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Mauritanie: Les bonnes affaires de taximan Version imprimable Suggérer par mail
16-07-2008 - 02:36

Par:  Samba Camara

Si les taximen clament, pour certains, avec force aujourd’hui que leur métier ne nourrit plus son homme, la réalité, elle, reste plus nuancée. Le taxi, malgré des circonstances défavorables fait encore le bonheur de bon nombre de chauffeurs.

Mais qu’ils soient gagnants ou gagne-petits, tous les taximen subissent l’impôt injustifié. Celui de la police.

Le taxi fait-il encore l’affaire de son homme? «Autrefois, il suffisait de faire le tour des boîtes de nuit pour transporter les fêtards pour se constituer un pécule énorme; aujourd’hui, on ne gagne plus assez facilement sa vie quand on est taximan», clament avec force certains propriétaires de tacots comme Hameida. Avec le prix du carburant qui ne cesse d’augmenter, les tarifs qui tendent à stagner, les taximen ne sont plus logés à la bonne enseigne. Pourtant, la réalité est beaucoup plus nuancée. En dépit de la montée des prix du gazole, il y a encore des taximen qui s’en sortent bien. Sylla ne dira pas le contraire.

Originaire du Guidimakha, Sylla a appris le métier de conducteur de poids lourd du côté de Bamako. Une fois rentré au pays, «j’ai préféré me mettre à mon propre compte», note le quadragénaire de Diogountouro. Au lieu de rouler dans les camions de transport qui font la navette entre la région dont il est issu et Nouakchott, Sylla paye une voiture et entame une carrière de taximaître. Aujourd’hui encore, malgré les circonstances défavorables aux professionnels des quatre roues, Sylla confie s’en sortir très bien. «J’ai pu économiser 4.000 UM par jour, en payant le carburant nécessaire pour rouler le lendemain», assure-t-il. Et d’ajouter «quand vous êtes propriétaires du tacot que vous conduisez, vous vous en tirez bien». «Quand vous êtes le maître du taxi et que vous êtes un habitué de l’aéroport, vous vous en sortez beaucoup mieux», poursuit-il.
                                           
Gagnants et gagne-petits

 L’aéroport, c’est la chasse gardée de certains privilégiés. «Il faut connaître les policiers qui exercent là-bas, pour pouvoir y travailler», confie Sylla. «Du coup, les étrangers éprouvent du mal à aller dans ce lieu pour accueillir les passagers à leur descente d’avion», note pour sa part Cheikh Oumar originaire du Mali.
Les chauffeurs qui fréquentent assidument l’aéroport gagnent des sommes faramineuses. Ils sont bien souvent payés en devises fortes et quand il fait tard, leurs gains atteignent toujours des sommets. Il est arrivé à Sylla d’empocher 50 Euros, rien que pour une seule course. «Et quand on me téléphone pour me dire d’aller accueillir un émigré qui revient au pays, on me paye le plus souvent à 6.000 UM», avoue le taximaître qui n’est même pas un habitué de l’aéroport. Ces sommes engrangées par quelqu’un qui n’est même pas un habitué de l’aéroport international de Nouakchott, et donc qui n’est pas autorisé à garer dans le parking réservé aux taximen qui ont lié connaissance avec les policiers, en disent long sur les gains engrangés par les taximaîtres  privilégiés.


Ceux qui ne sont que simples chauffeurs et qui travaillent pour le compte d’un autre, par conséquent, pâtissent de la crise, de la montée du prix du carburant dont parlait Hameida. Ils  ne touchent pas plus que leur salaire qui varie entre 20.000 et 25.000 UM. La tradition veut qu’un chauffeur paye les 20 litres de gazole pour pouvoir, le lendemain, effectuer un versement quotidien de 4.000 à 4.500 UM, et de garder le reste des gains journaliers. Or, un taximan franchit difficilement la barre de 10.000 UM de gains journaliers. Par conséquent, les chauffeurs n’arrivent plus aujourd’hui à empocher de surplus puisqu’il n’existe pratiquement  plus.


Tous subissent la loi de la police

Gagnants et gagne-petits subissent tous la loi de la police. Au volant de sa voiture, Cheikh Ahmed originaire de R’kiz doit aller au cinquième, mais au lieu d’emprunter l’axe principal qui monte vers le marché du 5ème, il roule sur la route qui va vers le 6ème. Et Arrivé sur l’axe goudronné qui passe devant la Sonimex, il évite le carrefour Sogem pour s’engouffrer entre les pâtés de maison, et manque de s’enfoncer dans le sable avant de venir s’arrêter près du Robinet 4 du 5ème. Pourquoi un détour aussi compliqué alors que Cheikh Ahmed aurait pu arriver à destination en empruntant une ligne droite (l’axe goudronné qui va vers le marché de Sebkha). «Parce que la police est à l’affût; il faut éviter de passer devant le carrefour Sogem. On peut payer 200 UM en entrant au 5ème et payer 200 UM quelques minutes plus tard en sortant du même arrondissement», répond l’intéressé. On dit que la police a changé d’attitude vis-à-vis des taximen; mais en réalité, c’est du pipeau, clament les taximen en chœur. «Non seulement il faut éviter le carrefour Sogem, mais il faut éviter le carrefour Yéro Sarr, le marché du 6ème, du 5ème, l’arrêt bus, si on ne veut pas se faire plumer». La police pose problème à tous les taximen et surtout aux expatriés. «On nous extorque sans cesse 200 UM, et quand on montre qu’on a ras-le-bol, ils nous signifient qu’ici, nous ne sommes pas chez nous», note Tiékoura, originaire du Mali et qui poursuit que «les noirs sont les plus méchants».

 

Source: Biladi

 
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