mauritanie

La route était barrée, j'ai pris un raccourci Version imprimable Suggérer par mail
12-08-2007 - 18:33

Par: Yaacoub 

Comme bien des mauritaniens de mon age, j’ai toujours rêvé d’aller, au delà des frontières du pays, finir mes études universitaires.

 

 

L’année de l’obtention de mon baccalauréat, j’ai décroché une bourse d’études en Tunisie pour des études en Gestion. Des études qui ont duré plus longtemps que prévu, mais j’ai fini par obtenir mon diplôme de maîtrise en gestion.

Dès mon retour au pays, après les études, j’ai été engagé par une entreprise privée, comme chef de service grâce à des coups de pistons, j’en profite ici pour remercier tous ceux qui m’ont de près ou de loin aidé à occuper ce poste. J’avais un salaire dans la moyenne, et je me sentais privilégié comparativement à d’autres, qui sont sans emploi ou bien qui vivent sous le seuil de la pauvreté. Malgré cela, mon salaire ne me permettait pas de fonder une famille et  je n’étais pas le prince charmant dont rêvait la plupart des belles filles de mon age malgré je gardais espoir d’avoir l’une d’elles.

Après deux années de travail, rien n’a changé dans ma vie, toujours le même poste, les mêmes tâches de travail au même salaire. Rien n’a changé dans ma vie excepté mon rêve par rapport à mon avenir. Je commençais à entendre des histoires sur ces compatriotes qui immigrent aux États-unis en quête d’une vie meilleure. Ces histoires étaient ci belles à entendre que j’ai fini par y croire et mon rêve d’immigrer aux USA devenait de plus en plus insistant.

On me racontait que les salaires moyens là-bas étaient entre 700 et 1000 dollars américains par semaine! Et en plus de ça, ils avaient la possibilité d’étudier en même temps, alors faites vous-même le calcul. Disons que si je gagnerais 700 dollars par semaine, soit 2 800 dollars mensuel, et que je dépenserais 1 400 dollars pour les frais mensuels divers, alors j’aurais à économiser 1 400 dollars américains chaque mois, soit quatre fois mon maigre salaire à Nouakchott. Pas seulement, une bonne affaire, mais en plus, je pourrais étudier l’anglais en même temps que je travaillerais, et après je pourrais poursuivre mes études universitaires. Formidable, alors si je décide de ne pas partir, vous ne trouverez pas que je serai tout simplement stupide?

Alors, la décision ne fut pas trop difficile à prendre,  j’ai commencé un long et déplaisant processus en vue de l’obtention du fameux visa pour les «states», un processus dont les détails n’intéressent personne.

Je suis arrivé en Amérique, un ami d’un ami est venu m’accueillir à l’aéroport, j’ai tout de suite remarqué qu’il avait sa propre voiture et un téléphone portable (le portable n’était pas encore arrivé en Mauritanie). Tout me semblait parfait, et je n’oublierai jamais combien j’enviais à ces jeunes immigrants qui ont gagné la terre de rêve avant moi. Imaginez, ils vivent en Amérique, gagnent beaucoup d’argent et PARLENT ANGLAIS!

Quelques jours après mon arrivée, mes nouveaux amis m’ont trouvé un emploi et c’était vraiment le plus beau jour de ma vie, tout excité comme un enfant.
Aussitôt que j’ai commencé à travailler, j’ai commencé à faire les comptes pour prévoir le temps (ou plutôt les heures) qui me restaient avant de devenir un homme riche et revenir définitivement dans mon pays pour commencer une vie tranquille. En passant, la raison pour laquelle je comptais les heures, c’était que les américains me payaient à l’heure! C’est vraiment fantastique. D’ailleurs, plusieurs parmi ceux qui ont vécu cette situation se sont sentis plus importants, mais je me disais que calculer le temps en heure ne voudrait pas dire que votre vie sera prolongée ou raccourcis.

Quelques semaines plus tard, je me rendais compte que mon revenu moyen n’était que 340 dollars par semaine. Mes amis m’ont expliqué que je gagnais ainsi à cause de mon handicap de ne pas pouvoir parler en anglais, alors selon eux, mon salaire était prévisible et j’avais à patienter pour des jours meilleurs. Malgré tout, j’ai continué à travailler fort, jour et nuit, des fois je travaillais sur deux quarts de travail différents. J’ai souvent changé d’emploi, de ville et de résidence à la recherche d’une meilleure situation, au point que je ne me rappelle plus de tous les emplois que j’ai occupé depuis mon arrivée aux USA.
 
J’avoue que des semaines, j’arrivais à gagner 700 dollars, mais c’était très rare et loin de la moyenne des revenus que je gagnais dans des semaines «normales».

Sur un coup de tête et après trois années de travail en continu, j’ai décidé de me marier et je me pose jusqu’à présent la question : pourquoi j’avais pris une telle décision? Plusieurs réponses me reviennent en tête : peut être que je voulais vivre quelque chose de différent ou que des fois je me disais que la vie va tellement vite que je pouvais perdre le train et ainsi me rendre compte qu’il était trop tard pour me marier.

