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Par: Noura M. Je n’oubliera jamais de toute ma vie, cette journée du ramadan 1989 où je me réveille le matin pour aller à mon école. Des bruits dans la rue nous assourdissent et on apprend par le biais du boutiquier du coin que la famille voisine sont les cibles d’attaques par une foule composés d’hommes enragés mélangés à des jeunes lycéens. Les femmes suivront pour piller tout ce qui se trouve à la maison.
Ce fut une scène digne d’un film de guerre hollywoodien, mais gravée à jamais dans ma mémoire de petite fille. J’avais tellement honte d’être mauritanienne ce jour là. On entendait partout des guerres civiles dans les pays lointains et pensions jamais que cela allait arriver chez nous, mais hélas le malheur a fini par hanter mon pays.
Mon jeune oncle a pris son courage et parti à la défense de nos voisins. Il a tiré en l’air avec son arme de chasse et tous ces hommes enragés et tantôt courageux ont fuis, ce qui a permis à mon oncle de faire sortir nos voisins de chez eux pour les faire venir chez nous. La mère était enceinte de plusieurs mois et le père était parti travailler au ministère des finances. Sur le chemin de l’école j’ai vu des scènes horribles, des hommes gisant sur la terre et les gendarmes mauritaniens qui ne disent pas un mot, comme s’ils regardaient un match de football. Je me rappelle de ce vieux marabout du coran au quartier qui est venu affronter les gendarmes en les traitant de lâches qui laissent des musulmans se faire tuer en plein ramadan sans agir. Son discours moralisateur a fini par lui donner raison et les gendarmes ont calmé les foules et récupérés les victimes (ou ce qui en restait!). Nos voisins passeront trois jours chez nous avant qu’une voiture de la garde ou gendarmerie (je ne faisais pas de distinction à mon age) et nous ont informé que nos voisins sont sénégalais et que le gouvernement sénégalais envoie un avion les chercher dans l’après midi. Pourtant la mère est née à Bababé et parle Hassaniya comme une mauresque et le père a toujours été mauritanien, fonctionnaire au ministère des finances. Ils n’auront même pas le droit d’aller récupérer leurs affaires. Ce fut la dernière journée que j’ai vu mes voisins. Le lundi 28 janvier, mon père revient d’un voyage à l’étranger et annonce à toute la famille que demain nous allons à Rosso pour accueillir mes frères et compatriotes venant du Sénégal après 20 ans de déportation par le pouvoir de Ould Taya. Que c'était émouvant pour moi et pour les membres de ma famille qui m'ont accompagné accueillir nos anciens voisins. J’ai tout de suite identifié la grande fille enceinte qui fut mon amie d’enfance. Elle s’est mariée dans le camp des réfugiés et porte avec elle une fille toute mignonne. Quant au grand garçon qui était à coté d’elle, on nous informe que c’est lui le bébé qui était dans le ventre de sa mère le jour de leur déportation. Je vous ai écrit hier un commentaire juste après l’accueil des déportés sur le quai du Bac de Ross, mais j’avais constaté l’absence du père et je n’ai pas eu le courage de demander où est ce qu’il était. À mon retour en famille, j’apprend qu’il est décédé quelques jours après l’annonce par le président de la république du retour de nos frères déportés au Sénégal. Il n’a même pas eu la chance de revoir sa terre natale et le pays qu’il a servi toute sa vie avant sa déportation sans raison. Nos voisins sont de retour, mais leur maison a été occupée par une autre famille pendant quelques années avant que le père de cette famille décède, après quelques mois ils ont été contraint de vendre leur maison (celle des mes voisins déportés) à une autre famille qui l'a vendue à son tour un jeune couple qui venait de se marier dont le mari débarque des États Unis après quelques années de Dish-washing.Lui aussi il a été déporté des USA après que sa demande d'asile politique (ou économique pour être vraie) ait été refusée. La question que je me pose: Comment nos voisins vont pouvoir retrouver leur maison? et dans ce cas, comment fera le jeune couple qui a tout investi pour acheter leur première maison? Le plus important pour moi en tout cas est que cette famille retrouve sa terre natale, malgré toute la perte matérielle et psychologique qu'ils ont subis. Plus jamais …..plus jamais qu’une chose pareille devra arriver chez nous! Je l’espère de tout mon cœur. |