mauritanie

L'intervention du leader de l'opposition : un commentaire qui en est pas un. Version imprimable Suggérer par mail
23-01-2008 - 07:49

Par: Sidi Mohamed Ould Hartane.
Cet article est publié sur click4mauritania et cridem
Comme nous sommes encore en janvier : Bonne et heureuse année à tous!
 
J’ai suivi l’interview du chef de l’opposition officielle, Mr Ahmed Ould Daddah, Mr Daddah a abordé un certain nombre de questions d’actualité, questions liées :

aux passifs sociaux : l’esclavage, le retour des déportés et la misère des population ;
• aux mesures de relance de l’économie (pêche artisanale) et le contrôle des prix ;
• au rôle de l’opposition versus les actions du gouvernement ;
• à la lutte contre le terrorisme (responsabilité du gouvernement actuel et des citoyens) ;
• à la drogue (comment y faire face ?)

Que peut-on retenir de l’intervention du leader de l’opposition officielle?
1. Concernant l’esclavage : le leader de l'opposition a souligné la nécessité de définir ce que sont l’esclavage et ses pratiques, pour mieux instaurer la loi de criminalisation des pratiques esclavagistes. Parmi les solutions aux problèmes de l’esclavage, Mr Daddah propose l’accès à la propriété foncière et l’encouragement d’activités de relance de l’économie. À titre d’exemple des mesures de relance de l’économie, le leader de l’opposition propose l’encadrement de la pêche artisanale par l’encouragement, la formation et l’orientation du secteur.
2. Quant à la question des déportés, Mr Daddah demande la reconnaissance des droits de ces derniers et un rétablissement de ces droits, sur la base d’un recensement de la population déportée.
3. Au sujet du poids de la vie sur les population : Mr Daddah propose l’encadrement et le contrôle des prix, l’accroissement des responsabilités de la Sonimex.
4. Quant au rôle de l’opposition : Mr Daddah considère, et à juste titre, l’opposition officielle comme le contre poids des actions du gouvernement.
5. Pour la lutte contre le terrorisme : Pour Mr Daddah souligne que même si le gouvernement actuel n’est pas responsable de la naissance et du développement du terrorisme en Mauritanie, il a la responsabilité et l’obligation de défendre les citoyens, en mettant en place des mesures concrètes de lutte contre le terrorisme. Le leader de l’opposition a fait un appel à la création d'un front uni contre le terrorisme et la violence qui sont étrangers à la société mauritanienne.
6. La drogue : le leader de l’opposition se pose la question de savoir comment y faire face et appelle le gouvernement à entreprendre des mesures concrètes pour enrayer le fléau.
7. Enfin, la désignation des membres de l’opposition à des postes clés a été légèrement effleurée. Le leader de l’opposition ne demande pas de gouvernement d’union nationale.

Ce sont là, pour l’essentiel, les points que j’ai pu retenir. J’aimerais souligner que le présent article ne constitue pas un commentaire de l’intervention de Mr Ahmed Ould Daddah. Il serait plutôt une contribution au débat que pose le leader de l’opposition officielle. J’ai juste quelques remarques :

1. Le leader de l’opposition propose des mesures qui peuvent contribuer à calmer ou atténuer la situation actuelle de la Mauritanie. Cependant, pour la plupart, ces mesures relèvent du court terme. L’accès à la propriété est par contre une mesure fondamentale et jalon nécessaire pour enrayer l’esclavagisme qui est encouragé par le phénomène de dépendance. L’encadrement du secteur de la pêche est une mesure est importante pour le secteur.
2. Habitué à ce genre d’interviews télévisées, j’ai eu un petit grincement lorsque le leader de l’opposition a protesté contre l’intervention du représentant de la majorité et les interventions téléphoniques des téléspectateurs. Je ne connais pas les termes de l’accord entre le leader de l’opposition et le journaliste. De ce fait, je ne me donne pas le droit de juger de la réaction même si, je trouve que ce genre d’interviews télévisées offre une occasion d’or pour engager un débat public opposition/majorité. Car dans une démocratie la loi de la majorité et les droits de la minorité, même s’ils semblent conflictuels, sont les deux plateaux d’une même balance. Et en débattre publiquement permet aux citoyens de bien voir où se situent les failles du jeu de la démocratie. La réaction du leader de l’opposition peut être justifiée par le fait qu’il voudrait profiter pleinement du temps d’antenne qui lui est offert pour s’exprimer sur les questions du moment. Ne pas vouloir partager ce temps d’antenne est de bonne guère.

