| Mon appartenance à la Mauritanie m'a appris le sens communautaire |
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| 11-12-2007 - 07:25 | |
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La journaliste Leïla Lemghalef n’a pas été distraite par la belle et confortable vie nord américaine pour s’intéresser à sa Mauritanie natale. Elle n’a ménagé aucun offert pour donner une bonne image de son pays d’origine, dans les mass-média canadiennes. Elle a écrit sur le désert mauritanien, sur deux jeunes pilotes mauritaniennes à Montréal, sur la réussite du restaurant La Khaïma de Montréal et a publicisé le passage de Abderrahmane Cissako à Montréal pour en profiter de parler du cinéma africain et de l’expérience mauritanienne. L’excellente citoyenne mauritanienne Leïla Lemghalef honore le journal Taqadoumy par sa première entrevue avec un média mauritanien. Taqadoumy: Qui est Leila Lemghalef? L.M: Je suis née en Ontario et je vis à Montréal. Je me considère comme Montréalaise de deuxième génération, issue de la Communauté mauritanienne du Canada. En passant, j’ai aussi des racines européennes, car ma mère est d’origine albanaise. Mes deux héritages culturels ont beaucoup influencé mon éducation par le biais d’activités culturelles, de langues secondes pratiquées dans mon milieu, ainsi que d’histoires et contes d’autres pays, qui m’ont été souvent rapportés. Taqadoumy: Quelle est votre histoire avec le monde du journalisme, et considérez vous que vous avez réussi dans votre cheminement professionnel? L.M: J’ai obtenu mon diplôme universitaire en journalisme à l’université Concordia de Montréal. Durant ma scolarité, j’ai passé six mois à l’École internationale de Journalisme du Danemark dans le cadre d’un programme d’échange entre le Canada et le Danemark. Après mes études, j’ai eu la chance de faire un voyage de découverte financé conjointement par la chaîne de télévision américaine PBS et MSN.com. Ce voyage d’un mois m’a permis de découvrir les Etats-Unis d’Ouest en Est. Ma formation pratique est très orientée vers l’écriture, vers la production d’antenne (« broadcast ») et les productions médiatiques diffusées par Internet. J’ai aussi apporté des contributions à des journaux au niveau aussi bien local que national ainsi qu’à la radio publique du Canada RCI.
Quant au deuxième volet de votre question, à savoir si j’ai réussi dans mon cheminement professionnel, je dirai que c’est un peu tôt pour que je puisse y répondre car je ne suis encore qu’à mes débuts dans la profession. Par formation, je suis une journaliste, mais par nature, je suis une critique des médias, surtout que je me rends compte que la circulation de l’information est contrôlée par des agents puissants et que la liberté de la presse n’est pas aussi évidente que certains le croient. Vous pourrez plutôt me reposer cette question dans quelques années. Pour le moment j’essaie seulement d’acquérir les qualifications nécessaires pour accéder aux agences de presse pour lesquelles j’aimerais travailler. Taqadoumy: Quel est votre degré d’appartenance à la Mauritanie? L.M: Je suis canadienne par ma naissance. Étant donné que mon père est de nationalité mauritanienne, j’ai également, par filiation cette même nationalité, et j’en suis fière. Je me considère canadienne en premier lieu et mauritanienne en deuxième lieu parce que j’ai grandi au Canada et principalement au Québec. Taqadoumy: Quelles sont les choses que vous pensez que votre appartenance à la Mauritanie vous a apporté? L.M: Mes contacts et relations constantes avec la Mauritanie m’ont permis de vivre plusieurs belles expériences et m’ont apporté des richesses morales et culturelles. Mon appartenance à ce pays m’a appris le sens communautaire (support, amitié, solidarité) qu’on trouve en Mauritanie. Ça m’a aussi ramené et rattaché à de bonnes racines qui me permettent de puiser dans de belles valeurs culturelles mauritaniennes, qui viennent enrichir mes valeurs culturelles québécoises et canadiennes (par exemple, une certaine modestie). D’autre part, la Communauté mauritanienne du Canada représente pour moi une grande famille, ce qui m’a permis de connaître beaucoup de gens intéressants. À travers mon appartenance à la Mauritanie, il m’a été plus facile de mieux comprendre certaines valeurs culturelles arabes et africaines, car la Mauritanie, pays musulman, est un trait d’union entre l’Afrique noire et l’Afrique du Nord arabe
L.M: Le fait que votre journal me demande une entrevue me rend déjà très fière de mes origines mauritaniennes. J’ai ressenti de la fierté en écoutant des documentaires qui mettent en valeur la nature resplendissante de la Mauritanie, reconnue pour être une terre de savants dans le domaine de la formation en arabe classique. Je suis aussi très heureuse que la richesse de la civilisation maure existe même en Europe, surtout en Espagne. Par contre je suis moins fière de mes origines mauritaniennes lorsque je pense à l’esclavagisme qui a régné jadis en Mauritanie, et à diverses séquelles que l’on en perçoit parfois encore. Le manque de salubrité de Nouakchott me dérange également. J’ai en effet constaté que des gens ne se gênent pas pour jeter leurs ordures dans la rue, ce qui n’est autre qu’un très regrettable manque de civisme. En contraste, les villes de l’intérieur