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Du changement en douceur à l'enfantement dans la douleur Version imprimable Suggérer par mail
08-01-2008 - 19:17

Par: Abdelvetah Ould Mohamed (Le Calame)

 ‘’ Peut-être que les mauritaniens veulent être rassurés’’. Cette phrase sortait de la bouche de l’actuel président de la République, alors candidat à l’élection présidentielle, devant un groupe de journalistes étrangers, un jour de campagne. Une insinuation peu caressante vis-à-vis de son principal adversaire à l’époque. Ce serait dans le même souci d’assurance qu’il avait choisi parmi ses slogans de campagne : ‘’ Le Président qui rassure’’.

Il chantait également un autre slogan, aussi génial que le premier : ‘’ Le changement en douceur’’. Il est au terme de son neuvième mois de règne, notre président. Et après neuf mois, on doit accoucher de quelque chose. Et ce quelque chose concocté dans le germe de la rassurance et de la douceur ne pourrait forcément que contribuer davantage à la naissance sans problème aucun d’une nouvelle République. La nouvelle République est née.

Mais, sa naissance a été si mal négociée. Douloureux était l’accouchement. La naissance était quelque part paralytique. Parce que le président qui rassure avait délégué toutes ses attributions à son premier ministre sans toutefois prendre le soin de lui insuffler la rassurance qu’il incarnerait. Tout comme, il a chargé ce même chef de gouvernement d’opérer le changement qu’il a prôné, en gardant avec lui la douceur nécessaire pour un tel changement. Résultat : Un Sidi Ould Cheikh Abdallahi à la fois rassurant et doux, certes, mais qui ne dirige pas. Un zeine Ould Zeidane premier ministre présidant le pays sans assurance aucune, ni douceur quelconque.

Zeine Ould Zeidane, malheureux candidat lors des présidentielles, et plus tard bienheureux premier ministre, qui a hérité d’une lourde charge s’est peut-être rappelé de son slogan, à lui :‘’ La force du changement’’. Ainsi, la douceur et la rassurance ont pris du recul au profit de la force…du changement. Il s’agit également en quelque sorte d’un certain partage de pouvoir. Sidi rassure et adoucit dans son palais ; et Zeine dirige et force son gouvernement.

Quand Ould Zeidane, dans un point de presse, parle des chiffres, des grands équilibres, de la macroéconomie à un peuple perdu et livré à un quotidien de misère, c’était un peu une manière de mettre en exergue sa conception de la force du changement. C’est vouloir ingurgiter avec force à des citoyens désemparés les recettes scolastiques de ses dynastes de la banque mondiale. Quelques jours après, la recette provoquera chez le peuple une lientérie gravissime. Des citoyens affamés, à l’affût de pitances plus nutritives, permettant un équilibre, un vrai équilibre organique, petit soit-il, prennent d’assaut les bâtisses publiques. Encore une fois, ressurgit la force du changement qui fera tomber un adolescent sous les balles mortelles des forces de l’ordre. De sa posture d’homme qui rassure, Sidi Ould Cheikh Abdallahi fera sortir sa baume adoucissante et dira qu’il comprend la colère d’un peuple investi par la cherté du coût de la vie.

Il y a quelque jours seulement, le pays a connu deux événements tragiques : Quatre touristes français était abattus par un groupe de jeunes présumés terroristes, trois militaires ont été tué par une bande armée supposée également affiliée à Al Qaida. Ces deux évènements sont survenus dans un contexte peu propice, parce que le pays s’apprêtait à accueillir dans les jours qui suivent huit étapes du fameux Rallye-Lisbonne-Dakar. Les pouvoirs publics se sont embourbés dans un cafouillage inextricable.

Privilégiant tantôt la thèse du crime crapuleux, tantôt les activistes islamistes. Les organisateurs du rallye se sont rendus à Nouakchott pour qu’ils soient rassurés sur l’itinéraire mauritanien. Les autorités se sont engagées à déployer pour la sécurité des randonneurs quatre mille agents de force sécuritaire.

Cet optimisme ne saura tenir face au propos presque daubeurs des responsables du Quai d’Orsay français, qui ‘’déconseillaient fortement à leurs ressortissants de se rendre en Mauritanie’’, un appel valable pour tous les français y compris ceux du Rallye’’, précise le communiqué. Bernard Kouchner, rappellera encore sur RTL que ce parcours sillonnant «une région très incertaine traversée par les réseaux d'Al-Qaïda Maghreb» est «dangereux» et qu'il avait le devoir de «prévenir (les concurrents) parce qu'il y a d'autres incidents d'après nos services». Le Rallye-Paris-Dakar est donc annulé pour la première fois depuis trente d’existence. Pourtant, il a déjà traversé bien des pays où sévissaient mouvements séparatistes, guérillas claniques et autres conflits. L’annulation du Rallye était un coup dur pour l’image extérieure de la Mauritanie. Son image intérieure ne saurait en rajouter davantage, de coups durs.

Qu’est ce qui aurait motivé les français à agir ainsi ? Les raisons seraient-elles, d’ordre politico diplomatique ? La hantise sécuritaire serait-elle d’une telle pertinence ? Pourtant ces services français, que citait Kouchner, étaient déjà en Mauritanie, depuis la mort de français à côté d’Aleg, sur le terrain de l’enquête. Ils auraient collaboré avec les services de sécurité mauritanienne pour mener les investigations. Là, peut-être résiderait le problème ! Les éléments, si éléments il y a, qu’ils ont pu recueillir auprès de leurs confrères mauritaniens ne seraient pas rassurants pour la sécurité de leurs ressortissants. La nouvelle de l’annulation du Rallye a fait le tour du monde. Elle est parvenue à tous ceux qui avaient appris un jour que ce pays venait de réussir une transition démocratique exemplaire. Elle a atterri chez tous ceux qui ont pris connaissance que les militaires ont quitté le pouvoir qu’ils avaient confisqué depuis des lustres.

Tous ont appris ce jour-là que ce même pays n’a su rassurer ses partenaires extérieurs. Tous attendaient peut-être une sortie médiatique d’un haut responsable mauritanien. Rien ! A part un communiqué à la fois laconique et pathétique peu convaincant du ministère des affaires étrangères. Ce communiqué, soit disant en réaction à l’annulation du Rallye et des propos accablants du chef de la diplomatie française, a été relu par la speakerine du journal télévisé de vingt heures en deuxième ou troisième élément. Le premier élément était réservé au président et madame dans le jardin présidentiel écoutant la musique d’une sombre troupe artistique. C’était peut-être sa manière de réagir, le président de la République. Écouter la musique.

N’adoucit-elle, pas les mœurs, la musique ? N’est ce pas lui, l’artisan du changement en douceur ? Un président qui écoute la musique dans une période de menace islamiste, c’est également une manière de rassurer l’occident.

 

 
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