mauritanie

Give me that money honey!! Version imprimable Suggérer par mail
23-07-2007 - 09:13

Par: Houda Silvia 

Marilyn Monroe chantait déjà dans les années 50 « diamonds are girls’ best friend ». Madonna l’a suivi en fredonnant dans les années 80 « i’m a material girl ». Vous me direz, houdasilvia, quelles références !!! lol

Tout ça pour dire que ce n’est pas nouveau, les filles aiment l’argent. Le monde n’est il pas désormais dominé par ce Dieu sans foi ni loi ?

En Mauritanie, les rapports avec l’argent sont beaucoup plus complexes qu’ailleurs. L’argent n’est pas seulement nécessaire, il est indispensable pour envisager quelque relation qu'elle soit. L’argent ici rend beau, intelligent, intéressant, mariable, et on peut désormais acheter ses titres de noblesse par quelques liasses.
Entre hommes et femmes, le diable réincarné en billets verts et bleus est toujours le grand chef. On tombe plus facilement amoureuse d’une voiture, d’un compte en banque, d’un téléphone, d’un beau boubou que d’un homme.

Mais pourquoi les filles s’intéressent elles tellement à l’argent ? L’éducation peut être….les filles n’envisagent souvent de se marier qu’avec un homme aisé financièrement. « lahi nemchi 3an ehli ella wa3de chi akheyr menhoum » est souvent une raison évoquée pour justifier l’intérêt porté aux sous, que ce soit d’ailleurs les sous de l’heureux élu « 3andou chi » ou de sa famille « ehlou ba3d emlaanin ».
Mais plus profondément, l’homme est symbole d’argent dans cette société: homme rime avec richesse. C’est de l’homme que l’on tire, soutire ou retire la majorité des revenus. Les jeunes femmes travaillant rarement (ou si elles travaillent gardent leur argent pour elles ou leurs familles), elles se complaisent à attendre le monsieur qui casquera (père, frère, copain, petit ami, mari, amant,…). Réciproquement, le suscité (j’adore cette expression…lol) se complait dans son rôle de donateur, qui fait de lui, « rajel », qui quelque part augmente son pourcentage de virilité, son taux de testostérone presque et qui gonfle son égo. C’est donc encore une fois une espèce de cercle vicieux. les femmes veulent qu'on leur donne, les hommes veulent donner...

Demander de l’argent et en prendre chez un homme étaient autrefois considéré comme un acte honteux et mal vu. Aujourd’hui, c’est devenu chose usuelle, mieux encore, entre filles, celles qui « tegbadh wala tasragh wala ya3a6ouhe rajalle » sont enviées et respectées. Elles le font souvent avec malice « khazeyt bihe » ou « el3abet e3le 3aglou », ou par le biais de la tentation « jenentou » « 6ama3tou, chek 3ani nahi »…. Ces filles là , considérées ailleurs (dans le reste du monde) comme des opportunistes, des arrivistes (pour ne pas utiliser d’adjectifs vulgaires… vous voyez, je fais très attention à ce que je dis !) sont qualifiées ici de « e3leyat ye weylhoum » « emra mahi menvouche », « ma teksse7 3an gayethe ». Les filles en ont donc fait un sport national, un moyen de subvenir à leurs besoins souvent peu importants ou en tout cas pas prioritaires aux ressources parentales.


Il faut dire ici que soutirer de l’argent est devenu tellement facile. Les filles ont souvent par exemple dans leurs répertoires téléphoniques les numéros d’une bande de vieillards frustrées, qui contre divertissements (thé, ejma3, danses, ou flirts) donnent des sommes variables, de 10 000 à 100 000 UM. Les filles s’amusent à leur inventer des prénoms, des histoires (vous savez genre, j’ai perdu mon téléphone, ou j’ai le mariage d’une cousine) et inlassablement, ces vieux messieurs donnent. Les filles disent d’ailleurs souvent « rajalla emdeyra lach, zeyn 3andehoum 7ad ye6lebhoum, i7essou 3anhoum mouhimin » …

Mais il ne faut pas noircir le tableau, les filles ne prennent pas toujours de l’argent en liquide. En effet, de la génération des jeunes damoiseaux « cheban » « elmecha3ch3in », les filles préfèrent retirer par petites traites : diners, cartes téléphoniques,…

Mais messieurs, je me posais une question : ou trouvez-vous autant d’argent ? Si vous touchez, par exemple, admettons, un salaire de 150 000 UM (loin d’être le salaire moyen !, mais admettons que vous fassiez partie de ce qu’on appelle ici la high high ou la high classe ou encore noujoum, les stars), que vous dépensiez 2000 UM chaque jour en essence ou gasoil pour vos ballades (travail, courses familiales, « tessdar » mesdemoiselles et ses amies,…) de jour comme de nuit ( soit 60 000 UM par mois), que vous mettiez 2000 UM de crédit par jour, pour vos besoins et ce qu’imposent souvent les relations (comme on dit ici « televen e3le wa7de tekdheb e3lih )», que vous achetiez disons une carte par semaine pour vos amies, petites amies ou copines de petites amies ou cousines des petites amies et j’en passe ( soit 8000 UM..On continue à imaginer que vous êtes un chebib dhaher mecha3cha3 et que vous ne mettiez que des cartes de 2000..lol), que vous achetiez également quelques diners….messieurs, et bien vous êtes à cours d’argent depuis longtemps !! Il reste encore tous vos besoins personnels (boubou classe pour le jeune homme classe que vous êtes, vidange de la voiture dernier modèle pour le jeune homme dernier modèle que vous êtes, téléphones super chers pour le jeune homme super riche que vous êtes, et j’en passe !)…alors comment faites-vous ?

Les filles ne sont pas les seules coupables dans cette argentomanie (Jean d’Ormesson ou l’académie française va finir par porter plainte…). C’est le côté matériel qui prône dans toutes les relations. Les filles ne rencontrent t elles pas une voiture avant de rencontrer l’homme qui conduit ? Les filles disent d’abord « cheft wete zeyne egbeyl da7miss » avant de dire « vihe wa7ed mahou cheyne »…quand on parle d’un monsieur, on dit son nom de famille (tribalisme oblige), la marque de sa voiture « wetou yemi dernier modèle men kedha, wetou ma ga6 cheft nou3ha,…. celle de son téléphone « telefounou etjene, telefounou ella elyagout, telefounou yemi tarma7 », celle de ses chaussures ( vani, bertozi, …) et autres accessoires de déguisements pour les carnavals nocturnes.

Comme je disais, messieurs vous êtes également coupables…coupables de ne pas essayer de briller par votre intellect ou votre personnalité, votre vécu, mais par vos capacités financières, coupables de toujours dans vos discussions ramener le sujet argent ( genre, moi je moi je, ane 3andi kedha, ou echreyt kedha,), coupables d’appeler « emnat ekhyame lekbarat » ou « ment nass elmet3adel » les bourgeoises filles à papa, coupables enfin de vous complaire dans ce genre de relations superficielles basées sur les apparences et le faux.

L’argent, comme tous les autres vices de la capitale est roi…autour de lui, sa cour de mensonges, de tromperies, d’illusions et de luxure…

 
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