Je me suis marié avec une cousine que je connaissais à peine. Elle est venue me joindre chez mois dans ma prison dorée, je pense qu’elle ne réalisait pas dans quoi elle s’est embarquée, et ce malgré le fait que j’ai essayé à plusieurs reprises de lui avouer la réalité américaine, mais je me suis rendu compte que pour elle, son rêve allait se réaliser en se mariant avec un homme qui l’amènerait loin de la maison familiale et la galère nouakchottoise, ce qui lui est arrivé finalement et j’espère au fond de mon cœur qu’elle soit capable de s’intégrer dans cette vie.

Oh, j’ai oublié de vous dire que je n’ai jamais eu l’opportunité d’étudier l’Anglais et j’ai fini par comprendre que mes amis ne parlaient pas Anglais non plus! La réalité est que vous travaillez entre 9 et 12 heures par jour et que si vous décidez de prendre un jour de congé, cela voudrait dire une journée de salaire en moins. Le peu d’anglais que l’on parlait était quelques mots pour impressionner les nouveaux arrivants.

Maintenant, je ne peux pas retourner en Mauritanie pour tout reprendre de zéro après toutes ces années d’exile et en même temps, je ne vois rien qui me pousse à rester ici excepté que mon visa a déjà expiré six mois après mon arrivée, ce qui implique qu’un départ en Mauritanie voudrait dire un non retour en Amérique surtout dans le cas où je n’arriverais pas à décrocher un emploi en Mauritanie.

C’est triste d’avouer que je suis «piégé» ici et que je ne veux pas retourner en Mauritanie pour se faire piégé encore une fois rendu là-bas.

Qu’il est long mon raccourcis !
 

Traduction: Click4mauritania


La version originale


The road was blocked so I took a “shortcut”

Just like most Mauritanian guys my age, I always dreamed of going abroad to finish my university studies. After I finished high school I got a scholarship in Tunisia where I got my Bachelor’s degree, which by the way took longer than it was supposed to, but I eventually got it.

After I went back to Mauritania and after a short period I was hired by a private company as “Chef de Service”, thanks to those who pulled some strings to get me there. I had an average salary and I used to feel a lot better than those who didn’t have any or who lived under the poverty line. I was not that lucky guy who could afford to start his own family and I was not that lucky guy who was most of the girls’ dream either, but I certainly dreamed of quite a few of them!

Two years of working passed and I still lived the same life, did the same job and gained the same salary, nothing much really changed except my dreams about the future. I had no patience and everything seemed to be so hard to get and so far to achieve. Then, I started hearing stories about working in the US. They were too good to believe, they were every guy’s dream or should I say they’re still the dream for some.

They said you could make between $700 and $1000 per week, and if you still want to study you can do so. So you do the math. Let’s say you make $700 per week, which is $2800 per month, and you spend $1400 for your monthly expenses, then you can save $1400 each month and that’s my salary four times!!! Not only that, I can study English and after I can study something else. WOW, is it me or guys who don’t want to go are completely idiots?

As you can see, it wasn’t a hard decision to make so I started the unpleasant US visa process, you know what I mean. It took quite some time but eventually I got it and trust me, you don’t want to know how. I arrived in the US and a friend of a friend of mine picked me up from the airport, he had a car and a cell phone – let’s not forget that cell phones didn’t even exist in Mauritania back then. Everything seemed to be perfect and I can never forget how much I envied those guys those days. They lived in America, made money and most importantly they spoke English.

A few days later, they found a job for me and that was an exciting day. I started working and I started counting the time by hours instead of months or years back home, and the only reason for that is because in the US they pay you per hour. Some guys think this is a big change in their lives and they feel more important than they used to, but I can tell you this, you’ll not live longer or shorter because of your conception of time.

A few weeks later, it turned out that I was only making $340 per week. Well, as they explained to me, I didn’t speak English so according to them I was doing just fine. However, I kept working day and night some times I worked double shifts. I changed jobs so many times, I worked in so many different cities and I did so many different jobs, some of which I don’t even remember. I have to admit, there were some weeks I made $700 but that was very seldom and far from my average weekly salary. 

Suddenly, I decided to get married and I still don’t know why! By the way, that was after three years of working, hoping for a better life and waiting for the day I would go back home once and for all. Perhaps that’s the only thing I thought would make me feel better about myself or perhaps I just wanted something different or perhaps I felt that time was passing so fast and I was afraid to wait until it was too late to get married.

Somehow, I got married with my cousin who I barely knew and she came to join me in my trap. I think she didn’t really know what she was getting into, nevertheless; I always tried to tell her the truth. For her, this was a dream and all she ever wanted was to get married specially with someone who would take her far away from home. Well, that’s exactly what happened and I was really hoping she would be able to put up with this life.

Oh, I forgot to tell you that I never had the chance to study English and those guys I met don’t really speak English. The truth is that you have to work 9 to 12 hours just to get by and if you stop one day your monthly payments will come up short. The only English you’ll speak is some words to impress the new arrivals.

Now, I can’t go back home because I don’t want to start from zero after all those years, on the other hand, I definitely don’t see anything that makes me want to stay here except that my visa expired after my first six months and once I leave I won’t be able to come back in case I don’t find a job in Mauritania.

It’s sad to say, but now I’m trapped here and I don’t want to go back to Mauritania and be trapped again over there, so much for the SHORTCUT….

 

 
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