| Edito de La Tribune |
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| 12-03-2008 - 05:37 | |
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Par Mohamed Fall Ould Oumeïr Deux anecdotes que je relate cette semaine. L’une vient de Mederdra où, comme partout ailleurs, on fêtait le 8 mars. Une voiture traversait la ville de part en part, avec un haut-parleur qui diffusait des slogans entrecoupés de chansons. La chanson qu’on diffusait pour attirer l’attention, était bien celle du «nashid el kitaab», avec le refrain «eheyh wa eheyh molli, wuldhaak yawhal viktaabu…». En passant par «’avaak ya Mo’awiya, yelli m’hayt el oummiya…» On n’a pas besoin d’en dire plus. Deuxième anecdote : une équipe de la télévision nationale turque tournait au marché de la capitale quand des flics vinrent vers eux leur demander leurs papiers. Une foule vint s’agglutiner autour d’eux. Ils commencèrent à être touchés par des mains. Les policiers n’arrivaient plus à maîtriser la foule, de plus en plus agressive. A un moment donné, l’un des turcs eut l’idée de crier. A la Tarzan. En une fraction de seconde, plus personne n’était à côté. Des dizaines de gens qui ont fui parce qu’un bonhomme de moins d’un mètre soixante-dix a crié. C’est vous dire combien tout cela est fragile. Quelques instants avant, ils refusaient d’obtempérer aux flics armés et dûment investis de l’autorité de les faire déguerpir. Mais non ! il a fallu ce cri pour les dégager. Un cri. C’est quelque part une attitude animale. Jeunes, on nous disait que quand les chacals nous attaquent, il faut crier à pleine voix. C’est que le chacal est un animal sournois et lâche. Il est bien capable d’attaquer en meute mais un simple cri d’enfant le fait fuir au plus loin. Je vous dis tout ça parce que cela me fait penser à l’état actuel de notre élite. Une élite qui est prête à attaquer en horde mais à reculer dès la manifestation de la plus insignifiante des répliques. Une élite qui oublie si vite les causes de ses déboires.
D’autre part, la manifestation de l’absence totale de consistance et d’autorité dans la rue. Vous aurez d’ailleurs remarqué qu’il y a de plus en plus de bagarres dans les rues de Nouakchott. Un regain d’agressivité. Les uns vous l’expliqueront par la morosité ambiante. Les autres vous diront que l’absence d’un «hazaz» donne libre cours à l’agressivité excitée par l’absence de repères. Ceux-là rêvent de capitaliser les acquis démocratiques : élections pluralistes, libres, transparentes et acceptées, implication institutionnalisée de tous les acteurs avec notamment le statut de l’opposition et l’ouverture du champ de la liberté d’expression… Ils rêvent de faire avancer les préceptes de bonne gestion des affaires publiques. Ils rêvent d’égalité devant la justice, devant l’administration. Ils rêvent d’équité. Ils rêvent d’un enseignement efficace et gratuit, d’une santé efficiente et gratuite, d’une sécurité publique renforcée, de l’égalité des chances, d’émancipation… Ces deux millions neuf cent quatre-vingt-dix-huit mille cinq cent vingt-cinq mauritaniens rêvent de recouvrer leur dignité, rêvent de recouvrer leurs droits à la vie et au progrès. Des droits volés en deux décennies (qui était aux affaires ?). La brèche ouverte au lendemain du départ des militaires n’est pas totalement refermée. Elle a été sérieusement entamée. Par le fait de la cabale des dévots, suppôts de tous les démons du passé. Par le fait aussi des hésitations des nouvelles autorités. |
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