Comme je l’ai souligné je voudrais contribuer, par le présent article, au débat ouvert par Mr Daddah. Je reviendrais alors sur certaines questions que j’avais traitées dans des articles publiés dans « Cliclk4mauritania.con » et « Cridem.org ». Je reprendrai donc essentiellement les questions relatives à la démocratie et aux sujets adjacents notamment la bonne gouvernance, et celles de la relance de l’économie et sujets adjacents.

I. La démocratie et sujets adjacents.

La démocratie est un processus, un mode de société, aux dimensions multiples, allant des élections libres et transparentes, à la liberté d’expression, à la gestion saine de l’économie, à la gestion consensuelle de la société, et aux questions de défense nationale, etc. C’est un processus dans lequel la volonté de la majorité, comme choix de société, est observée avec le respect des droits de la minorité. Le choix de société est exprimé à travers des élections libres et transparentes donnant la majorité des voix à des représentant supposés capables de réaliser le choix de société du moment, dans le cadre de la Constitution et des lois en vigueur.

Les représentants de la majorité gèrent alors le pays entre deux échéances électorales. Pour cela, ils désignent un gouvernement capable de réaliser le choix de société pour lequel ils ont été élus. Un gouvernement capable de livrer la marchandise. Quel type de gouvernement faut-il? Qui doit y participer? La réponse à ces questions revient aux seuls représentants élus de la majorité. C’est un principe primaire d’un système démocratique au même titre qu’une élection libre et transparente.

Faut-il obligatoirement un gouvernement d’union nationale (GUN)? L’absence d’un GUN serait-elle une entorse à la démocratie naissante de la Mauritanie?

Non! Il ne faut pas obligatoirement un GUN et son absence ne constitue nullement une entorse à notre jeune démocratie. Il faut simplement un gouvernement qui a la volonté et qui soit capable de livrer la marchandise du choix social.

Pour cela, il faut plus insister sur le choix des hommes et des femmes compétents et intègres, pour composer le gouvernement. C’est là le noyau du problème. Il se trouve malheureusement que, beaucoup de nos hommes et femmes élus ou prétendants à la gouvernance ont acquis et exercé leurs compétences au sein des différents gouvernements de la gabegie et de la tyrannie. Et il est certain qu’un instinct et mode de gestion de la chose publique, une relation particulière avec les deniers publics, un comportement singulier vis-à-vis du respect de la loi, se sont forgés au fil des décennies. Et la désignation de ces hommes et femmes aux reines du pouvoir peut soulever des questions au sein de la population et au sein de l’opposition. Car, l’une des principales responsabilités de la démocratie naissante en Mauritanie devarait être de protéger les droits fondamentaux des citoyens :


le droit à la vie : manger et boire à faim et soif, être soigné;
• le droit à la propriété (accès au logement);
• le droit à l’instruction et à l’éducation;
• la liberté de parole et d’opinion, la liberté de s'organiser;
• le droit à une égale protection par la loi ;
• le droit et la liberté de participer pleinement à la vie politique, économique et culturelle du pays.

Cette démocratie naissante doit viser à imposer aux gouvernants la règle du droit et le respect des lois, la bonne gouvernance et l’éthique dans la gestion de la chose publique. Cette démocratie naissante doit viser à assurer aussi que, tous les mauritaniens soient protégés par la loi et que leurs droits soient garantis par une législation et un système judiciaire aux services des citoyens. Une société démocratique doit imposer alors des « valeurs de tolérance, de coopération et de compromis », des valeurs de consensus social; un consensus exigeant des compromis importants, parfois difficiles à réaliser. La démocratie doit viser à l’acceptation et le respect de la différence. Et cela d’autant plus que ALLAH a dit « Je vous ai créés de mâle et de femelle et Fais de vous des nations et tribus pour que vous vous connaissiez. Le plus généreux parmi vous, auprès de ALLAH, est le plus pieux ». Nous voyons ici clairement, combien nous pouvons être différents; mais combien il est important que nous nous acceptions et nous respections mutuellement.

