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Marchés : Le mélange de genres est encore de mise Version imprimable Suggérer par mail
18-03-2008 - 04:53

Par: Mohamed Fall Ould Oumeir 

Zones d’ombre, transparence et mics-macs
 

On a vite oublié le politique, les questions de remaniements et tout ce qui en découle, les histoires de marchés ont refait surface. Fuites de documents se rapportant à un marché encore en cours, gré à gré, marché controversé… Tout y est. Et si l’on ajoute l’affaire de la raffinerie, le tableau est complet. Le mic-mac est bien là. Malgré tout l’engagement des autorités. Commençons par le commencement.

Deuxième affaire de la raffinerie

Le communiqué de l’Inspection générale de l’Etat (IGE) était, on ne peut plus clair dans la mise en doute de la régularité des procédures concernant les deux licences : raffinerie et GIE. Tout aussi ‘avare’ quant aux détails. On savait que l’octroi d’une licence à Winfield Resources Ltd comportait quelques anomalies. Dont la plus simple est qu’il entre en contradiction avec l’option stratégique de trouver acquéreur à la raffinerie de Nouadhibou. Ensuite la célérité avec laquelle le dossier a été traité par le ministère. En effet il suffit de savoir qu’au moins deux demandes ‘sérieuses’ portant sur le même type d’investissement, l’une émanant d’une entreprise saoudienne, et l’autre d’une qatarie, sont déposées depuis quelques temps au ministère. Une troisième demande ‘sérieuse’, venant d’un groupe émiratie, a été exprimée au Président de la République. On ne peut donc comprendre le traitement de faveur fait à un groupe canadien dont le sérieux est mis en doute par nombre d’experts. On a beau arguer que la Mauritanie ne perd rien à octroyer cette licence, autant l’octroyer à tous les demandeurs, sérieux ou pas.


Dans son enquête, l’IGE a décelé une irrégularité similaire dans l’octroi d’une autre licence : celle du GIE gasoil pêche. Il s’agit de la satisfaction d’une vieille requête chez les pêcheurs – artisanaux et industriels – qui se sont toujours plaint du prix de cette denrée essentiel dans leur coût de production. L’une des raisons invoquées de cette cherté, est le bénéfice énorme réalisé par les distributeurs qui ont eux-mêmes conçu la structure des prix largement à leur avantage. Effectivement, depuis la création du GIE, les prix à la pompe ont diminué de plus de 20 UM/litre pour la pêche. Si les autorités avaient jusque-là refusé de leur octroyer cette licence de GIE leur permettant d’acheter directement chez le fournisseur principal, c’est pour deux raisons essentielles. La première est le risque de voir le gasoil exonéré de la pêche revenir sur le marché et grever les chiffres d’affaires des distributeurs dont certains sont déjà dans des difficultés énormes. Deuxième appréhension, c’est le fait que le GIE sera obligé de disponibiliser des stations, d’engager des pompistes, des gardiens, des comptables… donc de prévoir un budget de fonctionnement, donc le coût sera toujours élevé.


Est-ce pour cela que l’IGE a jugé irrégulières les procédures d’octroi de la licence pour le GIE et avant pour la raffinerie ? Quelle que soit la réponse, force est de constater que les conclusions de l’IGE ne portent pas à conséquence. Il est vrai que deux fonctionnaires ont été limogés : le directeur de la législation, Mokhtar Fall, et le président de la commission des hydrocarbures, Baba Ahmed Ould Moulaye. Devant l’absence de défense des deux concernés, les hauts responsables – notamment le ministre secrétaire général de la présidence, le ministre de l’énergie (et du reste) et même le conseil des ministres – ont eu toute la latitude de leur faire porter la responsabilité des malversations probables.

Trafigura encore

La deuxième affaire touchant le secteur sensible du pétrole, est celle du marché de l’approvisionnement du pays en hydrocarbures.


Jeudi dernier, le nouveau président de la commission des hydrocarbures donnait une conférence de presse où il expliquait le processus d’attribution du marché portant sur environ 900 millions de dollars pour la période 2008-2010. Devant la presse, Mohamed el Mokhtar Ould Amar qui était seul, a confirmé que le marché a été attribué à Fal Oil Cie Ltd à partir du 16 avril 2008. Il s’agit d’une société émiratie choisie au bout d’un processus qui a débuté le 20 janvier dernier avec le lancement de l’Appel d’Offres. Il a déclaré que le choix de la société émiratie s'est fait en toute transparence, en conformité avec les critères reconnus internationalement dans le domaine de la libre concurrence. Il a ajouté que la commission, après examen minutieux de l'ensemble des dossiers et l'étude de tous les aspects techniques et juridiques, a décidé, à la majorité des membres présents, de déclarer la société Fal Oil adjudicataire provisoire du marché d'approvisionnement de la Mauritanie en hydrocarbures.


