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Mauritanie: Les invertébrés de la politique. Version imprimable Suggérer par mail
30-06-2008 - 09:16

Par: Ahmed Ould Saleck

Au début il était simple de nous taxer de parentèle de Ould Taya, car  cela arrangeait, c’était facile, puisque jamais l’on ne choisit ses parents (je l’avais écris sous pseudo depuis ma prison en juillet 2006). L’on ne nous attaquait sur ce que l’on disait, mais plus facilement sur nos origines tribales, et nos filiations consanguines ou appartenance régionale.

Le fait pourtant  est que personnellement je ne connais même pas Ould Taya. Jamais je ne mes suis déplacé pour lui, dans aucune de ses visites, jamais je ne me suis aligné pour lui serrer la main comme d’autres qui ont soutenu voire dirigé le coup du 03 Aout, j’ai refusé maintes propositions, préférant travailler hors fonction publique, gagner ma vie librement et sans compromission. Jamais je n’ai milité ou appartenu à un parti ou mouvement. J’ai toujours été très opposé à la politique Ould Taya et surtout au système PRDS, mes écrits sont  encore là pour le prouver. Mais c’était une opposition de principe, vraiment,  qui ne perdait pas de vue les fondements de l’action politique responsable.  La compromission était, de mon avis, des deux autres côté ; la compromission avec ould Taya, ou la compromission contre Ould Taya. Les deux se valaient à mes yeux. Mon seul parti à moi était la Mauritanie, et sa survie. Et c’est un parti mince aujourd’hui, force est de le constater,  hélas. 

A partir de juin 2003, malgré mon opposition au système en place,  il m’est apparu soudain qu’un péril d’un genre nouveau,  mortel et infiniment plus désintégrateur, venait de resurgir, du fin fond de nos entrailles arabo-islamiques :  l’ASSASSINAT.  Autrement dit « El Hachachine », source de tous les schismes.  Le coup d’état de 2005 n’en est que le premier  avatar, d’autres suivront,  c’est inexorable.  Nous avions simplement soutenu qu’un coup d’état en conduit à un autre, comme un assassinat en conduit à un autre.  Aujourd4hui notre seul tort est d’avoir eu raison, nous ne nous en réjouissons , car la Mauritanie est au bord du néant. Quel néant me direz-vous ? Faisons un peu le compte :*

- Un président impotent, dont le pouvoir est vampirisé par un entourage militaro-tribal.
- Un parlement où une minorité dirige une majorité, sans égards aucuns pour les lois de la démocratie ; un coup d’état parlementaire en somme.
- Un gouvernement sans aucune cohésion, où siègent les extrêmes, et dont l’action est annihilée avant même que d’être présentée.
- Une administration sans tête ni queue, qui ne sait pas à quel saint se vouer.
- Une armée désarticulée,  où les coups d’état réussis décident au tableau d’honneur.
- Une classe politique flasque, majorité comme opposition, qui a soutenu l’imposture, et qui ne sait plus se tenir debout.
- Une presse sans esprit, qui ne fait que colporter.
- Une population oubliée et laissée à son sort.
- Un territoire voué aux hégémonies, au nord comme au sud, à l’est comme à l’ouest.
- Une économie à la merci des bienfaiteurs internationaux institutionnels, là où le financement privé est infiniment plus bienfaisant.
- Une société civile dévoyée, qui ne fait plus la différence entre justice et politique.
 
Le tableau noir peut continuer, avec beaucoup de taches blanches. Mais là n’est pas le but.  Quel but me direz-vous ? Le but c’est revenir et reconnaître l’erreur : une constitution est une constitution ou elle ne l’est pas. Nous avions une constitution en 1991, si nous ne la respectons pas, nous ne respecterons aucune autre. Et les canons continueront à faire la loi. Il faut à présent mettre sur pied une assemblée constituante élue, pour élaborer une nouvelle constitution, et s’y tenir. Tout devra partir de là, sans interférence de la force du canon.


Ahmed Ould Saleck
Paris.

 
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