L’élection de Mr Ould Cheikh Abdallahi à plus de 52% autour de son slogan de campagne signifie que la majorité des mauritaniens veulent être rassurés quant à l’avenir du pays. Et en tant qu’expression de la volonté de la majorité des citoyens, cette élection ne doit en rien constituer une forme d'exclusion, d’imposition d’une volonté ou d’oppression pour les citoyens qui n’ont pas suivi le slogan. Car, aucune majorité, fusse-t-elle issue des élections libres et transparentes, n’a le droit de confisquer les libertés et les droits fondamentaux des citoyens, les droits fondamentaux de la minorité et des individus.

Quant à la minorité, disons plutôt les minorités au pluriel, qu'elles reposent sur des questions ethniques ou géographiques, ou qu'elles résultent simplement d'une défaite électorale, elles doivent jouir des droits fondamentaux garantis par la loi et dont aucune majorité élue, aucun gouvernement d’union nationale ou non, ne saurait les priver. La minorité doit avoir la certitude que le gouvernement mis en place protégera, quoi qu'il arrive, ses droits et son identité ou intégrité. Lorsqu'une minorité a cette certitude, elle se sent libre de participer aux institutions démocratiques du pays et d'apporter sa pleine contribution dans le cadre d’un gouvernement d’union nationale ou simplement dans le cadre d’un gouvernement de majorité présidentielle.

L'acceptation et le respect des minorités notamment ethniques et politiques est l'un des plus grands défis auxquels sera confronté le gouvernement qu’il soit d’union nationale ou non. Peu importe que le gouvernement soit d’union nationale ou pas, peu importe la façon avec laquelle on envisage de résoudre les problèmes de la Mauritanie y compris les passifs sociaux, seuls :


le respect des principes démocratiques de la tolérance,
• la pratique du débat d’idées et des échanges sains, respectueux et constructifs,
• et l'acceptation de compromis fussent-ils douloureux,

peuvent permettre à la majorité présidentielle, aux minorités, au gouvernement et à tous les mauritaniens de bâtir un projet de société viable, sur des bases saines, reposant sur le consensus et les compris positifs, garantissant l’exercice de la volonté de la majorité et assurant les droits de la minorité.

L’opposition doit être critique et responsable pour montrer qu’elle est capable d’exercer l’alternance aux échéances suivantes, dans le cas où le choix de société aurait changé et/ou dans le cas d’une défaillance de la majorité actuelle, sanctionnée par de nouvelles élections libres et transparentes.

La Mauritanie d’aujourd’hui a besoin d’hommes et de femmes intègres et compétents capables d’exercer une bonne gouvernance du pays. Des hommes et des femmes qui ont la volonté de poser les vrais problèmes y compris les passifs sociaux et les problèmes économiques du pays, et de rechercher les vraies solutions. Que ces hommes et femmes compétents soient de la majorité ou de l’opposition, peu importe, pourvu qu’ils livrent la marchandise.

Dans ce cadre si, le Président de la République a la pleine liberté du choix son équipe; il a aussi l’obligation morale et de démocratie de respecter son slogan de campagne, en choisissant et mettant en place un gouvernement compétent, capable de rassurer les mauritaniens. La Mauritanie a besoin de penser définitivement ses plaies sociales, économiques et politiques.

Sidioca avait promis d’opérer un changement. Le changement à opérer exigerait de faire valoir l’importance du respect de la loi comme fil conducteur, pour favoriser la bonne gestion des deniers publics. Pour cela, il y a lieu de créer et mettre en place une telle loi et l’ensemble des moyens de communications pour faire passer des messages clairs et précis sur la nouvelle façon de gérer la chose publique.

