| Le dilemme du prisonnier: des questions au sujet des milliards du Club de Paris. |
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| 17-12-2007 - 22:42 | |
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Par: Sidi Mohamed Ould Hartane La Mauritanie vient d’avoir la promesse de quelques milliards de dollars de la part des bailleurs de fonds (le Club de Paris). Une fois reçus, à qui profiteront ces milliards? Où iront-ils? Seront-ils investis dans des projets d’intérêts communs, dans de réels projets de développement économique du pays? Ou bien vont-ils servir à financer des projets spécifiques de développement personnel des gestionnaires de l’état, comme par le passé? Va-t-on détourner encore ces milliards des projets qui ont justifiés leur octroi? Les bailleurs de fonds vont-ils être bernés, encore, par des chiffres savamment présentés pour justifier l’utilisation de ces fonds? Pourquoi cet ensemble de questions? Une première justification réside dans le fait que la consultation du Club de Paris a été présentée comme étant une victoire, un succès inattendu du gouvernement actuel. On oublie cependant, que le Club de Paris n’est rien d’autre que le club des bailleurs de fonds. Le club de ceux qui ont de l’argent et qui cherchent des opportunités d’investissement. Et la Mauritanie d’aujourd’hui présente justement cette opportunité, avec la mise en place de la démocratie qui va assurer la stabilité politique dont les investisseurs ont besoin pour garantir le retour sur investissements. Qui devrait réellement se réjouir? Est-ce la Mauritanie qui s’endette d’avantage et hypothèque l’avenir des générations futures? Ou plutôt, les bailleurs de fonds qui ont réussi à placer plus d’argent que le montant demandé, dans un investissement plus sûr, dans un pays qui se découvre de l’or noir (actuellement gris)? Une deuxième tentative de justification serait que, nous savons tous qu’il a été une tradition d’abuser des ressources de l’état. Et la gestion des financements extérieurs aux projets internes de développement, a toujours suivi cette logique d’abus de déniés publics. La logique de détournement de fonds dont ont été champions nos dirigeants passés. Nos gestionnaires publics ont très souvent confondus les caisses de l’État avec leurs « propres » proches. Et jusqu’à tout récemment se servir des biens publics était une preuve de bravoure (T’vogriche), à raconter dans les salons les plus officiels de Nouakchott. Tout un chacun s’est servi à sa guise, à la hauteur de ses responsabilités et à concurrence des affectations de ressources budgétaires reçues (Malle Dowlé H’Lal). Personne n’a dénoncé personne. Chacun s’est dénoncé de lui-même en relatant sa dernière t’vogriché (bravoure), ou en exhibant ses « richesses » acquises à la sueur d’une main légère (Ghoufout leid). Comme on dit c’était l’équilibre de la coopération dans le dilemme du prisonnier : je ne te dénonce pas; ne me dénonce pas. Habituellement, le dilemme du prisonnier conduit plutôt à un manque de collaboration entres les parties prenantes, même lorsque cette coopération est favorable à tous. Mais pour la Mauritanie, les gestionnaires protagonistes ont toujours su coopérer pour dilapider les biens de l’État en toute impunité. Et à chaque fois que l’équilibre ou plutôt la coopération a fait cruellement défaut, la sanction a été un coup d’état (Le pouvoir a du goût!). Aujourd’hui, avec la mise en place d’un régime démocratiquement élu et l’arrivée de Sidioca au pouvoir, l’équilibre du dilemme du gestionnaire mauritanien semble flou voire rompu. Les caisses de l’état sont vides (El Vawwa mahighalegué : il n’y a pas d’argent). Et le hic est qu’aucune perspective de coup d’état n’est possible à court et moyen terme, pour pouvoir envisager de nouvelles formes de coopération. Alors, tous les esprits semblaient tournés vers les futures négociations avec les bailleurs de fonds et l’éventualité d’un renflouement des caisses de l’état. Et dans l’éventualité de nouveaux financements, il faut revoir la distribution des cartes pour rénover les vieilles pratiques de gestion des déniés publics. Avec le recul, ne pourrait-on pas inscrire les dessous de la remue méninge des mouvances présidentielles disparates et de leurs protagonistes de « l’opposition » dans le sillage d’une velléité future de contrôler la manne des bailleurs de fonds? C’est quoi exactement le dilemme du prisonnier? C’est l’histoire de deux criminels (un Amar et un Zeid quelconques) arrêtés par la police, en détention de choses prohibées. La police peut sans problème les accuser tous les deux de porter de la drogue, par exemple, ou des armes. Ce qui les enverrait passer une à deux années en prison, chacun. Mais la police les suspecte également d’être les auteurs conjoints du vol à main armée des fonds du port de Nouakchott, par exemple, mais manque de preuves pour étayer son accusation. Amar et Zeid sont interrogés séparément, et se voient chacun proposer l’arrangement qui suit: « Pour l’instant, nous en avons assez pour t’envoyer passer un ou deux ans derrière les barreaux. Mais si tu reconnais avoir participé à l’attaque de la voiture du port et si tu témoignes contre ton ami, nous te promettons l’immunité et tu pourras sortir d’ici libre comme de l’air. Ton partenaire, lui, fera 10 ans de prison. Si vous reconnaissez les faits tous les deux, ton témoignage n’est plus nécessaire, nous pourrons faire l’économie d’un procès et vous ferez chacun 5 ans de prison. ». Si Amar et Zeid, criminels endurcis, ne se soucient que de leur propre sort, quel choix attendez-vous d’eux? Vont-ils se dénoncer mutuellement ou rester muets? Chacun de nos prisonniers a donc le choix de deux stratégies : avouer ou nier. Et la peine encourue dépendra non seulement du choix de chacun, mais aussi du choix de l’autre. Si Amar tient le raisonnement qui suit : « Je ne sais pas ce que va dire Zeid. S’il se tait j’ai intérêt à avouer, alors je n’irai pas en prison, plutôt que d’y passer un à deux ans. S’il avoue de son côté, il vaut mieux pour moi avouer aussi, dans ce cas ce seront 5 ans au lieu de 10. Finalement, quoi que fasse Zeid, il vaut mieux pour moi reconnaître les faits ». C’est ce que l’on appelle, en théorie des jeux, la stratégie gagnante puisque c’est la meilleure stratégie pour un joueur quelle que soient les stratégies adoptées par les ses concurrents. Donc la confession serait la stratégie dominante pour Amar. Et si, il reconnaît les faits, il passera moins longtemps en prison, quelle que soit l’attitude de Zaid. Habituellement, le dilemme du prisonnier montre combien il est difficile d’assurer une coopération entre concurrents, même lorsque celle-ci est favorable à tous. Il se trouve qu’en Mauritanie, la police elle-même fait partie des protagonistes. Elle a été partie prenante du dilemme de ses prisonniers face à la chose publique, les ressources de l’état et des financements extérieurs. C’est pourquoi, paradoxalement, la stratégie dominante a été plutôt la coopération et l’équilibre, jusqu’à l’avènement de la démocratie. Aujourd’hui face aux différentes gesticulations et de cris de victoires, nous sommes en droit de nous poser les questions de savoir : Que nous réserve l’avenir quant à la gestion saine des milliards de Paris? Ces milliards vont-ils connaître le même sort que celui des dizaines de milliards passés, qui ont été engloutis dans le sable, le béton, les billets d’avions des épouses et copines et les hôtels luxueux? Ou bien vont-ils servir réellement dans des projets d’intérêts communs? Sidioca va-t-il pouvoir enrayer la coopération de détournement des déniés publics et casser l’équilibre du dilemme du prisonnier gestionnaire public?
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