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L'esclavage en Mauritanie 2008 :Victoire hautement symbolique pour les abolitionnistes mauritaniens Version imprimable Suggérer par mail
22-07-2008 - 06:17

Par:  Anne Roy

 Un long chemin reste à parcourir pour venir à bout de l'esclavage et de ses séquelles en Mauritanie. Mais les militants de l'abolition ont remporté une victoire significative avec l'adoption, en juillet 2007, d ' u ne loi criminalisant pour la première fois l'esclavage.

Quand les esclaves « cultivent un champ, dès que celui-ci mûrit, leurs maîtres viennent prendre la récolte et ne leur laissent qu'une part menue.

Quand un esclave meurt, s'il a des biens, ceux-ci sont partagés entre ses maîtres et sa veuve. Voilà comment étaient traités les esclaves que j'ai connus. Moi, je suis né libre. Je gardais mes propres troupeaux. Si je faisais du mal, on pouvait se venger sur moi. Et si on me faisait du mal, je pouvais aussi me venger
. » Barbe blanche, discours clair et posé, Brahim parle d'une époque qui lui semble lointaine, lui qui a quitté sa tribu, les Oulad Ahmed, « l'année de l'éclipse de soleil », en 1973. « Quand je suis revenu, beaucoup plus tard, il n'y avait plus d'esclaves dans la tribu. Certains s'étaient enfuis, d'autres avaient été affranchis. Aujourd'hui, on dit qu'il y a en encore, ailleurs, mais moi je ne les connais pas. »

Les temps ont changé en Mauritanie, enclave désertique qui fait le lien entre le Sahara occidental et le Sénégal. Pourtant, par endroits, le passé le plus cru survit aux évolutions que le pays a connues, particulièrement criantes ces trois dernières années.

En juillet 2007, prix d'une lutte de plus lisant l'esclavage: une première loi abolitionniste avait été votée en 1981, mais elle offrait aux ,maîtres de se faire dédommager ,pour libérer leurs esclaves.

A la tête du Parlement, Messaoud Id Boulkheir (lire ci-dessous), lui-même né d'une mère esclave, a ,donc eu pour l'occasion le bonheur de faire voter une loi pour :laquelle il s'est battu sa vie durant, bravant les régimes les plus autoritaires et sachant s'entourer de militants issus de tous les horizons de la société mauritanienne: Maures noirs, Maures blancs et Négro-Mauritaniens. Pour offrir cette revanche symbolique à son pays, celui qui a toujours représenté la figure de proue des abolitionnistes venait de rallier, au second tour de la première élection présidentielle ouverte de l'histoire du pays, en mars 2007, le candidat finalement élu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, en échange de la garanque, les fondamentaux de sa lutte seraient pris en en compte, à savoir un programme prévoyant le retour des déportés des pogroms de 1989 et une loi punissant les esclavagistes et ceux qui en font la promotion. Deux points que le nouveau gouvernement a honorés dans les mois qui ont suivi l'élection. Depuis, le ton a changé. La question de l'esclavage, jadis abordée uniquement à l'aune de ses « séquelles », c'est-à-dire de la pauvreté endémique chez les anciens esclaves et leurs descendants, les Maures noirs, appelés Haratines, qui constituent au moins 45 % de la population (même si les Négro-Mauritaniens ont aussi eu leurs esclaves et que quelques Blancs ont été aussi asservis), peut être aujourd'hui publiquement débattue dans ses « survivances ».


 Le nombre d'esclaves au sens strict du terme est quasi impassible à à estimer. Les maîtres ne se vantent plus


Pour autant, résoudre définitivement une question qui touche au coeur la complexité de la société mauritanienne et de ses différentes composantes ethniques et sociales nécessite encore beaucoup de travail et de patience, au témoignage même de celui qui a fait voter la loi, ou de différentes associations des droits de l'homme et anti-esclavagistes qui continuent régulièrement à recenser ici une esclave à qui ses maîtres, qui se considèrent donc comme ses tuteurs, ont refusé un mari, là une autre, privée d'héritage à la mort de son mari. Ou encore un jeune esclave fuyant ses maîtres. « Ce n'est que la partie immergée de l'iceberg », tient à souligner à propos de ces cas que son ONG met en exergue Boubacar Ould Messaoud, président de SOS Esclaves, tout en concédant que le nombre d'esclaves au sens strict du terme est quasi impossible à estimer. Les maîtres ne se vantent plus.

Les esclaves, de même que les affranchis, ne revendiquent pas ouvertement leur sort. Et dans un contexte de pauvreté toujours criant pour l'ensemble de la population, l'absence de mesures d'accompagnement, juridiques et économiques, ne facilite pas la mise à exécution d'une loi qui vaut donc d'abord par la nonne qu'elle dicte. « C'était peu avant ma retraite (en 1997), à quarante kilomètres d'ici, un ami hartani de la tribu des Oulad Ahmed est décédé. Le maitre est venu et a pris la grande partie de ses biens, n'en a laissé que peu pour sa veuve, qui n'était pas de la même tribu, et ses enfants: la famille s'est contentée de son sort », raconte ainsi Brahim, pointant un des enjeux importants de l'abolition, la question de l'héritage, qui avec les problèmes d'appartenance des terres, réveille épisodiquement les crispations entre les anciennes familles des maîtres et celles de leurs esclaves. Il ne faut pas s'y tromper: entre eux, les liens restent la plupart du temps très forts. Dans un pays où l'appartenance tribale prime quasi systématiquement sur l'appartenance sociale ou même politique, Haratines et Maures blancs, qui ont vécu ensemble pendant des siècles, entretiennent des relations souvent familiales. « Il n'y a pas de liens d'autorité entre les anciens esclaves et leurs maîtres, explique Brahim. Ils vivent désormais en voisins. Et chaque fois, quand l'un a besoin de l'autre, ils se viennent en aide. »


Messaoud Id Boulkheir : "Certains trouvent normal d'avoir des esclaves."


Source: Madinin-art

 
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