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Par: Raphaëlle Picard
Ils ont débarqué d'Algérie, du Maroc ou de Mauritanie avec un rêve en poche, accéder au «paradis» français: au centre de rétention administrative de Plaisir, en région parisienne, Djdja, Galaoui et d'autres sans-papiers attendent d'être fixés sur leur sort, entre ennui et désespoir. «La nuit, je ne ferme pas l'oeil, je ne pense qu'à la décision du juge et le jour, je pense à me suicider parce que j'ai peur qu'on me renvoie au bled».
Djdja, dit le «coq» en arabe, est un Algérien de 29 ans. Sa famille s'est cotisée pour lui payer en 2001 un aller simple en bateau pour Marseille (sud de la France). Depuis, son visa touristique a expiré. En cinq mois, c'est son second placement en centre de rétention administrative (CRA). A Plaisir, une trentaine d'immigrés en situation irrégulière vivent comme lui, à deux dans une petite chambre propre aux fenêtres barrées, meublée d'une table, de deux chaises et d'un lit superposé en métal. Ils attendent la décision du juge statuant sur leur expulsion. «J'ai la boule au ventre», poursuit Djdja en se martelant l'abdomen. «Pour moi la France c'était le paradis: j'y suis venu pour survivre, je suis un mec bien, pas un voleur, votre pays a besoin de travailleurs comme nous, je ne comprends pas pourquoi je galère, coincé ici depuis 17 jours». Comparé aux autres structures françaises, le centre de Plaisir est à «taille humaine», estime le lieutenant Stéphane Moreau, responsable des lieux inaugurés en 2006 pour y accueillir des familles.
«Ce n'est pas la prison même si ça y ressemble», lance-t-il lors de sa visite guidée des locaux spartiates mais décents. Au bout du couloir percé par des chambres toutes identiques, trois postes téléphoniques : contrairement à un milieu carcéral, les clandestins peuvent avoir librement des contacts avec l'extérieur et circuler à leur guise, trompant l'ennui entre la salle commune et le réfectoire. Les journées s'étirent entre jeux de cartes, séries télévisées et débats parlementaires que les retenus suivent assidûment à la télé. «Les hommes sont nerveux», confie le lieutenant. «Ils sont face au vide, suspendus à une décision qui peut faire basculer leur vie du jour au lendemain». «Ici, on mange, on dort, on pense», raconte Galaoui, un Marocain de 32 ans, interpellé il y a onze jours après un contrôle d'identité à Paris. «Je suis triste, j'ai envie de mourir», confie-t-il dans un sourire gêné. «Si jamais mon père l'apprend, je serai la honte de la famille : mon grand-père a donné son sang pour la France et moi, j'ai eu les menottes comme un criminel». Son compagnon de chambre, un Mauritanien de 49 ans, a choisi la prière pour tromper son «désespoir». «Depuis onze ans, je demande à Dieu la régularisation: je suis venu pour réaliser mes rêves mais sans les papiers, je suis très retardé dans ma vie et jamais, jamais je ne rentrerai en Mauritanie». Tous les hommes ici espèrent rester, vivant jusqu'au dernier moment, selon le lieutenant, dans «un déni total de retour au pays». Au centre, quatre clandestins sur dix sont rapatriés, les autres, libérés pour vice de procédure. Source: Agence France-Presse (Plaisir, France) |