Il s’agit de mettre en place une loi sur la bonne gouvernance, la gestion saine de la chose publique, une gestion professionnelle et non partisane, s’appuyant sur les talents et l’engagement du citoyen. Une loi par laquelle, l’agent de l’État, le citoyen, auront un rôle important à jouer, pour que le changement puisse voir le jour. C’est dans ce cadre, qu’un changement dans la fonction publique doit viser à mettre en place une organisation à l’écoute du citoyen et orientée sur les résultats, dans l’optique de mieux servir la population. De nouvelles pratiques au sein de la Fonction doivent transformer fondamentalement les façons de faire pour ce qui est de recruter, de gérer, de soutenir et de diriger les agents de l’État ainsi que de la façon de servir le citoyen. Ces pratiques devraient permettre au citoyen :


de s’informer sur les services publics offerts et les voies d’accès à ces services;
• d’exprimer de façon responsable ses besoins et avoir un esprit critique constructif;
• de connaître les voies de recours en cas de besoin;
• d’éviter les interventions contraires à l’esprit de la loi.

Quant aux gestionnaires de la fonction publique, ils doivent rendre compte de leurs décisions en matière de gestion des ressources de l’État. De façon générale, les agents de l’État doivent être conscients de leur mission de « être au service du citoyen » et non de l’administrer. Le citoyen doit être considéré comme un client des services publics et non un administré des agents publics. Et l’ensemble de « Ce que doit permettre la loi » et de « Ce que l’on doit faire dans le cadre de la loi» pour le respect de celle-ci, exigeront la mise en place d’une stratégie de communication efficace pour donner les « résultats attendus ».

Le gouvernement doit rendre des comptes sur sa gestion et gouvernance de la chose publique. Les citoyens mauritaniens doivent être informés sur les décisions que le gouvernement élu prend en leur nom. La liberté de presse doit répondre justement à ce droit à l'information, en dénonçant si besoin les agissements irresponsables et les abus du gouvernement et des responsables publics ou de tout individu nuisible à la société. Une presse libre permettra ainsi aux citoyens de demander aux gouvernants de rendre des comptes de leur gouvernance et de remettre en question la politique suivie.

La liberté de la presse ne peut exister sans des garanties et pratiques légales minimales. Pour cela, la liberté de la presse doit reposer sur l'indépendance du système judiciaire, la vigilance de la société civile (citoyens et partis et associations politiques), le respect de l'État de droit et la liberté de parole. Il faut que la presse puisse accéder elle-même à la bonne information. D’où la nécessité pour les journalistes et ceux qui écrivent dans la presse de faire des investigations libres et responsables sur les actions du gouvernement et des responsables publiques ou sur les individus dont les comportements et agissements sont de nature à toucher aux intérêts des citoyens.

Le gouvernement ne doit pas fixer de règles a priori sur ce que la presse peut dire ou ne pas dire, écrire ou ne pas écrire. Cependant, ceux qui écrivent doivent être responsables et être en mesure de fournir les preuves et résultats de leurs investigations à la justice, au besoin. La presse ou ceux qui écrivent ou diffusent de l’information doivent se comporter donc de façon responsable et avoir de la retenue pour ne pas causer des dommages collatéraux moraux inutiles à autrui et/ou pour ne pas faire face eux-mêmes à la justice d’un état de droit.

À l’instar de la presse libre, les partis politiques doivent fournir aux citoyens les moyens et voies d'obliger le gouvernement à rendre des comptes de ses gestes et faits. À l’instar de tout citoyen, tout parti politique doit respecter les principes de la démocratie en reconnaissant et respectant l'autorité du gouvernement issu des élections, même si lui-même n'est pas aux reines du pouvoir. Tout parti politique, qu'il soit petit, grand ou de coalition, doit avoir la volonté et le respect des valeurs de compromis et de tolérance. Car le jeu politique et le jeu démocratique ne sont que des tissus d’alliances et de contre alliances autour des choix de société qu’une majorité des citoyens pensent être bons à un moment donné de l’histoire du pays.

Des choix de société autour desquels des opinions convergent ou divergent à une étape du cheminement de la société. D’où la nécessité de s'opposer loyalement au gouvernement pour que l’essentiel d’une démocratie soit atteint et préservé : les libertés individuelles. En d’autres termes, la rivalité des partis politiques en Mauritanie ne doit pas être une rivalité d’asphyxie ou de survie mais simplement une compétition pour mieux servir le citoyen mauritanien et les intérêts de la Mauritanie.

