mauritanie

Edito de Mohamed Fall O Oumère Version imprimable Suggérer par mail
28-08-2007 - 05:21

Chaque fois que je vais à l’intérieur de notre beau pays, je suis frappé par, entre autres caractères insoupçonnables, la capacité d’endurance de notre peuple. Cette capacité d’encaisser sans se plaindre.
Elle procède de différentes philosophies qui ont donné une attitude face à la vie. Elle est critiquable en
bien des points. Mais elle reste sublime quand on y regarde de plus près.

En juillet 1978, j’avais été choqué par le soutien apporté aux militaires, même si à l’époque, la mode était de remettre en cause le pouvoir des civils. Constatant mon désarroi, quelqu’un de plus ‘sage’ me disait : ‘laa iwarratak, ne’ervu ntemmou ensafgou le ragaaj ilayn ensafgou min tahtou’, (ne t’en fais pas, nous savons applaudir pour quelqu’un jusqu’à le faire partir). Dans le cas des dirigeants, personne ne s’y trompe aujourd’hui : les liesses sont jusque-là feintes. Elles répondent d’abord à une demande du despote. Elles équivalent à une mise en scène parfaitement orchestrée. L’exercice s’est accompli dans les années 90 et 00. Quand, nous ne l’avons pas oublié, on présentait au chef de l’Etat, des ouvrages écrits par son ascendance, l’internet dans les villages reculés, les agrumes comme produits agricoles de contrées désertiques… A l’époque, la population comprenait que l’encadrement national voulait se donner l’impression d’avoir affaire à une population arriérée, malléable et corvéable. Il faisait semblant.

On a vu où cela peut mener. A la perte du pouvoir. Ce que nos dirigeants actuels doivent comprendre,
c’est cette attitude-là. Elle n’est pas la résignation. Surtout qu’à présent, nous sommes libérés de grands fardeaux. Elle n’est pas l’immaturité. Surtout qu’après la démocratisation réelle – ou presque – on a exercé le libre choix et on y a cru. Elle n’est pas la niaiserie. Surtout que notre peuple a fait la démonstration de son niveau politique élevé.

Cette attitude procède tout simplement d’un fait : aussi paradoxal que cela puisse paraître, le peuple mauritanien n’est pas très exigent vis-à-vis de ses dirigeants. Je dis ‘paradoxal’, parce que d’habitude,
chacun de nous exige de l’autre ce qu’il ne peut demander à lui-même. Le fait est là. Ce n’est pas seulement parce que les dirigeants du passé n’ont rien fait pour les populations, pas parce qu’ils ont été pratiquement les mêmes. Non. C’est parce que la population demande visiblement une chose : la paix.

Qu’on lui colle la paix. Que l’autorité laisse libres les gens. Vaquer à leurs occupations. Elever le bétail, aller au gré des pâturages, suivre le cours des eaux, cultiver leurs champs, les irriguer à leurs manières, patauger dans la boue, aimer comme ils l’entendent, divorcer, se marier, se remarier encore, semer sa graine partout… Rien que ça ! Pas plus que ça !


La rupture entre le dirigeant et la population intervient quand le premier veut imposer son rythme. A ce moment-là, le rapport devient celui du dominant et du dominé. Naissent les ressentiments, les mécontentements, le refus sourd de l’ordre… La machine détraque. Le système se bouffe la queue. L’alternance intervient. Le peuple applaudit. Le cycle recommence.

Dans quelques jours les soutiens du Président vont lui créer un parti politique. Une quatrième génération d’applaudisseurs va prendre le relais. Après ceux du PPM, des SEM et du PRDS. Il s’agit pour la plupart de vieux routiers de l’assentiment. Et de ceux qui occupaient la sixième place dans les rangs du PRDS.

Ils sont rompus aux exercices de contorsions les plus difficiles. Ils savent dire la chose et son contraire.
Ils anticipent les désirs du chef et lui donnent l’impression qu’il est la Providence, par bien des aspects. Ils manipulent le renseignement. Ils sont le renseignement. Ils font peur et finissent toujours par avoir ce qu’ils veulent. Qu’est-ce qu’ils veulent ? Une Mauritanie où l’homme est vraiment un loup pour l’homme. Où la justice, l’équité, l’égalité, la citoyenneté, le mérite sont de vains mots. Ils veulent exactement comme leurs ‘aînés’ dans la fonction : piller les ressources, se servir du pouvoir en lui donnant l’impression de le servir, détruire les fondements de l’Etat, diviser les populations, atomiser la société, la corrompre un peu plus… Ils veulent restaurer le règne de ce que nous avons combattu, ce que nous avons haï. Ils veulent reprendre d’une main ce qu’ils ont donné de l’autre.

Ce qui est dommage, c’est que ni le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, ni son Premier ministre, ni les présidents des deux Chambres, ni les ‘hommes forts’ du nouveau régime, ne sont l’incarnation de cet ordre-là.

L’ordre des ‘Injustes’. Il serait regrettable, pour eux comme pour nous, de les voir couver le réveil de la bête immonde.
 
Source: La Tribune n°364 DU 28/08/2007 via www.barrada.unblog.fr

 
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