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Par: Mariem M. Sidiya (La mauritanienne) La crise politique paralyse le pays. Le pays est sans gouvernement, sans gouvernants. La machine est grippée. Et l'opinion est blasée d'une situation qui ne connaît pas de solution en perspective. Et on attend, on attend, et l'on s'agrippe sur le moindre écho que produit le centre décisionnel qui peine à prendre une décision ferme. Le gouvernement n'est pas encore mis en place.
Plus d'une semaine, et on attend…un arrangement, un compromis, une entente entre le Président et ses généraux, ou bien- c'est celle-là qui sied, dit-on - entre les généraux et leur président. De la présidence ne filtrent que des échos, des vains échos sortis ''du néant du pouvoir''. A la primature on s'essaie d'entretenir quelque chose, on feint de concocter quelque chose, on fait de la concertation et on s'investit à donner une image, une certaine image d'un Premier ministre qui crée l'évènement, qui détient les rênes de l'information. Et la crise continue de faire rage. Et les yeux du peuple sont rivés vers cette primature d'où devrait surgir la liste des ministres de la réconciliation. Les impossibles ministres sur lesquels et auxquels s'entendent et s'attendent toutes les factions et par de-là, toute l'opinion. Le Premier ministre est entré dans un cycle de concertations. Puis, arrive l'étape de la consultation. Parce que c'est toujours comme ça avec ce premier ministre, une concertation qui débouche sur consultation. Celle-ci devrait donner habituellement une équipe ministérielle. Or, cette fois-ci, l'association des concertations à des consultations a produit, sous l'effet du bureau de presse, autre chose qu'une équipe gouvernementale. Elle a engendré une notification. Voilà, qui est génial. (Concertation + Consultation = Notification). Le bureau de presse de la primature, alors que l'opinion, s'impatientait, s'attendait à la formation d'un gouvernement, a rendu public la notification que voici : ''Le bureau de presse au Premier ministère attire l'attention des journalistes écrivains sur l'orthographe exacte du nom complet du Premier ministre : Yahya Ould Ahmed El Waghf (sans e).''Géniale, celle-là! En pleine crise politique le bureau de presse au Premier ministre attire l'attention des journalistes sur une erreur orthographique sur le nom du Premier ministre. L'erreur fatale, cette malencontreuse intrusion de la voyelle ''e'' qui, s'incruste entre le''qh'' et le ''f''. C'est cela, peut-être, pense-t-on, au niveau de la primature la véritable cause de la crise politique qui secoue le sommet de l'État. Waqhef s'écrit désormais sans le ''e'', waghf. Et la crise est contenue. Grâce à la suppression d'une voyelle, on dénoue une crise politique qui jugule la mauvaise ''marche'' de la République. Et, les généraux sont contents, et les députés acquiescent et le Président jubile. Et finalement, les dégâts n'étaient pas si importants. Une voyelle qu'on soustrait au nom du Premier ministre. Un premier ministre peut bien se passer d'une voyelle en faveur de la cohésion nationale. Mais, on ne serait, de la part d'un Premier ministre, auquel on confie un gouvernement qu'il n'arrive à former, suite à une crise politique sans précédent dans l'histoire du pays, s'adonner à des dérisions ou diversion orthographiques. La suppression de la voyelle est hautement symbolique. On peut penser, dans un premier temps, quand on lit le nom quelque peu diminué du premier ministre qui devient ''waghf'', que celui-ci fait allusion à la signification arabe du mot. Ce qui renvoie à un registre religieux, spécifique au droit musulman. Dans le droit musulman, ''le waqf (pluriel : auqâf) est une donation faite à perpétuité par un particulier à une œuvre d'utilité publique, pieuse ou charitable. Le bien donné en usufruit est dès lors placé sous séquestre et devient inaliénable''. En supprimant son ''e'' le Premier ministre insinue à travers cette compréhension religieuse son état à lui. Qu'il est un premier ministre en instance de ''waqf'', un legs à tous, y compris bien sûr les généraux. Une proposition, une offrande qu'il se fait de lui-même au service ou au besoin des militaires, de généraux, si une telle invite intéresse les étoilés. Aussi, peut-on, déduire une autre interprétation, toujours dans la matière de ''waghf, qui signifie legs. Comme, on sait qu'un legs est fait à titre posthume naturellement et prend effet dès la mort de son auteur, le Premier ministre