11-07-2008 - 01:43

Par: Ould Bladi

Le premier gouvernement de la Mauritanie indépendante a vu le jour le 29 septembre 1961, à peu près une année après l’accession du pays à la souveraineté. Il comprend onze membres dont le Président de la République, Moktar Ould Daddah, qui avait gardé pour lui les portefeuilles des Affaires étrangères et de la Défense.

Sept nouvelles figures de la vie politique entrèrent dans le gouvernement. Cinq autres personnalités perdirent leurs postes, y compris le dernier ministre français du gouvernement, Maurice Compagnet, qui s’occupait depuis 1957 du ministère des Finances. Seulement, trois ministres de l’ancien cabinet (Sidi Mohamed Deyine, Mohamed El Moktar dit Maarouf, Mamadou Samba Boly Bâ) échappent au remaniement, mais changent de portefeuilles (voir la liste du gouvernement). Le nombre des ministres passe de neuf à onze. Cette équipe a été choisie par Moktar, non nécessairement pour la loyauté à son égard, mais essentiellement afin de pouvoir répondre à l’exigence du moment: assurer l’unité politique au sein de l’entité naissante. Autre particularité du gouvernement de l’indépendance, il enregistre l’entrée, pour la première fois, d’Ahmed Ould Mohamed Saleh, légendaire collaborateur du président Moktar.

Ce gouvernement a été constitué dans une conjoncture on ne peut plus difficile pour le jeune État qui se mettait en place et dont l’unité était encore partielle et très fragile. Le PRM, le parti dominant, était fortement ébranlé par la scission de l’année précédente. Afin de redresser cette situation, le groupe parlementaire du parti décida, en février 1960, de se substituer à toutes les instances du PRM, mais ce dernier était lui-même divisé. Il comprenait une grande majorité conservatrice hostile aux changements et une petite minorité favorable (dont le président Moktar) à ces changements. Il y avait exactement les mêmes tendances qui s’étaient déjà affrontées au congrès d’Aleg, en mai 1958.

Moktar Ould Daddah, le jeune avocat et premier ministre, à l’époque, avait deux priorités pour le pays: consolider l’unité de populations rurales et disparates et préparer l’avènement de l’indépendance, une option qui suscitait l’hostilité de la majorité des acteurs d’antan. Les efforts tendant à concrétiser cette vision allaient accaparer le travail gouvernemental de 1960 à 1961.

Pour ce qui est de la première question, celle de la consolidation de l’unité nationale, le père de la nation devrait faire face à l’opposition de trois groupes politiques: l’Union socialiste des musulmans mauritaniens (USMM) qui naquit à Atar en février 1960. Dans ses mémoires, Moktar estime que cette formation a vu le jour «sous l’impulsion du 2ème bureau français alors très influent auprès des guerriers de l’Adrar…». Sa direction était composée de notables transfuges du PRM, hostiles à l’idée d’indépendance du pays. Ahmed Ould Kerkoub fut le plus connu de ce directoire. Il était épaulé par deux jeunes nahdistes: Salem Ould Bouboutt et Sidi Ould Abass.

Les deux autres groupes sont La Nahda et l’UNM. Le premier était proche des thèses marocaines. Le deuxième était favorable à l’intégration dans la fédération du Mali. À l’égard de ces opposants, Moktar alliait entre la fermeté et la souplesse. Au départ, les activistes parmi eux étaient assignés à la résidence surveillée chez eux, mais le pouvoir a réussi, à travers des intermédiaires discrets, à maintenir le contact avec les plus modérés. Ainsi, lorsque le Président a jugé utile de chercher l’unité politique, il contacta les trois formations opposantes le 13 août 1960 et les invita à engager le dialogue qui aboutira, après leur réunion à Nouakchott le 4 octobre 1960, au but recherché: l’unité de toute la classe politique à la veille de la proclamation de l’indépendance. Mais cette unité, fut-elle si essentielle pour le pays, n’était pas le seul problème à résoudre. Il y avait le problème financier et économique. Les recettes propres du pays couvraient à peine 40% de son budget, le reste était accordé par la métropole sous forme de subvention. L’accession à l’indépendance allait certainement se traduire par des dépenses supplémentaires auxquelles il faudrait faire face. Pour faire face à cela, une commission dite de «la hache» fut désignée. Elle déposa son rapport le 15 novembre, moins de deux semaines avant la date fixée pour l’indépendance. Ses propositions furent appliquées, ce qui a permis d’enregistrer des économies dans certains chapitres. Bien avant ces préparatifs, Moktar devrait résoudre le problème de l’hostilité à toute idée d’indépendance chez la majorité des acteurs.