du pays sont heureusement plus propres que Nouakchott. Taqadoumy: Avez vous déjà visité la Mauritanie et quels souvenirs gardez vous de vos expériences? L.M: Plusieurs fois. J’ai même passé la première année de ma vie en Mauritanie. J’ai visité la Mauritanie trois fois par la suite durant les vacances, et plus récemment en été 2001. J’en ai gardé des souvenirs merveilleux tels que l’hospitalité des gens, les invitations, le désert, les oasis, et les lieux touristiques comme Chinguiti, Terjit et la Kédia. J’aime beaucoup l’artisanat mauritanien. Taqadoumy: Vous avez, sans doute, entendu parler de plusieurs traditions et coutumes mauritaniennes, quel est votre avis par rapport aux avantages et aux inconvénients de certaines d’entre elles? Lorsque les gens mangent ensemble, cela met en valeur les bons côtés du sens communautaire et des valeurs familiales. La même chose avec la cérémonie du thé. La célébration du mariage est une belle occasion pour socialiser mais, son inconvénient en Mauritanie, ce sont les frais financiers exorbitants que le couple doit engager sans égard à sa capacité financière. Je regrette une telle pratique qui hypothèque la situation financière du couple – pratique dont la seule raison est que l’on croit à la nécessité de procéder ainsi pour faire bonne figure. Par ailleurs, quoique je ne l’aie jamais constaté moi-même de visu, j’ai entendu parler d’un « gavage » ou engraissement de jeunes filles qui aurait encore cours dans la brousse. Bien que cette pratique, me dit-on, soit nettement moins fréquente que dans le passé, elle me paraît rester à dénoncer pour bien des raisons – la première d’entre elle étant évidemment qu’elle nuit à la santé des femmes. Taqadoumy: La femme en Mauritanie porte le voile et dans plusieurs milieux sociaux, elle ne peut sortir sans l’accord de son père, son mari ou son frère. Elle est aussi sujette à des traditions controversées comme l’excision. Qu’avez vous fait, en tant que mauritanienne moderne, pour aidez ces femmes? Et seriez vous capable de vivre dans un tel environnement social? Oui je trouve que les Mauresques sont très belles dans leur voile. Tout ce que je peux dire, c’est que la femme doit prendre sa place et s’impliquer davantage au niveau professionnel, et surtout ne pas prendre l’habitude de rester à la maison sans raison valable. La femme, si elle est responsable, ne doit pas attendre la permission de qui que ce soit pour sortir. Elle doit être libre de ses mouvements et de son corps. Elle doit accélérer son émancipation dans la limite des bonnes moeurs, y compris son indépendance financière, pour ne pas rester à la charge de son père, de son frère ou de son mari. Il en va ainsi de l’intérêt de tous. Tout pays a besoin de la capacité productive de ses hommes et de ses femmes, surtout les pays en développement comme la Mauritanie. Je pense qu’en Mauritanie, il y a de l’espoir, car on commence à voir des femmes occuper de meilleures places (ministres, ambassadrices, sénatrices) au niveau du gouvernement. Vous voulez savoir si je pourrais m’adapter à un tel environnement. Je dirai que oui, car je crois avoir une grande capacité d’adaptation, surtout qu’en Mauritanie il y a une liberté de choix pour ceux ou celles qui ont grandi à l’étranger. Quant à la façon dont je pourrais aider les femmes mauritaniennes, j’avoue que je n’en ai pas idée. Mes décisions ne peuvent encourager que celles qui sont d’accord avec ma façon de voir les choses, mais à chacune sa propre liberté d’expression et de découverte. Je soutiens la liberté de choix, et j’encourage un environnement dans lequel les femmes peuvent éviter un conditionnement social sexiste. J’ai, malgré tout, l’impression que les femmes sont bien respectées en Mauritanie. D’ailleurs, je peux témoigner qu’ici en Amérique du Nord, le respect envers les femmes n’est pas total, et ce, malgré les apparences. Taqadoumy: En Mauritanie, deux courants politiques dominent le terrain. Un courant laïque qui milite pour la séparation entre la religion et l’État en face du courant islamiste. Lequel de ces deux courants souhaiteriez-vous qu’il l’emporte ? L.M: C’est sûr que je penche pour un mouvement laïque qui assurerait la séparation de l’État et de la religion. L’état est responsable de tous, alors que la religion est l’affaire de chacun. D’ailleurs, ici au Québec, nous vivons actuellement un grand débat sur cette question, au sujet de ce qu’on appelle des « accommodements raisonnables » dans une société multi-ethnique et multi-confessionnelle. Taqadoumy: D’après vous, quelles sont les mesures concrètes que la Mauritanie devrait mettre en place pour éviter les malheurs du « terrorisme »? Je suis par nature opposée à tout acte d’endoctrinement, de contrôle ou de manipulation, et je souhaite profondément que chaque citoyen puisse dire non à toute personne ou tout groupe de personnes qui essayeraient de le recruter et de le convaincre d’adopter une idéologie susceptible de déboucher sur des actes terroristes. Nous n’avons pas du tout besoin de nous conformer aux idées de tels groupes, quel que puisse être le côté attrayant de leur doctrine. Taqadoumy: On vous remercie. Propos recueills par: Hanevy Ould Dahah Source: Taqadoumy Traduction: Click4mauritania |
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