Le président de la Commission a précisé que, après s'être assuré de la conformité des offres techniques des soumissionnaires, celles des sociétés suivantes ont été retenues : Fal Oil, Trafigura Beheer BV (Pays-Bas), Vitol SA. (Suisse). Puis la Commission a décidé à la majorité des membres présents (12 membres sur 16) de demander à Fal Oil, parce qu’elle propose le prix moyen pondéré par tonne métrique le plus bas, d'accepter pour être déclarée adjudicataire provisoire ce qui suit : - Un taux d'assurance inférieur ou égal à 0,11%, - Un différentiel égal à zéro sur le Libor pour le coût du crédit. Le président de la Commission a ajouté qu'après analyse de ces aspects, la Commission constate, qu'avec les conditions figurant dans la réponse de Fal Oil, l'offre de celle-ci demeure la moins disante, indiquant que la Commission a décidé, à la majorité de ses membres présents (9 sur 14), de proposer au ministre de l'Hydraulique, de l'Energie et des TIC de déclarer Fal Oil adjudicataire provisoire de l'Appel d'Offres.


Cette adjudication a été l’objet d’une contestation majeure de la part de Trafigura, la fameuse société coupable d’additifs en 2004. Avant même la décision finale de la commission, le représentant de Trafigura en Mauritanie avait mobilisé toute la République pour contester l’octroi en cours. L’IGE s’en est mêlé. Mais aucune anomalie n’a heureusement été décelée. Le deuxième épisode de ce combat d’arrière-garde de l’affairisme, se manifestera par le refus de Star Oil, suivi de Total, de signer. Les membres du GPP (groupement des pétroliers) doivent effectivement signer après attribution. Star Oil est déjà le premier distributeur en Mauritanie et au Mali et son patron, Tijany Ben Al Houssein, n’est autre que l’interface de Trafigura. Dans une déclaration à la PANA, citée par notre confrère ‘Le Quotidien de Nouakchott’ (16/3), des distributeurs ont dénoncé «les conditions d’opacité» qui auraient marqué le processus d’attribution du marché. Ils soulèvent «plusieurs manquements» sans préciser lesquels. Le directeur de Star Oil s’est déclaré décidé à aller jusqu’au bout pour défendre ses droits et ses intérêts. Il est allé jusqu’à nier l’adjudication officielle. On peut se demander qui a raison : le président de commission des hydrocarbures, représentant le comité de suivi pour le ministère, ou un homme d’affaires fusse-t-il Ben Al Houssein ? On saura.

Covec et Ivomec

Troisième affaire qui défraie les chroniques, celle du tronçon Rosso-Lexeiba. Il s’agit d’un marché dont vous ne saurez jamais la nature. D’une part on vous dit que le marché porte sur un tronçon d’une route dont le marché a déjà été attribué. Ce tronçon aurait été attribué pour 30 millions d’euros. Puis on a octroyé un avenant à son adjudicataire avant de lui retrancher la partie la plus difficile à réaliser : Rosso-Lexeiba et voirie de la ville de Rosso. Cette partie de la route comporte les grands ouvrages (ponts, radiers…).


Autre version plus ou moins officielle. Le processus d’attribution est toujours en cours. En juin dernier, un appel d’offres avait été lancé. Des sociétés ont soumissionné. Parmi elles, une société chinoise du nom de COVEC qui a déjà le marché de construction de la résidence du Premier ministre et qui a aussi eu la plus grande partie des marchés de la Vallée depuis trois ans (PDIAIM notamment). Le dossier a été transmis le plus normalement par la Commission centrale des marchés (CCM) au comité technique du ministère des transports pour avis. Les membres de ce comité sont composés pour l’essentiel de fonctionnaires en place depuis une quinzaine d’années dans un département dont la gestion a toujours été sujet de controverses. En effet c’est bien le secteur du BTP (bâtiment et travaux publics) qui est le premier terreau de la corruption et de la mauvaise gestion. Rien de plus normal que de prendre l’avis technique émis par ce département avec beaucoup de circonscription. Surtout quand cet avis exclue une société d’Etat chinoise ayant une très grande expérience dans le secteur et proposant l’offre la plus alléchante selon la presse qui a parlé de l’affaire.


Controverses, doutes… un expert international est commis pour tirer les choses au clair. Le comité technique dont l’avis est juste consultatif tient à déclasser la société chinoise, la CCM sent le roussi. Ce spécialiste des marchés de la Banque Mondiale aurait conclu au non fondé de l’exclusion décidée par le comité technique. De quoi alarmer l’autre partie aspirant à avoir le marché : TRM et JLS (Jean Lefèvre Sénégal). Campagne médiatique. Alors que le processus en cours ressemble à une instruction et demande une totale discrétion. Fuite de documents extrêmement confidentiels. De quoi justifier une intervention de l’IGE. Intempestive cependant, parce que le processus est encore en cours. Sauf si l’objectif est de déceler l’origine des fuites. Auquel cas il faut penser que les conclusions de l’enquête de l’IGE pourrait avoir des conséquences sur les fonctionnaires coupables de telles fuites.


Dans cet univers d’affaires sulfureuses, il y a lieu de se poser quelques questions sur la réaction future du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi et de son Premier ministre Zeine Ould Zeidane. Faut-il espérer que le second aille jusqu’au bout dans ses enquêtes sur ces affaires, que le second en tire les conclusions et décide (enfin) de sévir. Au moins rectifier le tir.
 
Source: Latribune

 
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