Quand on observe la scène politique mauritanienne, on a l’impression que la question fondamentale du jeu politique est celle du partage des postes, des fonctions et nominations dans les rouages de l’État. C’est dans ce cadre que je pourrai situer la gesticulation des différents partis face au regroupement de la mouvance hétéroclite de la majorité actuelle qui se voit dans l’obligation de se créer un cadre uni d’organisation et d’expression pour coordonner efficacement son soutien politique à Sidioca. Et certainement pour ne pas être aussi à la traîne des évènements (En bon citoyen!). Non seulement, on pose le problème de la légitimité de la démarche; mais on lui fait également un procès d’intention, sur le choix du nom et sur ce qu’il doit être ou pas être. Il y a un fait indéniable : tous les groupes de la mouvance dite présidentielle soutiennent Sidioca. Et ces groupes veulent s’organiser en une seule entité politique de soutien au programme de Sidioca. La question est de savoir si, au regard de la Constitution et des lois en vigueur, ils ont le droit de se regrouper en un parti, ou en n’importe quelle autre nébuleuse politique, en conformité avec les textes en vigueur, pour coordonner leurs actions politiques? Si oui, qu’ils le fassent en noms disparates ou sous le même nom hybride; cela ne change en rien à la finalité.

Sidioca a été élu sur la base d’un slogan fédérateur et d’un programme politique de changement dont les contours n’ont pas été présentés que par le slogan de « Président qui rassure ». Il revient à Sidioca de faire ses choix et mettre en place les moyens et mécanisme du changement qu’il a promis. C’est à lui et, à lui seul, de déterminer sur quelles forces ou organisation politique, il va s’appuyer pour mener le changement promis lors de la campagne électorale, et livrer la marchandise.

Comment va-t-il s’y prendre? Va-t-il le faire avec du neuf réellement neuf ou avec du neuf par le recyclage des anciens du PRDS qui constituent, aujourd’hui, la majorité présidentielle? Va-t-il pouvoir laver les cerveaux des loups du rouage politique des anciens régimes et les transformer en agneaux prêts à passer à l’abattoir, à la veille du Id El Vitr? Ou bien va-t-il pouvoir faire appel à de nouvelles alliances pour rénover radicalement le paysage politique de l’action gouvernementale? Les réponses à ces questions reviennent à Sidioca seul.

Aujourd’hui, une chose me paraît claire que la plupart des débats y compris l’interview télévisée du leader de l’opposition, qu’au regard des confusions autour des définitions et interprétations des concepts de la démocratie, et au regard des velléités de la guêpe des barons des anciens régimes à reconstruire sa niche de pouvoir, nous avons plus jamais besoin de mettre en place des mécanicismes objectifs d’une vraie démocratie. Lesquels mécanismes doivent être fondés sur :


le concept d’un État de droit et d’une égalité de tous devant la loi;
• la bonne gouvernance basée sur la lutte contre la gabegie et les malversations dans la gestion de la chose publique;
• la définition et l’exercice d’une fonction publique axée sur la gestion saine des ressources humaines et déniés du pays, par le recrutement de compétences appropriées;
• la mise en place d’une relance de l’économie par le lancement de grands projets de développement économique du pays;
• la lutte efficace contre la pauvreté en permettant l’accès effectif à l’éducation par une redéfinition d’un système éducatif et un enseignement adaptés, à la santé, au travail par l’égalité des chances, au logement, à tous les citoyens;
• la définition des modes de financement des partis politiques, par l’État, par les citoyens eux-mêmes, et des limites au recours à ces modes de financement;
• la définition claire et précise de lois régissant les contours des actions et activités des partis politiques, de leurs relations avec le pouvoir en tant que parti de la majorité ou simplement en tant que partis d’opposition;
• la criminalisation du délit d’initié et du favoritisme systématique au détriment du choix judicieux des compétences;
• la criminalisation des malversations, de la mauvaise gestion et du clientélisme politique social;
• l’apaisement du climat social en créant une commission de réconciliation nationale chargée des passifs sociaux, du retour organisé des réfugiés et de l’organisation d’un débat national sur les priorités du moment.

La mise en place de cet ensemble de mécanismes contribuerait à l’assainissement du climat et du jeu d’influence politiques, dans les rouages de l’État. L’État, le gouvernement et le législateur mauritaniens, dans les prescriptions des lois et textes juridiques, doivent chercher à pourvoir aux intérêts des citoyens, en leur garantissant ce qui leur est indispensable (ed-darouri), et en leur procurant le nécessaire (el-hajii) et l’accessoire (et-tahsini).

