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Par: Mohamed Fall Ould Oumeir La Mauritanie, ou, pour être plus précis, le Sahara et ses habitants vivent des périodes cycliques de rupture avec le monde. Des siècles durant, ce pays est resté en dehors de l’évolution du monde. Le rayonnement des civilisations antiques n’a pas eu grand effet ici. Il aura fallu attendre la naissance de Ghana et surtout l’introduction de l’Islam et son adoption comme religion d’Etat par le premier Etat historiquement constitué dans la région africaine, pour voir les habitants de ces contrées participer à l’évolution de l’Humanité.
L’épopée almoravide viendra rompre quelques décennies d’isolement renouvelé. Unification religieuse autour du rite malékite ash’arite, basé sur une pratique extrêmement austère et rigoureuse de l’Islam, une vision très individualiste et très libéral de la vie. Puis deux nouveaux siècles d’isolement. Les descendants Maaqils – Hassane – arrivent pour renouer le fil. Naissance d’une langue : Hassaniya et arabisation du pays berbère, naissance d’une nouvelle organisation sociale fortement stratifiée et hiérarchisée. Guerres tribales, incapacité d’anticiper sur la marche coloniale malgré quelques braves résistances. Le colon arrive et avec lui toute l’ouverture sur le monde de la connaissance nouvelle, des sciences et des techniques. Contrairement à d’autres sociétés, la nôtre va vivre l’effet colonial, comme un moment d’isolement. Elle attendra donc de voir venir le renouveau d’ailleurs. Le renouveau ce sera la création de l’Etat moderne. Même si celui-ci sera conçu comme une ex-croissance de la colonisation, il sera adopté par la population. Avec plus ou moins de réussite. Chaque fois que l’Etat a eu pour vocation d’être le cadre général de l’évolution de la société, le Mauritanien a plus ou moins accepté l’autorité publique. Parce qu’elle est l’émanation d’un appareil qui propose l’impartialité. Sans toutefois avoir la légitimité.
Chaque fois aussi que les émanations de l’Etat ont instrumentalisé l’appareil à leur profit et au profit des leurs, le Mauritanien a adhéré au projet global.
On en est là. On sort – à peine – d’une période d’isolement qui a été à la base de l’hégémonie de la médiocrité. C’est ce qui explique le niveau de la réflexion dans notre pays. De là, le retard pris par nos hommes politiques, nos mouvements politiques et nos cadres.
Ce qui nous a privés d’accompagner les mouvements de pensée, des idéologies, d’accompagner le monde et d’être gagné par les ‘bons’ côtés de la mondialisation.
Nous parlons beaucoup de l’Islamisme depuis une décennie. Sans avoir jamais discuter le phénomène. Sans en avoir diagnostiqué les causes, analyser les fondements. Le régime d’avant – 1984-2007 – a choisi la méthode forte et l’amalgame. Le régime démocratique sorti des urnes n’a pas eu le temps d’ouvrir sérieusement le débat. A peine installé, il a dû faire face à la folie meurtrière du radicalisme jihadiste.
Mercredi se tient à Nouakchott, une conférence internationale sous le thème de ‘Rationaliser les idées et les comportements’. Le Cheikh Abdallahi Ould Boye, après avoir été ce qu’il est à l’extérieur, invite ici un parterre de Ulémas, d’Erudits, de Fuqahas et de penseurs, jamais réunis ici. Les plus grands idéologues du Salafisme, du Soufisme et des questions liées à l’Islam, seront parmi nous. L’occasion pour les nôtres d’échanger et de voir comment une rénovation du ‘Fiqh el Badiya’ est possible. De chercher à dépasser quelques problématiques dépassées ailleurs. De voir que la question de la démocratie, de la gestion de la vie sur terre, ne peut être que laissée entre les mains des hommes. Que le terrorisme est étranger à nos mœurs, et qu’il ne peut être justifié par notre religion. Que nous appartenons à un monde qui connaît des convulsions – dont le terrorisme – et qu’elles demandent l’apport de tous.
C’est dire que l’organisation d’un tel colloque devrait être l’occasion d’une profonde remise en cause de notre élite qui s’est arrogé le droit de parler au nom de l’Islam, d’agir en l’instrumentalisant.. Jusque-là la relation avec le monde de la réflexion sur les problématiques de l’Islam d’aujourd’hui, a été liée aux appartenances idéologiques et aux affinités militantes. Pour la première fois donc, on aura droit à un vrai débat, un vrai apport de réflexion. Erudits mauritaniens, politiques de tous bords, autorités civiles et militaires, intellectuels… doivent suivre cet événement et en tirer le maximum de profit.
J’ai entendu récemment un Erudit mauritanien vivant à l’étranger dire que la question de la Shura est d’abord relative aux comportements, à l’ancrage de l’habitude de la concertation. Mais qu’elle ne peut être conçue comme système de gouvernement. Qu’en réalité le système de gouvernement et d’organisation des sociétés humaines ont été laissés au soin des hommes. Un sujet à débattre.
Source : La Tribune n°392 via www.barrada.unblog.fr
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