| Les trois premiers mois du gouvernement |
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| 11-08-2007 - 09:27 | |
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Par: Abdelvetah Ould Mohamed Dieu fasse que nous soyons au dessus… Cent jours après la mise en place du nouveau régime démocratique en Mauritanie,personne, dans les pays de la sous région et même dans des pays lointains, ne mettrait en doute l’excellente situation intérieure de notre pays. Une transition si bien négociée et sans heurts dont une nouvelle République est née. Des institutions démocratiques légitimes, incontestables et incontestées. Une situation qu’envieraient bien des peuples encore livrés aux monstruosités de la dictature. Le passif humanitaire, qui a tant fait tâche noire sur l’image de la Mauritanie, est en passe de trouver un dénouement définitif. La situation devrait être extraordinaire, voire idéale, serait-on tenté de dire. Une carte postale on ne plus exaltante qui fait ‘jalouser’ le monde extérieur, les autres. Cela devrait réjouir les premiers bénéficiaires que sont les citoyens de ce pays. Et pourtant, la carte postale que se renvoient les Mauritaniens entre eux aujourd’hui demeure, hélas, obscure et ne permet pas d’entretenir le grand espoir qui existait il y a quelques mois, encore moins d’assurer une quelconque visibilité. Une carte sur laquelle on ne voit que des paysages de terres arides, sans eau ni végétation. Les trois premiers mois de ce gouvernement montrent plutôt des prémices de sénilité, les relents d’une vie agonisante. Et le schéma institutionnel ne facilite aucunement l’aboutissement salutaire de l’action publique. Un chef de gouvernement qui n’est l’émanation d’aucune majorité parlementaire et ne saurait compter sur le soutien d’aucun député. Un président de l’Assemblée ne disposant pas non plus d’une majorité au sein de cette institution qu’il est censé diriger. Un Président de la République qui ne semble pas vouloir exercer son pouvoir et son autorité, abandonnant ainsi ses prérogatives que s’approprient tantôt le chef du gouvernement, tantôt ses membres individuellement. Une majorité qui ne se reconnaît pas dans le changement que prône le président qu’elle a élu et qui sape toute forme de redressement salutaire à la source; et une opposition qui n’accompagne pas ce changement –qu’elle réclamait pourtant- parce que ce n’est pas elle et son leader qui ont été choisis pour le faire. On a l’impression que notre système fonctionne à travers des centres de décision multipolaires. Un peu perdus, on ne sait pas vraiment qui fait quoi, ni qui est le capitaine sur ce bateau qui risque d’aller à la dérive. Certes les Mauritaniens avaient pris l’habitude de s’accommoder plus ou moins bien du système prébendier et clientéliste qui a prévalu auparavant. Un système auquel personne n’ose s’identifier publiquement aujourd’hui, mais qui permettait tout de même une certaine forme de redistribution. Loin d’être équitable et fort préjudiciable à la chose publique, cette redistribution engendrait un certain équilibre et nourrissait l’espoir chez une opinion dont les horizons dépassent rarement les limites de la survie et du profit facile. Ce système disposait également d’un meneur. Seul à bord, c’est vrai, mais craint et respecté. Et la simple intervention d’utilité publique dont il exprimerait le besoin, auprès de l’un de nos hommes d’affaires, était exécutée (mal la plupart du temps) en toute confiance. Car celui-ci trouve également son compte dans ce rapport de force et saura plus tard comment reconquérir sa rétribution. C’était une époque dont les éternels nostalgiques que nous sommes, tentons, dans certains milieux, de pleurer en silence. Personne ne la regrette aujourd’hui publiquement, mais ceux qui en profitaient et en faisaient tomber les miettes sur des scènes où s’amassaient les opportunistes de tout bord ne cessent de faire circuler l’adage de «rahima Allahou Al Hajjaj…», en dodelinant tristement de la tête. Si d’aucuns pleurent cette époque, qui a été et demeure également associée à tous les maux qui ont fait sombrer notre pays, c’est que nos nouveaux dirigeants n’ont pas su communiquer sur les causes d’un tel désespoir. C’est que quelque part, ce gouvernement a commis une bévue originelle. Il a menti au peuple et n’a pas voulu peut-être lui dire clairement que la crise économique risque de s’étendre encore quelque temps, une année, deux, trois… Et que le passage d’une économie artificielle irriguée par les mamelles d’une économie rapine, de contrebande et de mauvaise gestion à une économie réelle nécessiterait un long chemin. La nouvelle équipe a également omis qu’une telle reconversion exige des mesures d’accompagnement qui permettent de garantir un minimum de redistribution. Tout cela ne semble pas être le premier souci de ce gouvernement, qui a perdu beaucoup de temps à se livrer à une nouvelle formule qu’il trouve visiblement géniale et qui ne veut pas dire grand-chose. Des vains mots du genre «plan d’action», «lettre de mission»…etc. Savoir assumer S’ajoute à cela une économie privée qui s’enlise. Bien des sociétés opérant dans des secteurs vitaux tels que le BTP ont fermé à cause de la cherté du fer et du ciment, en l’absence d’un arbitrage salutaire de l’Etat. Le secteur de la pêche privée vit dans un marasme critique. Les sociétés pétrolières qui ont nourri bien des espoirs, il y a quelque temps, seraient tentées de quitter suite aux contre-performances qu’elles ont éprouvées. Trois mois se sont écoulés et le gouvernement ne parvient pas à agir. Trois mois et il n’arrive pas à redonner espoir aux citoyens, ni à gagner la sympathie des hommes d’affaires. Trois mois se sont écoulés et le premier magistrat du pays ne parvient pas asseoir une autorité vue et ressentie par ses concitoyens. Trois mois et les Mauritaniens se sentent un peu plus inquiets pour leur avenir. Trois mois et les Mauritaniens se regardent dans le même miroir qui reflète les mêmes incertitudes, les mêmes questions et les mêmes inquiétudes. Trois mois durant lesquels les autres nous envient pour l’idyllique image qu’ils se font de nous. Dieu fasse que nous soyons au dessus de ce que pensent les autres!
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