mauritanie

La problématique de l'unité nationale Version imprimable Suggérer par mail
16-01-2008 - 14:57

Par: Ibrahima falilou, Prof à Nouadhibou
A la faveur de l’élection présidentielle du 11 Mars 2007 , la Mauritanie pour la première fois de son histoire s’est dotée de structures juridiques et démocratiques. Des élections libres et transparentes ont permis de donner une crédibilité au paysage politique. Des hommes nouveaux ont fait leur apparition .Un nouveau discours s’est mis en place et une nouvelle ambition s’est dessinée.Cette volonté se traduit par un besoin de rupture.

Rupture dans les pratiques de gestion gouvernementale (gestion clientéliste)
Rupture dans le choix des hommes ( Zein,Sarr,Hanena)
Rupture dans les attitudes sociales. (Plus de thèmes tabous)
Cette Mauritanie là revient pourtant de loin. Une certaine politique a crée une fracture sociale dont les effets dévastateurs continuent encore de miner les relations intercommunautaires.
Pourtant l’histoire du pays foisonne de bels exemples de symbiose et d’interactions réussies entre les différentes composantes sociales.
Alors comment en sommes –nous arrivés là ? Quelques pistes de réflexions …
I - la cohabitation sociale :
La Mauritanie est un pays multiculturel et multiethnique .Des populations culturellement différentes mais sociologiquement identiques partagent le territoire national.
Cette volonté de vivre ensemble en harmonie a existé au cours de l’histoire récente du pays à travers les relations et alliances nouées par les Almamy du fouta avec certaines grandes tribus maures ; Ainsi l’on parle de la très forte relation entre les Wulaad Ahmed et les Halaybé à travers d’ailleurs la famille Sakho dont l’un des éminents descendants Mamadou lamine sakho a pour mère Assamawu m / umar ; Le cas de Njajan Njaay ( fondateur du royaume de Jolof) est assez illustratif de cette fusion entre les différentes cultures .Celui-ci serait, selon l’historien Vincent Monteil de pére Almoravide donc maure et de mère peulh du nom de Fatimata sal ; Ibra Almamy wane était marié à Gaysiri Damel la sœur de Latjor .Les soninké entretenaient des relations assez poussées avec les Deniyankoobé et kanko Buubu Muusa est né de cette union interethnique.Bref pourquoi subitement se sont dressés entre les communautés des murs de méfiance et de haine ? A cela nous avons quelques éléments de réponse :- Quand des groupes sociaux divers partagent un même territoire et pour que ces groupes puissent vivre ensemble en harmonie, il faut qu’ils aient une identité commune c’est à dire le sentiment d’appartenir à un même pays, de vivre la même histoire et de partager le même destin ; Ces trois préalables conditionnent l’émergence d’une Nation.

Or pendant longtemps, les systèmes politiques issus des indépendances ont été marqués par une exacerbation des nationalismes et une appropriation d’idéologies étrangères ; Si ces idéologies ont eu comme point positif de raffermir le sentiment d’appartenance à un univers culturel et linguistique déterminé (Panarabisme ),elles ont comme point négatif d’avoir entraîné une fracture entre les composantes du pays .
Appartenir à un camp et s’en réclamer c’est a priori exclure tous ceux qui sont diffèrents ; Chaque camp se barricade dans une forme de communautarisme ; la méfiance s’installe .Nous avons pendant cette période tous été égyptiens, Irakiens, Français et sénégalais ; Il n’y avait pas de mauritanien .Il y avait plutôt des gens qui se battaient pour des causes étrangères et qui représentaient des intérêts étrangers en Mauritanie.

II- L’héritage politique :
Cette fracture sociale sera renforcée par deux paramètres :

1-le système le éducatif : l’école reproduit les mêmes tares sociales et met en place une bipolarité des filières : filière Arabe (maures) et une filière bilingue (négro-africains Les enfants vivent dans deux univers différents, sans aucune interaction.

2-Le régime politique: issu du coup d’état de 1984 qui sous O/ Taya verra le niveau de suspicion et de méfiance poussée à son paroxysme.  Des tentatives de coup d’état fomentés par des officiers négro-africains vont être le prétexte d’une purge sans précèdent dans l’armée et les forces de sécurité nationale.
Les événements de 89 attisés par des extrémistes de part et d’autre vont sceller définitivement la cassure sociale : Une situation d’exception s’en suit. Des hommes et des femmes sont rapatriés du Sénégal ayant échappé à la mort orchestrée par des groupuscules extrémistes.
Des hommes et des femmes sont déportés vers le sénégal et le Mali par un pouvoir politique qui attise la haine raciale pour masquer ses insuffisances et justifier son désir de s’incruster dans le champ du pouvoir . Mais nombreux n’ont même pas eux la chance d’être ni déportés ni rapatriés parce qu’ayant péris sous la férule de la folie barbare de leurs propres concitoyens !Le peuple fait les frais d’hommes politiques qui surfent sur la haine raciale pour assouvir des ambitions personnelles et qui font du nationalisme et du sectarisme un mode de gestion politique.
Le pays est au bord de l’implosion :Survint le 03 Août ! Une transition puis des élections et avec elles l’espoir.

