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Mauritanie: Le délitement d'une démocratie inventée Version imprimable Suggérer par mail
23-06-2008 - 07:02

Par: Mariem Mint Sidiya (La mauritanienne)

La transition militaire avait nourri beaucoup d'espoir. Un peu plus d'espoir peut-être que ce que pourrait engendrer une transition militaire. Tous les mauritaniens avait cru que la démocratie, la vraie, celle-là qui a permis, pour une fois, dans l'histoire du pays, de doter ce dernier d'un président incontestable et incontesté allait servir de rendez-vous à une situation intérieure exemplaire, sinon idyllique.

Mais, notre démocratie portait, c'est presque certain, aujourd'hui, après plus d'une année d'exercice, en elle les germes de son délitement. Plusieurs hypothèses sont défendues pour expliquer l'échec de notre démocratie. Tantôt on accable le gouvernement technocratique dont la contreperformance a quelquefois failli conduire le pays au chaos. Tantôt, on cri haro sur l'actuelle équipe politique qui renvoie une image désolante de notre passé récent. Tantôt, on indexe les militaires qu'on accuse de continuer à tirer les ficelles.

Certes, chaque entité prend quelque peu sur elle de la responsabilité partagée du blocage de notre système démocratique. Mais la grosse part de responsabilité demeure tout de même imputable aux militaires de la transition. Or, la responsabilité militaire aurait été vaine et négligeable si toutefois la classe politique s'était, avec la chance transitoire offerte, débarrassée de sa couardise et s'était départie de son opportunisme pour jouer le jeu de la démocratie en dépit des petits penchants supposés ou avérés des artisans de la transition.

L'élection législative n'était pas faite sans relents militaires. La majorité parlementaire née de cette consultation a été raflée par le patchwork de députés indépendants. Lesquels avaient choisi le label indépendant sous la pression  de la baïonnette sans toutefois perdre de vue l'instinct de survie les ayant stimulés en faveur d'un acquiescement permanent aux injonctions des maîtres du moment. Des députés girouette en quelque sorte qui prenait le cap proposé sans désintérêt des chefs militaires. Cette majorité, si encore on peut parler de majorité, a été conçue avant le candidat présidentiable des militaires. Celui-là, sorti ex-nihilo du néant politique et pour lequel une aile influente des militaires s'était investie, corps et âme, afin qu'il soit coopté non seulement par un conglomérat de partis né des cendres du défunt PRDS, mais à bien d'autres forces politiques. On inventa un candidat président et on greffa dessus la première invention qu'est la majorité des indépendants. D'invention en invention, la démocratie mauritanienne se formait alors sur ce spectre.  C'était-là, l'erreur fatale des militaires. Car, ce qui s'assimile généralement à l'œuvre d'une vie, on ne saurait l'insuffler à une âme qui a vécu soixante-dix printemps ou presque sans jamais qu'elle ne manifestât une ambition aussi plafonnée que la magistrature suprême. A soixante-dix on est déjà fait. Et fait, cet homme l'était-il, hélas, justement pour ne pas pouvoir occuper convenablement la charge publique du premier citoyen du pays. On n'invente pas un président ! Dès son investiture, ce président s'était réfugié derrière le concept technocratique pour former son gouvernement. Abandonnant pour ne pas dire fuyant ses prérogatives en faveur d'une bande de ministres novices qui ont pataugé dans des applications surréalistes et ont fait perdre aux mauritaniens une année de leur démocratie. L'unique vertu de ses amateurs de la chose publique était qu'ils avaient, peut-être, servi de boucliers au président de la République.

La colère des populations affamées, celle de l'opposition traditionnelle et celle d'une opposition se réclamant de la majorité se débitait sur le premier gouvernement. Le Président s'en débarrassa, enfin. Il opta pour ce que d'aucuns appellent un gouvernement politique. Ce retour au politique à permis un recyclage d'une poignée d'anciens potentats dont la gestion des affaires publiques de par le passé,  servi, aux militaires de la transition, d'alibi assez bien vendable,  auprès l'opinion nationale et internationale pour justifier le coup d'Etat du 03 août 2005.  Un mois après, la formation de ce gouvernement, les cris résonnent de nouveau. Mais, cette fois-ci, la tempête de colère est attisée par ceux-là mêmes qui ont porté le président de la République au pourvoir. Les militaires qui, aujourd'hui, se mordent les doigts sur leur penchant d'hier, tentent, dit-on, de multiplier les contacts pour déstabiliser le système qu'ils ont engendré. C'est un peu d'une certaine manière, vouloir dévier une pierre de sa trajectoire une fois lancée. Ce qui du reste est bien possible. Mais, encore faudra-t-il, de bénéficier de l'alliance d'une force surhumaine. Certes, les militaires ont inventé un Président. C'est vrai. Mais, les politiques qui s'agglutinent autour de lui ces jours-ci essayent à leur tour de  réinventer ce même président, au moment où ses engendreurs penchent sur une ''désinvention'' de celui-ci. C'est cela, le défi de notre démocratie. Parce qu'une démocratie qui s'appuie sur un président inventé, ne saurait être exempte des erreurs le temps d'une invention.

 
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