Le Président de la république a reconnu la profonde plaie des déportés et a exprimé sa douleur et compassion avec les familles des déportés. L’esclavage a été criminalisé et une loi sur la transparence financière a été votée. C’est là l’amorce d’un changement d’attitude vis-à-vis des passifs sociaux et politiques des plus importants (déportés, esclavage, bonne gouvernance). Cependant, la question est de savoir si la reconnaissance des passifs sociaux et l’adoption de loi de transparence financière suffisent à opérer les changements utiles et nécessaires pour sortir la Mauritanie de la morosité économique, politique et sociale ; et assainir la situation de suspicion, de défiance et de méfiance, qui prévaut actuellement.


II. La relance de l’économie et sujets adjacents
Comment procéder pour rassurer davantage sur l’avenir économique du pays? Je crois fermement que la mise en place de l’ensemble de mécanismes énumérés ci haut, contribuerait fortement relancer l’économie en mettant en place une climat sain de libre concurrence. Ces mécanismes permettraient de prendre un certain nombre de mesures pour assurer un développement à long terme.

1. Au niveau économique

a. Mettre en place de grands projets nationaux. Pour cela, il faut, alors :
• Définir et exécuter un projet d’électrification de l’ensemble du pays;
• Définir et exécuter un projet de construction de routes et d’autoroutes reliant l’ensemble des régions du pays;
• Définir et exécuter un projet d’implantation de réseaux de communication basés les nouvelles technologies de télécommunications et d’information.

b. Mettre en place des départements économiques, financiers et monétaires forts, indépendants et complémentaires, travaillant en collaboration étroite :


en dotant le département de l’économie de cadres compétents capables de définir et d’exécuter les grands projets d’édification d’une économie forte et industrialisée;
• en dotant le département des finances de cadres compétents capables de définir et d’exécuter des plans de finances publiques pour soutenir les grands projets d’édification d’une économie forte et industrialisée. Un département des finances qui mettrait en place une politique efficace de gestion des ressources financières du pays par l’instauration d’un mécanisme budgétaire efficace exempt de toute gabegie, et d’un système douanier saint luttant contre la corruption et le clientélisme. Une politique douanière qui encourage l’importation de biens dont le pays a besoin pour sa construction, et favorise l’exportation des produits mauritaniens à l’étranger pour assurer des entrées de devises étrangères;
• en dotant la BCM de compétences fortes et indépendantes des départements de l’économie et des finances, pour mieux définir et exécuter une politique monétaire saine, capable de soutenir la politique économique des grands projets nationaux et la politique budgétaire et financière de l’État. Une politique monétaire de lutte contre l’inflation et la hausse des prix non justifiée par le volume des affaires brassées par les agents économiques. Viser la stabilisation l’inflation aux alentours d’un taux d’inflation réel 3 à 4%, et une politique de prévision d'une déflation pouvant conduire à une récession.

c. Mettre en place un système bancaire public et privé capable de soutenir les besoins de financements des grands projets d’édification d’une économie industrialisée. Il faut alors :


Créer des banques et des fonds d’investissement publics et privés et moderniser le système bancaire par l’instauration d’un système d’échange informatisé pour rendre efficace les transactions bancaires et de compensation;
• Créer un cadre d’incitations fiscales et financières capables de mobiliser les capitaux privés nationaux et de drainer les capitaux étrangers vers les investissements durables dans des projets d’infrastructures de développement du pays.

2. Au niveau politique

a. Mettre en place d’un État de droit fort par la définition claire et précise des droits et obligations du citoyen et imposer l’égalité effective devant la loi. Dans ce cadre la loi sur la transparence financière qui vient d’être adoptée est un bon début.

b. Les membres du gouvernement, les gestionnaires de l'État, les responsables publics, tous doivent être solidaires et comptables de la gestion de la chose publique. Pour cela, il faut instaurer des processus transversaux de gestion impliquant et responsabilisant solidairement les auteurs de la gestion de l'État. Des processus transversaux de gestion définissant clairement les tâches et les responsabilités de chaque intervenant. Même si tout le monde est solidairement responsable, Chaque processus transverse doit avoir un responsable chargé du suivi de sa mise en oeuvre.

