| Mauritanie : A bord du plus long train du monde |
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| 14-12-2007 - 14:32 | |
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C’est un train de marchandises exceptionnel. Il circule en Mauritanie sur l’unique voie ferrée du pays et mesure plus de 2 kilomètres de long. Sa vitesse est limitée à 45 Km/h. Autrement dit, il met 18 heures, au moins, pour relier la ville minière de Zérouat au port de Nouadibou. En queue de train, se trouve l’unique wagon réservé aux passagers, mais il n’y a ni eau ni électricité. Reportage de Manon Rivière, correspondante de RFI en Mauritanie. Ecouter le reportage de Manon Rivière (3'3") Des rails sur la dune Le plus lourd, le plus long mais aussi le plus lent du monde. Le train qui relie chaque jour les villes de Zouerate et de Nouadhibou au nord de la Mauritanie collectionne les records. Au cœur du désert, la machine infernale transporte sans relâche nuit et jour des milliers de tonnes de minerai mais aussi quelques voyageurs téméraires…Embarquement immédiat à bord de cet incroyable chameau de fer ! Quelques soubresauts, un grincement aigu, long et pénible, un dernier chaos et le convoi s’immobilise soudain sur une voie de garage. Sur la plateforme rongée par la rouille, la cinquantaine de voyageurs étendue au milieu des bagages est sortie comme un seul être de sa torpeur. De cet amas de chair et de tissus multicolores s’échappent des regards embrumés, encore à demi éteints. Autour de la bête aux roues d’acier, se dessine dans la douce fraîcheur du soir, un paysage de sable et de rocailles. Quelque part plus au nord, des sommets escarpés semblent observer immobiles notre train désormais à l’arrêt quelque part au cœur de l’Adrar mauritanien.
Un bruit sourd dans le lointain. Le tac tac des jantes métalliques sur les rails se fait de plus en plus audibles. Un convoi roulant en sens inverse est à l’approche. Mohamed Lemine se lève et se fraye un passage jusqu’à l’une des extrémités de la plateforme. Il veut voir le monstre arriver. « Il n’y a qu’une voie. Nous nous sommes arrêtés sur une portion de rail en retrait pour laisser passer un autre train », explique le jeune homme. « Je ne me lasserai jamais de voir ce mastodonte de deux kilomètres de long fendre l’air». Trois locomotives diesel de 3300 Cv, près de 200 wagons, un nuage de poussière géant et un brouhaha du tonnerre, sous nos yeux, une caravane infernale défile et ne semble plus vouloir en finir. Quatre minutes ont passé. Enfin, le dernier wagon disparaît à l’horizon, direction la mine à ciel ouvert de Kedia d'Idjil où il fera le plein de près de 20000 tonnes de minerai de fer. Le fer : la raison d’être des 650 kilomètres de voie entre Zouerate et le port de Nouadhibou. Première ressource du pays avant la pêche et bientôt le pétrole, le train des sables en achemine chaque année 12 millions de tonnes. Le convoi où nous avons pris place en est chargé. Notre train a repris sa course dans un paysage lunaire désormais éclairé par les seules étoiles. Sa vitesse de croisière : 40 km/h guère plus. La température tout à l’heure agréable a soudainement chuté. Le vent s’est levé et chacun s’enveloppe dans son chèche ou se recouvre de son voile. Soudain le sable est là, partout, fin, presque liquide. Les grains minuscules s’engouffrent dans les vêtements et viennent gratter la moindre parcelle de peau laissée à l’air libre n’épargnant ni les yeux, ni le nez, ni les oreilles. Face contre terre, les voyageurs tentent tant bien que mal de se protéger, certains habitués à un tel traitement parviennent même à trouver le sommeil. Il doit faire à peine 10°c. Il y a cinq heures à peine, à Chôum, les rayons du soleil chauffaient à blanc le train tout entier. De l’amas de ferraille s’échappait alors une chaleur qui dépassait les 55°. Chôum ville fantôme Chôum, village fantôme tout droit sorti d’un mauvais western, vit au rythme de la voie ferrée. Six trains par jour (trois dans chaque sens) y font une courte et unique étape. C’est là qu’a commencé notre périple ferroviaire. Pour rejoindre cette étincelle de vie prisonnière du désert, il faut goûter une première fois aux joies des transports en commun mauritaniens. Au départ d’Atar, le pôle touristique du pays, quelques taxis collectifs effectuent chaque jour la liaison. 120 kilomètres de pistes tortueuses, entassés à plus de quinze dans la benne d’un inconfortable 4X4 Toyota. Les yeux se réjouissent et savourent chaque minute. Les reins et le dos sont malmenés et lancent terriblement. Inutile de bouger. Ici, la souffrance est physique, le bonheur est intérieur. Puis soudain, alors que la douleur menaçait de gagner l’esprit, Chôum apparaît tel un mirage à l’horizon. Une vapeur vitreuse en suspend au dessus du sable bouillonnant. Il est 14heures. Pas âme qui vive dans la rue principale. Ici plus qu’ailleurs le soleil semble prendre un malin plaisir à torturer les êtres vivants de ses puissants rayons. Chacun, homme ou animal, somnole à l’ombre d’un des nombreux abris en bois qui jalonne le centre ville. Impossible de connaître l’heure de passage du prochain train. Les imprévus sont tellement réguliers que jamais la locomotive ne pointe son nez à horaires réguliers. Sidi Mohamed tente d’orienter les rares touristes qui sac au dos errent dans la fournaise en quête d’un hypothétique renseignement. « Où allez-vous. A Nouadhibou ? A Zouerate ? Le train passe en fin d’après-midi. Il faut prendre un 4X4 pour rallier la gare. C’est à deux kilomètres », lance-t-il.