Aujourd’hui avons –nous crée les mécanismes institutionnels adéquats à même de nous éviter de retomber dans ces dérives ? Ici deux enseignements s’imposent :
- Ces facteurs déclenchants se sont produits dans un environnement marqué par l’absence de démocratie :les régimes politiques étaient des régimes totalitaires régis par des règles de non-droit ;Tout est fonction de l’humeur du chef et aucune liberté ne saurait s’exprimer sans la volonté du chef ;les sujets sérieux étaient dénies -(esclavage-passif humanitaire- refugiés …)

-Le peuple s’est laissé embobiner par des groupuscules en raison justement de l’absence de culture politique .
Les intellectuels ont laissé le champ libre à des individus bornés pour parler pour et au nom du peuple. Nous avons été complices en se taisant et en laissant faire !Aujourd’hui notre optimisme est fondé sur les raisons suivantes :
L’environnement politique :  A partir du 03 Août mais surtout à partir du 11 Mars, une nouvelle dynamique est en train de prendre forme ;une démocratie se met progressivement en place .Des libertés sont octroyées. Des choix sont faits . Des orientations de sortie de crise se dessinent . Un débat démocratique s’installe et tous les sujets sont abordés avec pour certains des amorces de solutions( loi criminalisant l’esclavage,le retour programmé des déportes avec les journées de concertation

La culture politique commence à se diffuser dans les masses à travers les médias (FM- TV- ONG )
Le peuple fait l’apprentissage de la liberté d’expression
.Un effort de dépassement fait son chemin pour se libérer des préjuges racistes notamment  Ceux-ci sont des poisons .Ils minent celui qui les a mais aussi l’environnement dans lequel il vit par une diffusion de contrevérités, source de conflit et de haine.
Ces préjugés ont leur nid dans l’ignorance mais aussi dans un sentiment exacerbé de fierté déplacée : Il n’y a que Moi et tout ce qui n’ pas moi n’est RIEN !
NON ! Il y a toi et il y a les autres ;Il y a ce que tu es ! Il y a ce qu’ils sont !
Tu n’es pas le centre du monde et on est pas obligé d’être, de penser, de faire comme toi !
L’acceptation de la différence est la première étape vers une culture de tolérance loin des replis identitaires et communautaristes.
Les exemples ne manquent pas : le Rwanda , la cote d’ivoire ;
Nous sommes les….
Je ne vote que pour …
IL faut donc mettre en relief ce que nous avons en commun plutôt que nos différences ; Ce qui nous différencie est visible , on a pas besoin de le dire ; ce qui mérite d’être mis en exergue c’est ce qui n’est pas visible ; ce qui nous unit à l’autre ; Des passerelles doivent donc être jetées entre les composantes du pays ( Co-animation d’émissions , journées culturelles , colonies de vacances pour les jeunes etc)

Seulement ces actions doivent s’inscrire dans un cadre démocratique où le droit sera le seul arbitre des interactions sociales.

III- De la démocratie :
Dans tout système social marqué par une diversité ethnique et /ou linguistique, la démocratie constitue le principal facteur d’unification. Cette démocratie doit être fondée sur deux axes essentiels : La liberté et la justice sociale .
A-La liberté doit être aménagée, circonscrite afin qu’elle n’entrave pas la cohésion sociale ;
Chaque homme doit pouvoir jouir d’une parcelle de liberté suffisante pour lui éviter d’empiéter sur les libertés des autres ; De ce point de vue la loi doit rester le seul cadre d’aménagement des libertés individuelles et collectives ;On ne saurait accepter que certains piétinent la loi et que d’autres subissent la loi .
B-La justice sociale constitue l’autre pilier de la démocratie car dans un pays tout le monde doit avoir le sentiment d’appartenir à un ensemble régis par des lois ,les mêmes lois et donc soumis aux mêmes obligations ; Le sentiment de justice crée et renforce l’attachement au pays et à ses institutions ; L’on peut se sacrifier pour des institutions qui nous protégent ; L’on reprend confiance en soi même, en l’état et en nos concitoyens.


Tel semble être le pari de l’actuel régime pour qui, la priorité est à la réparation des graves manquements au droit hérités des systèmes précédents.
Ce que nous vivons aujourd’hui est l’aboutissement d’une longue lutte ou des démocrates de tout bord, de toutes couches sociales et de toutes les races ont, qui donner leur vie , qui sacrifier leur avenir pour nous permettre de jouir de l’air de liberté et de concorde qui caractérise notre champ politique actuel ;
Le meilleur cadeau et la plus grande reconnaissance que nous puissions faire pour ces chevaliers de la démocratie ,c’est de travailler pour le renforcement et la consolidation de celle-ci. L’on ne doit ni s’inscrire dans une logique révisionniste et négationniste permanente qui vise à circonscrire une partie des citoyens dans un statut de « citoyens de seconde zone » ni s’enfermer dans une attitude de victimisation chronique au risque d’être en rade vis à vis des grands enjeux nationaux .
Seule la démocratie peut permettre de solder le passif historique de ce pays et certainement pas les discours extrémistes et « communautarisants » Nous ne pouvons ni ne devons reproduire aujourd’hui des schémas de pensée et d’action qui ont conduit le pays vers ce que nous cherchons à bannir et qui n’ont eu comme seul « mérite » que d’être anachroniques et porteurs de haine et d’intolérance.

C’est là à mon sens le principal défi de tous ceux qui croient aux vertus du pardon et de la tolérance dans une Mauritanie libérée des sectarismes réducteurs. 
 

 
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