c. Institutionnaliser la liberté d’expression en encourageant la liberté d’opinion et en supprimant par une loi le délit d’opinion envers le pouvoir et les dirigeants.
Nous pouvons constater qu’il y a eu l’amorce d’une réelle liberté d’expression par la dilution des langues et des plumes à travers les médias, particulièrement à travers le Web.

d. Institutionnaliser la liberté de la presse écrite par l’encouragement de la presse indépendante par l’octroi de financement public et/ou des incitations financières et fiscales.

e. Institutionnaliser une opposition officielle, contre poids du gouvernement, en désignant par la loi, comme opposition officielle, le parti qui aurait obtenu la deuxième place dans les résultats de vote. Là aussi, nous pouvons parler d’un début de réalisation par la nomination du chef de l’opposition officielle.

f. Reconnaître officiellement les passifs sociaux. C’est fait en partie par la criminalisation de l’esclavage et la reconnaissance des droits des déportés. Il faut alors définir et préciser les mesures d’accompagnement qui s’imposent par la création d’une commission nationale chargée des passifs sociaux.

3. Au niveau social
a.
Résoudre le problème des déportés. La solution du problème devait passer effectivement par la reconnaissance officielle du problème des déportés. Ce qui est fait. Il faut alors :


Effectuer le recensement des déportés avec l’aide des pays d’accueil et des organismes internationaux impliqués dans la gestion des crises humanitaires (HCR notamment);
• Permettre le retour organisé des déportés en créant des structures d’accueil efficaces;
• Permettre leur réinsertion économique et sociale en les indemnisant financièrement et en leur restituant les biens encore indentifiables (maisons, terrains, bétails, etc.);
• Mettre en place un climat de dialogue pour dissiper la haine, la situation contrite et de crainte
, par la création de la commission nationale de réconciliation. Cette commission doit comporter des représentants des départements gouvernementaux concernés, des représentants des partis politiques, des représentants de la société civile et des familles des déportés. Cette commission aura pour mission de favoriser un climat d’assainissement social pour la réconciliation, en discutant de tous les problèmes sociaux et politiques tabous notamment les détournements de déniés publics, la drogue, avec un esprit de recherche de solutions aux problèmes posés et non pour incriminer ou punir tel ou tel responsable ou fautif. Le but de la commission serait de mettre sur table tous les problèmes, d’en discuter et de voir quelles seraient les mesures à prendre pour que de telles situations ne se reproduisent plus jamais. Il s’agira d’une commission de pardon national et non d’une commission de sanction et de punition nationales. L’Islam nous a appris le pardon; mais pour implorer et recevoir le pardon, il faut reconnaître ses torts, avant tout.

b. Résoudre la question de l’esclavage. Comme pour les déportés, la solution du problème devait passer, elle aussi, par la reconnaissance officielle de l’existence même du problème, dans les faits (l'existence de niche d’esclavage) et dans les esprits. Il fallait alors définir ce que sont l’esclavage et les pratiques esclavagistes pour promulguer une loi claire et précise abolissant l’esclave sous toutes ses formes et sanctions les pratiques de l’esclavagisme. L’esclavage a été criminalisé, maintenant, il faut :

• Créer des structures de réinsertion économique et sociale de tous les esclaves par l’accès à l’éducation, à la formation et au travail. C’est bien beau d’être libre; faut-il aussi pouvoir subvenir à ses besoins fondamentaux. Or subvenir à ses besoins fondamentaux est justement un problème posé à la majorité des citoyens, libres ou non. Dans ce cadre, le lancement de grands projets nationaux d’éducation à grande échelle, de lutte contre les maladies et la pauvreté, de construction de routes et d’autoroutes, d’électrification du pays et de valorisation des ressources naturelles et humaines peuvent s’avérer efficaces. L’encadrement de la pêche artisanale peut constituer une mesure qui s’inscrirait dans la même lignée de la relance économique.

c. Résoudre la question de la femme en favorisant et encourageant sa participation active à la vie économique, politique et sociale. Un grand pas a été effectué par la nomination de femmes aux postes de ministres, secrétaires généraux, d’ambassadeurs. Il faut alors officiellement, par une loi et un décret d’application :

Instaurer un quota d’employabilité des femmes au sein de la Fonction Publique;
• Instaurer un quota de participation des femmes aux activités politiques (partis politiques et de représentation nationale au sein des institutions d’État);
• Permettre aux jeunes filles l’accès à l’éducation et à la formation, dans tous les domaines;
• Mettre en place un code de la famille, clair et précis, protégeant la femme et les enfants contre la délinquance sociale;

d. Instaurer un système de santé et de couverture médicale pour tous les citoyens par la prise en charge systématique des démunis.