Dans cette ambiance, la majorité de la classe politique continuait à tergiverser quant à la fixation d’une date à proposer à la France pour le début des négociations qui doivent aboutir à l’indépendance. Profitant d’une visite à Koumi-Saleh, le 6 février 1960, Moktar lâche le morceau: «à la fin de l’année ou au début de 1961, la Mauritanie demandera le transfert des compétences». Il fut critiqué par certains de ses amis pour avoir tenu de tels propos sans consulter aucune instance et d’avoir ainsi mis la direction du parti devant le fait accompli. Pourtant, le groupe, à l’issue d’une longue tenue du 16 au 18 février, a accepté, sous l’impulsion de Moktar, d’inviter «le gouvernement de la République Islamique de Mauritanie à prendre toutes les dispositions nécessaires en vue de l’accession de la République Islamique de Mauritanie à la souveraineté internationale, par transfert de compétence au cours de l’année 1961».

Le 24 du même mois, Moktar remit, à Paris, le texte de cette déclaration au général De Gaulles qui a approuvé pleinement cette proposition. Ce calendrier sera révisé à la suite d’une conférence (du 20 au 22 juillet) de tous les cadres mauritaniens qui, voyant tous les pays de la communauté accéder à l’indépendance en 1960, demandèrent la même chose pour leur pays. Sur la base de cette demande, la date de la proclamation de l’indépendance sera fixée, d’un commun accord avec la puissance coloniale, au 28 novembre 1960.

Les négociations pour l’indépendance commencèrent le 18 octobre à l’Hôtel Matignon. La puissance occupante était représentée par son premier ministre, Michel Debré, à la tête d’une délégation comprenant d’importantes personnalités françaises dont Jacques Foccart, à l’époque, secrétaire général de la Communauté. La délégation mauritanienne était dirigée par le président Moktar et comprenait Sidi El Moktar N’Diaye, président de l’Assemblée Nationale, Cheikhna Ould Mohamed Laghdaf, ministre de la Justice, Youssouf Koïta, député-maire de Kaédi, Yahya Kane, député, questeur de l’assemblée.
Après quelques rounds de négociations, parfois tendues, les deux parties signent un seul accord: le transfert des compétences de la communauté à la République Islamique de Mauritanie. Ce qui veut dire l’indépendance. Une option qu’appréciaient très modérément les voisins maliens et marocains. Des incidents parfois sanglants eurent lieu à la frontière avec le Mali où opère un groupe actif aidé par le Maroc et hostile à la naissance de l’État mauritanien.

 

Moins d’un mois avant la mise en place du premier gouvernement post colonial, le 26 août 1961, Mohamed Lamine Sakho, chef de la subdivision de Néma-sud, est assassiné. Un peu plus tard aura lieu l’attentat sanglant de Néma qui provoqua la mort de trois militaires français et la blessure de treize mauritaniens et français. Les trois auteurs de cet attentat, deux soldats et un complice civil, furent arrêtés, jugés, condamnés à mort et exécutés. Avant cela, l’année précédente, un attentat contre un militaire français est déjoué de justesse à Kiffa, le 4 novembre 1960. Quatre jours plus tard, le 8 novembre, à l’ouverture de la session extraordinaire de l’Assemblée Nationale en vue de la ratification de l’accord de transfert des compétences, le député-maire d’Atar, Abdellahi Ould Obeïd, fut assassiné au Ksar.

En dépit de tous les harcèlements, Moktar Ould Daddah proclama l’indépendance du pays, le 28 novembre 1960, à zéro heure, en présence du premier ministre français, Michel Debré et de trente-trois délégations venues des cinq continents. Une seule délégation arabe, celle de la Tunisie, y était présente.
Ce grand événement s’est déroulé dans un hangar de fortune, aménagé pour la circonstance et contenant à peine tous les invités. L’éclairage était assuré à travers un seul groupe électrogène… Les cérémonies se déroulèrent finalement sans problèmes. Le père de la Nation, qui s’est investi corps et âme pour la réussite et la réalisation de ce rêve, déclara dans son discours: “le rêve de chaque homme, de chaque femme de ce pays est devenu réalité… Dans cette capitale naissante, je vous convie à reconnaître le symbole de la volonté d’un peuple qui a foi dans son avenir.

