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Par: Cheikh Ould Ahmed Nous sommes le jeudi 8 novembre 2007. Mohamed Ould Taleb réveille son fils Cheikhna pour se préparer à aller à sa classe. Il s’est réveillé, a pris un modeste petit déjeuner, composé d’un morceaux de pain accompagné d’un verre de thé à la menthe avant de prendre ses affaires et file au lycée de Kankoussa où il étudie en classe de 5e : série DA.
À son arrivée au lycée, Cheikhna constate que tous les élèves parlent du même sujet : les manifestations organisées à travers le pays et surtout dans les régions de l’est pour dénoncer la cherté de la vie et l’idée commence à tourner dans leurs têtes d’emboîter le pas et organiser une manifestation au niveau de la ville de Kankoussa. À la sortie de la récréation de 10h, un mouvement spontané se met en marche à partir du lycée. Ils seront rejoints par plusieurs citoyens de la ville et se sont dirigés en premier lieu vers le bureau local de la SNDE (Société Nationale des Eaux) où ils ont tout saccagé. Par la suite, ce sera le tour de l’hôtel de ville, le bureau local de l’état civil avant de se diriger vers les bureaux de la Moughataa où ils ont commencé par fracasser l’enseigne de la façade des bureaux. En essayant de franchir la porte intérieure de la Moughataa, deux gardes se sont interposés pour les empêcher de faire. L’un des deux garde tire une balle qui s’arrêtera à l’intérieur du cerveau de Cheikhna Ould Taleb (photo ci-joint) le mettant à terre immédiatement souffrant d’une hémorragie terrible. Une ambulance l’a transporté d’urgence vers l’hôpital régional de Kiffa à travers une route ensablée et difficile d’accès, ce qui ne donnera aucune chance à l’enfant. Il meurt avant son arrivée à Kiffa. Le jeudi matin, Cheikhna était un enfant joyeux et manifestant pour la cherté de la vie, mais à 17h, il est déjà enterré au cimetière de Boulenoir au nord de la ville de Kiffa en présence de Mohamed, son père, quelques proches et en l’absence de toutes les autorités publiques. Quelques heures après l’enterrement, Mohamed revient à Kankoussa seul, espérant être assez fort pour pouvoir consoler la mère de Cheikhna qui ne réalisait pas encore que son fils a disparu à jamais par une balle tirée par l’homme qui était sensé le protéger pas le tuer! La famille de Cheikhna passera la première nuit sans leur fils. Une nuit fraîche et terriblement triste. Le soir des manifestations, des renforts de sécurité arrivent en ville et campent autours des édifices publics et le calme revient à Kankoussa sauf des lamentations des proches de Cheikhna qui recevaient les condoléances des amis et proches des quatre coins de la ville. Le lendemain, le procureur de la république arrive en ville pour s’enquérir des nouvelles, par la visite des lieux des manifestations et l’audition des membres de la garde présents lors des affrontements. Quelques heures après, le commandant de la Gendarmerie procède à quelques arrestations auprès des dizaines de jeunes dont la majorité sera libre quelques heures après et le restant encore sous arrêt. Le wali suivra le surlendemain et présidera une réunion du staff de l’éducation dans laquelle il fait allusion à quelques mouvements qui n’a pas nommé, les accusant d’être les commanditaires de ces manifestations. Il ira par la suite présenter ses condoléances à la famille où il était le premier officiel à le faire. Le père de Cheikhna nous a confirmé que tout ce qu’il veut est que justice soit rendue à son fils par la punition de son meurtrier et déterminer, lors d’une enquête public, le degré d’implication des pouvoirs public dans la mort de son fils. Les manifestations se sont passées en l’absence du Hakem de la Moughataa, en voyage à Nouakchott, et en l’absence du commandant de la garde, dépêché à la lutte contre les feux de forêt au sud de la ville. Les deux ont rejoins leurs postes quelques heures après les événements. Le garde qui a tiré sur les manifestant s’appelle Wane Mamadou, Brigadier chef. Il était de garde au moment des évènements, en l’absence de son chef. Trois jours après avoir tué un citoyen mauritanien par balle, le Brigadier chef est toujours en service et continue à exercer ses fonctions normalement jusqu’à notre passage en ville (Dimanche). Une commission d’enquête indépendante, dirigée par le juriste M.Birama, a été dépêchée sur place pour entamer une enquête sur les faits, alors que les autorités publiques ont brillés par leur absence. La commission a déjà saisie l’arme du crime ainsi que le type de balle utilisé. Des témoins oculaires nous ont confirmé que le garde a pointé son arme vers les jeunes manifestants, contrairement à la version officielle selon laquelle l’utilisation de l’arme était pour dissuader et non tuer, surtout que le jeune Cheikhna Ould Taleb, né en 1989, n’était pas très grand de taille et se trouvait au milieu de la place publique en face des bureaux de la Moughataa. |