4. Au niveau régional et international

a. Favoriser la coopération régionale en adhérant activement aux organisations régionales auxquelles la plupart des pays limitrophes sont membres. Rechercher les avantages réciproques et l’équilibre géopolitique.

b. Adopter une diplomatie agressive basée sur la réciprocité du traitement en visant des avantages comparatifs favorisant le développement économique et le respect du pays et de ses citoyens.

c. Recentrer les représentations diplomatiques en identifiant les relations porteuses de relations bénéfiques pour le pays, et les foyers de citoyens à l’étranger.

Quels pourront être les instruments du changement?

a. La formation de cadres et techniciens compétents et responsables. Il faut, pour cela :

Mettre en place une réforme de l’enseignement en identifiant les priorités de développement pour mieux orienter les ressources disponibles vers la réalisation effective du développement économique et social. Revoir et réadapter les programmes scolaires et universitaires, déverrouiller le système d’évaluation et de notation;

• Créer des universités, des facultés notamment de médecine, des écoles techniques supérieures, dans les régions éloignées;

• Encourager la recherche par le financement et les incitations de tous genres notamment en impliquant la collaboration du privé national et étranger.

b. Instaurer un cadre efficace pour l’initiative privée :

Par des incitations financières et fiscales;
• Par l’instauration d’une politique d’accès au crédit d’investissement à moyen et long terme, basée sur des taux d’intérêts bas;
• Par l’implication du privé national et étranger dans les grands projets nationaux d’édification d’une économie industrialisée;

c. Instaurer une fonction publique compétente et responsable. Il faut alors :

Mettre en place une loi sur une gestion saine de la chose publique, une gestion professionnelle et non partisane, s’appuyant sur les talents et l’engagement de tous : une loi source de forces et d’avantages. Les agents de l’État, les citoyens doivent tous avoir un rôle à jouer. La contribution de chacun doit viser à améliorer la façon de gouverner;
• Mettre en place une fonction publique, à l’écoute des citoyens et orientée sur les résultats, dans l’optique de mieux servir la population. Il s’agira de renforcer la capacité du gouvernement à fournir aux citoyens des services et des programmes de qualité à un coût raisonnable, tout en respectant les valeurs de l’intégrité, de la transparence et de la responsabilisation. Une fonction publique moderne capable de gérer les ressources humaines de façon à accroître l’efficacité de l’État.

d. Mettre en place un système de bonne gouvernance, basé sur une éthique de gestion de la chose publique fondée sur le principe que tout fonctionnaire de l’État, tout gestionnaire des déniés publics doit être comptable de ses actes et répondre de ses responsabilités. Pour cela, il faut mettre en place un système de contrôle interne général et spécifique, au niveau des institutions et établissements publics, de façon à contrer et à détecter les malversations et fraudes. Et si une malversation et/ou une fraude surviennent que l’on ne puisse pas les cacher.

Un contrôle interne généralisé efficace, non bloquant, qui doit avoir l’adhésion des responsables de tous niveaux et du reste des agents de l’État. Le contrôle interne ne doit pas être une fin en soi mais un outil efficace de contrôle de gestion. Une bonne gouvernance doit conduire à la sanction des auteurs des malversations et des fraudes et doit permettre de lutter efficacement contre la gabegie, le clientélisme et les détournements des biens publics; une bonne gouvernance visant à récompenser les bonnes actions envers le citoyen, envers l’État et envers la Nation. La mise en oeuvre de cet ensemble d'outils de changements pourra contribuer grandement à amorcer le processus de développement économique et social durable pouvant réellement rassurer tout mauritanien épris de changement.

Enfin, je remercie le leader de l’opposition d’avoir ouvert publiquement le débat sur les questions du moment.
 

 
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