Président de la République Islamique de Mauritanie: Moktar Ould Daddah (1961 – 1978)

Gouvernement formé le 29 Septembre 1961

Ministres:

Affaires étrangères et Défense nationale:  Moktar Ould Daddah
Finances:  Mamadou Samba Boly Ba
Planification:  Mohamed El Moktar Ould Cheikh Abdallahi dit Marouf
Économie rurale et Coopération: Dah Ould Sidi Haïba
Construction:  Ahmed Ould Mohamed Salah
Éducation et Jeunesse: Ba Ould Ne
Santé, Travail et Affaires sociales:  Bocar Alpha Bâ
Intérieur:   Sidi Mohamed Deyine
Justice et Législation:  Hadrami Ould Khattri
Information et Fonction publique:  Dèye Ould Brahim
Transports, P & T:   Bouyagui Ould Abidine

     
Source: Biladi


Nombre de lecteurs: 720

Commentaires (17)
1. 11-07-2008 04:00
regarder moi sa ce que rapprocher au gouvernment de taya et autre  
presque tout les minister sont du trarza alors vous dites tribaiste
Visiteur
cherif
2. 11-07-2008 05:41
Cherif, 
 
oublies pas qu'on était en 1961!
Visiteur
Noura M.
3. 11-07-2008 12:05
Pourquoi cette évocation historique du régime néoclonialiste d'Ould Daddah? Si la survie même de la Mauritanie en tant que pays est aujourd'hui plus problèmatique que jamais, c'est la faute de ce régime qui l'a engagée sur une voie sans issue, car n'ayant d'indépendant que le nom. C'est un pays artificiel à cent pour cent qui n'a aucune stratétgie propre mais plutôt d'être toujours sous domination économique, culturelle et politique de la France. La langue française est maitresse comme au bon vieux temps en lieu et place de l'arabe qui est la langue nationale et langue officielle du pays, la politique mauritanienne est toujours comme chacun sait contrôlée par l'ancienne métropole. La Mauritanie est intégrée de force dans la zone Afrique de l'ouest néocolonisée alors que sa vbocation est d'être un membre influent du Maghreb et du monde arabe en général, etc, etc...
Visiteur
Nour
4. 11-07-2008 13:17
si les gouvernements de nos jours avaient les memes motivations , devouements et le nationalisme de ce premier gouvernement , nous serions plus chanceux de voir une prosperite pour notre pays bien aime , ce qui n'est pas le cas malhereusemenr depuis l'arrivée des militaires au pouvoir , et qui ont contrubier à la destruction de l'ambrion d'administration que mokhtar et compagnons avaient creer .....et le terminator agonise encore , il n'est rien que ce sidioca...
Member de Wuro
5. 11-07-2008 13:39
feu mokhtar a fait une administration de sa tribu et sa region mrginaliser les population de l'Est et le nord donc ce n'est pas un exmple il faut laisser le passé
Visiteur
chergaui
6. 12-07-2008 01:38
Noura et CHERIF 
 
sALUTATIONS EN EUROPE AUX ETATS UNIE 
Amerique latine ect 
il ya pas de tribalisme mais les gouvernements la bas se forme sur la base suivante le chef de l'etat nomme ses amis d'enfance voicin amis d'ecole a parents ect L'afrique et le monde arabe tribu 
meme sarko entoure des amis bush et autres le probleme est de trouve une bonne equipe je propose les sarakole c'est des bons patriote c'est ca qui nous manque
Visiteur
Oumar sylla
7. 12-07-2008 03:34
oumar sylla,je ne doute pas du patriotisme des soninkes.mais est-ce-qu'ils n'ont pas participe à ces differents gouvernements? en mauritanie le probleme c'est l'avidite de l'argent et ça, c'est partage par toutes les ethnies,
Visiteur
lapono
8. 13-07-2008 00:22
Vous dites qu'ils sont tous Trarza? Seul Deyine est trarza Il y a 1 adrar, 1 Hodh, 3 Tagan 3 gorgol quidimagha
Visiteur
Ba
9. 13-07-2008 02:07
Bravo a Click et l'auteur de cet article ,on doit pas oublier l'histoire du pays.Je pense qu'il y aura encore des suites ,la jeune generation a besoin de tout savoir sur le passe' de son pays.  
Cordialement.
Member de Wuro
10. 13-07-2008 06:21
il y a un seul ministre qui est du trarza sidi mohamed ould deine et il est temps de coller la paix au trarza chercher les slutions aux problème de la Mauritanie sans critiquer les gents de trarza . Je pense que depuis 1978 la mauritnaie nest plus dirigée par les gents de trarza et ça ce voix
Visiteur
Mourahigh
11. 14-07-2008 01:57
cessez de dire trarza,charg,noirs ,blancs,sahel..nous sommes tous mauritaniens.Certes le trarza est plus chanceux que nous:il a les cadres, les poètes,les savants,une grande population,le fleuve donc l'agriculture,l'océan.Dans ce premier gouvernement mauritanien il n'ya comme trarza que Moktar et Deyine qui est ghallawi mais trarza par jus soli. 
Non àl'infamie et à elhassed.merci
Visiteur
elmouritani
12. 14-07-2008 02:55
Si la Mauritanie n'avait pas , à ses débuts, un homme aussi sage aussi cultivé ,aussi nationaliste que Moktar elle serait marocaine ou sénégalaise ou autre..
Visiteur
Abdallahi
13. 14-07-2008 19:35
Cherif, ce sont pas des gents du trarza. Bouyagui ould Abidina et Ba ould Ne sont du Hodh Charghi. Hadrami ould Khatri est du Tagant et Ould Med Saleh est de l'Adrar, pour ne citer que ceux-la. Donc, ca n'a pas ete' un gouv du Trarza.
Visiteur
MLK
14. 16-07-2008 03:40
1. 15-07-2008 11:26 
le CMJD : c'est le Cinéma Mauvais pour une Jeune Démocratie, ou bien la Confrérie Marocainne des Jeunes Délinquants, ou la Consolidation du Mal par les Jurée Démagogues, ou bien les Cochons Mauritanien de la Joiussance de la Disette. Tous des manipulateurs, on a rien que la misére et la famine et l'insécurité, depuis 3 aout 2005. le Cmjd a bouffé le gateau et le reste du morceau la fait passé a khatou, qui n'as pas bien partagé avec les militaires, et reste de la mafia, et les mauritaiens depuis lors (2005) leurs vie est de plus en plus difficile et désagréable aves ces geans là qui ne partagent même pas les miettes. DES PAINGRES. 
Visiteur 
les paingres
Visiteur
les paingres
15. 17-07-2008 13:04
L\'histoire nous apprends que nous n\'aprenons rien de l\'histoire... 
 