en difficulté, lui, et son président de satisfaire les frondeurs, dans la formation d'un gouvernement, se suicide et tue son président, et la République devient un''waqf'' un legs. La disparition serait donc dans ce cas une mise en abyme quelque sorte, qui occasionne la mort des chefs de file de l'exécutif, léguant la République qui devrait être placée sous séquestre, mais sous l'autorité des généraux. Une défaite, en somme du clan du président. Aussi, serait-on, tenté de pousser le raisonnement pour inaugurer un autre champ en matière de symbolique se rapportant à la suppression de cette voyelle, en l'occurrence, le ''e''. Ce qui nous ramène vers un registre littéraire, celui du mouvement ou du groupe d'auteurs connu sous l'acronyme ''OULIPO'', (l'Ouvroir Littéraire Potentiel). Cette inspiration à la fois littéraire et mathématique vit le jour en France vers les années soixante et dont les précurseurs sont des sommités littéraires telles ( Raymond Queneau, Italo Calvino, Jacques Roubaud, George Perec…et bien d'autres. Cette fondation d'écrivains avait bâti son mouvement sur ce qu'on appelle ''la contrainte formelle comme un puissant stimulant pour l'imagination''. Ce qui est intéressant, ou ce qui peut s'apparenter à cette notification du bureau de presse du premier ministère, en 2008, en Mauritanie, en période de crise politique, c'est la suppression formelle de la voyelle ''e''. Car, justement l'un des auteurs de cette association, en l'occurrence George Perec avait écrit un célèbre roman, intitulé ''La Disparition'' qui ne contenait aucune ''E''. La voyelle la plus répandue de l'alphabet française. Le titre ''disparition, est déjà évocateur dans l'œuvre de Perec, évocateur aussi dans l'œuvre de notre Premier ministre. L'œuvre se construit sur une intrigue littéraire classique et l'histoire du personnage central (Antoin Voyl) (évocateur aussi) qui disparait mystérieusement de la circulation. Cette disparition est intervenue après que ce fameux Antoin Voyl subit des nuits et des nuits d'insomnies. Ses amis partent alors à sa recherche, puis peu à peu, ils disparaissent à leur tour. La suppression de cette ''e'' du nom Premier ministre serait-elle d'inspiration oulipienne. Une allusion à une disparition, non seulement du gouvernement déjà démis, mais de tout autre gouvernement formé sous par ce premier ministre et son président. Est-ce que même, ce dernier ne serait-il pas par cette malédiction de disparition subite. C'est vrai qu'Antoin Voyl a disparu des suites à des nuits d'insomnies. Est-ce que le président de la République et son Premier ministre dorment suffisamment en ces nuits de crises ? Aussi, le Premier ministre peut vouloir dire autre chose par cette suppression soudaine de son ''e''. Il ne serait pas grand adepte de la littérature classique, mais d'un autre genre littéraire, l'absurde et l'école du nouveau roman. Un premier ministre, dit-on, émancipé des contingences littéraires formatées. C'est pourquoi, en supprimant le ''e'', son prénom devient waghf. N'est plus waghef qui veut dire littéralement en arabe ''debout''. C'est un peu cela qui d'une manière très arbitraire peut conduire à une posture absurde du Premier ministre. Quand on n'est pas waghef, dans le sens de debout, cela implique une autre station, assise ou autre, couché par exemple, sur le dos ou sur le ventre. Un non waqhef, pour revenir à l'absurde ne saurait marcher. Donc, la station debout est une étape obligée vers la marche sur pied. Or, le mouvement que saurait négocier un non debout, n'est certes pas la marche. Là, le Premier ministre fait véritablement son choix littéraire, en s'inspirant de Beckett Samuel, dans son roman, Molloy qui, un peu perdu, dans ses pérégrinations, paralysé au niveau des deux jambes, opte pour la reptation comme moyen de déplacement. Si un Premier ministre se résout à la reptation comme mode de déplacement, en cette période de crise, cela entraîne de facto son président dans une posture qui risque d'être gênante. Car, si le premier ministre qui est l'unique soldat servant à la fois de protecteur et de bouclier au Président est contraint de ramper sous les bottes des généraux, cela fragilise la forteresse présidentielle, dont le locataire serait forcé à ramper lui aussi face à des généraux. Des généraux que ne puisse arrêter un premier ministre qui a abandonné son ''e'' qui symbolise quelque part sa lettre de noblesse qu'il n'a su mériter…
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