Les bagages sont entassés à la hâte sur le toit du véhicule. Les plus rapides se hissent dans la cabine. La plupart s’accroche aux portières, les pieds en équilibre sur le marchepied. La voie enfin est là et s’étirent comme un serpent dans le lointain. Sur une centaine de mètres, s’étale une accumulation de wagons hors service et de pièces métalliques usées par la corrosion. Un cimetière de ferraille que quelques gamins ont reconverti en un dangereux terrain de jeu. En face, un bâtiment en dur de taille modeste : la gare de Chôum. Au guichet, on vend pour 2200 ouguiyas (environ 7 euros), des billets pour l’unique wagon de passagers du train. Littéralement bondé, le compartiment situé en queue de cortège a pourtant la réputation d’être presque confortable. Mais peu de Mauritaniens ont les moyens de s’offrir ce luxe et beaucoup choisissent de voyager à même le minerai. Jusqu’à peu, Mohamed Lemine, 17 ans, rejoignait Nouadhibou de cette manière. Mais lors de son dernier trajet, des amis l’on guidé jusqu’à une plateforme laissée vide à l’arrière du convoi. « Le minerai de fer tâche les vêtements et la peau. Sans couverture pour se protéger, c’est un enfer. Le voyage sur la plateforme est gratuit aussi. Mais il faut être le plus rapide pour se faire une place », confie le jeune homme, une grosse valise en cuir à la main. Trois heures passent. Soudain, la clameur parcourt les groupes assis de part et d’autre de la voie au milieu de volumineux bagages. Il arrive. Au loin, la locomotive bleue et jaune du mille-pattes d’acier se détache sur le ciel rosé. En un éclair tout le monde s’est levé. Comme soudainement habités par une fièvre ravageuse, les voyageurs se mettent à courir en tous sens, déplaçant selon d’impénétrables stratégies, bagages, chèvres et enfants. Chacun veut être le premier à embarquer. Dans un vacarme assourdissant, le plus long train du monde fait son entrée. La fourmilière s’agite encore davantage. A l’arrière, le wagon de passagers est pris d’assaut. Le plus impatients se hissent par les fenêtres. En moins de trois minutes, toutes les places assises sont occupées. D’autres, escaladent les wagons de minerai. Des valises tombent au sol, s’éventrant presque. Sur les talons de Mohamed Lemine, nous courrons jusqu’à la plateforme arrière. De nombreux passagers y ont déjà pris place. Nous grimpons tout de même. Il faut porter assistance à une famille qui lutte pour faire embarquer une chèvre récalcitrante. Ca y est nous voilà installés. Le train lentement reprend sa course. Derrière Chôum retrouve son allure fantomatique. Jusqu’à l’océan, le voyage durera treize heures. Terminus tout le monde descend Les premiers rayons du soleil viennent légèrement réchauffer l’atmosphère. La nuit a été longue.
Le train n’a pourtant pas encore atteint son terminus. Encore cinq kilomètres environ restent à parcourir jusqu’à l’usine où sera déchargé le minerai avant qu’il ne soit exporté par bateau aux quatre coins du monde. Pour le moment, on décharge d’autres marchandises entreposées sur les wagons de queue. A petites enjambées, nous gagnons la plage à proximité. Le vent s’est essoufflé. Olivier Godin et Steve Viala Source: France-info/Absolute Travel Mag
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