En 1961 le régime néoclonialiste de Ould Daddah a bel et bien donné l\'example concret d\'un Etat qui se respecte, reflet fidél des composantes nationales ....  
 
Pendant au moins deux décennies la RIM a progressé normalement malgré quelque secousses et le résultat était probant....Mais le régime néocolonialiste dérangeait les voisins et surtout les calculs géostratégiques de la Françe qui a fini par inciter les militaires à la trahison...ce n\'est pas une invention du Cmjd.... 
 
La survie du pays est certes problèmatique mais pas impossible, l\'issue est trés claire pour certains....Car les memes causes produisant les memes effets comme disent les chimistes, l\'appareil militaire se doit de comprendre que ceux qui sont à la touche par rapport la scéne politique nationale polluée par leur présence sont les seuls capables de sortir le pays de l\'ornière ....la mauvaise monnaie (nous ne le savons que trop maintenant) en chasse la bonne.... 
 
Le pays est aussi artificiel que la Chine, la France ou le Nigéria ....  
 
La stratégie politique n\'est pas une loi ou un article de presse, c\'est une refléxion ou plutot le reflet des idées politique des dirigeants du pays... C\'est donc un leadership politique conséquent, qui fait défaut presentement, qui doit formuler et mettre en oeuvre une stratégie de développement adapté à la situation de décrepitude actuelle du pays...Wel Vehmou.....
Visiteur
mbleil
16. 18-07-2008 04:48
Est ce un luxe de lire l\'histoire contemporene du pays ou bien c\'est la perte simple du temps ? quuestion pertinante lorsque vs lisez Mauritanie contre vent et maree de feu Moktar ,en tout cas le consensus est bel et bien que l\'avenir est suite de l\'histoire ,alors ici il revient a ns - jeunes mauritaniens - de lire et filtrer cette histoire , d\'en extirper les puretes et critiquer le contenu avec frenchise et justice loin de toutes autre influence,.pour se distancer de la theorie je cois que la premiere equipe avait plus de motivation et de nationnalisme que celle des autres precedentes bien que la rarete des cadres a nos jours n\'est plus le probleme ...
Visiteur
Alwatani
17. 20-07-2008 11:27
jai remarque que le quota des negros africains nne date pas de maintenant mais quand meme avec trente ministee au moins on peut donner aux wolofs une secretariat d'etat pour repecter le droit des minorites
Visiteur
ould biladi

Commenter
  • Les messages comportant des attaques verbales contre les personnes seront supprimés.
  • Vous pouvez renouveler le code de sécurité en appliquant un rafraîchissement à votre navigateur.
  • Appliquer cette méthode de rafraîchissement si vous avez entré un mauvais code de sécurité.
Nom
Commentaire

Code:* Code

 
< Précédent   Suivant >