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Ne diabolisons pas la Mauritanie... Version imprimable Suggérer par mail
10-01-2008 - 06:31

Par: Robert Pailhès

Le meurtre de quatre touristes et l'annulation du Lisbonne-Dakar ne doivent surtout pas jeter un voile épais sur le tourisme mauritanien.

C'est un pays paisible. Tellement paisible que le cataclysme qui vient de lui tomber sur la tête – l'assassinat de quatre touristes français la veille de Noël – laisse pantois ses habitants d'un bout à l'autre du million de kilomètres carrés qui s'avance dans le Sahara.
Pantois également et plus encore, les équipes de guides qui accompagnent le randonneur et qui, aussi loin que remontent leurs souvenirs, n'ont jamais vu le moindre touriste menacé là où il est le plus en nombre en Mauritanie: sur le plateau de l'Adrar, entre Chinguetti et Ouadane. Curieuse destinée que celle de ces chameliers!

Du désert, de «leur» désert, ils connaissent trop l'ingratitude pour imaginer qu'il pourrait un jour nous fasciner ainsi.
Ils sont encore étonnés aujourd'hui mais ils savent aussi que le nombre de visiteurs est sans cesse en augmentation et que leur vie professionnelle a basculé pour de bon depuis deux décennies.

Entre octobre et avril, les équipes de chameliers sont sans cesse sur la brèche. Lorsqu'un voyagiste spécialiste du voyage du désert leur «envoie» une dizaine de touristes pour une semaine, cela signifie pour l'équipe une intense préparation: sept ou huit dromadaires de bât qui porteront sur leurs flancs les tentes, la nourriture et tout l'attirail qui doit permettre, dans le cas d'une méharée, de tenir une semaine sans assistance.
On imagine la perte économique, psychologique et humaine que pourrait signifier pour eux un arrêt subit du tourisme du désert.

Manque de nuances

Il est logique d'hésiter à entreprendre un voyage en Mauritanie actuellement, en outre des organes officiels comme le ministère français des Affaires étrangères le déconseillent fortement jusqu'à nouvel ordre.
Néanmoins, on peut regretter le manque de nuances dans l'information. Concernant l'assassinat des quatre Français, on aurait aimé voir les médias être plus insistants sur un fait: les touristes ont été attaqués dans la région d'Aleg, au sud, non loin du Sénégal, dans une région où le tourisme classique n'a pas cours.
En outre, l'attaque a eu lieu à plusieurs centaines de kilomètres d'Atar, où atterrissent la plupart des randonneurs du désert et où se concentre la presque totalité du tourisme mauritanien. La géographie, dans la relation d'un événement, cela compte!
On aurait aimé également que l'annonce d'une agression par de simples bandits puis la présomption d'un attentat par les intégristes islamistes soient plus suivies dans nos infos quotidiennes. Or, depuis plusieurs jours, plus rien.

Enfin, il faut parfois laisser parler l'histoire récente du tourisme mondial. Par exemple, pendant la décennie noire qu'a connue l'Algérie voisine (1992-2002), le terrorisme, très violent dans le nord, n'a jamais frappé la région de Tamanrasset et du Sahara algérien. Au point que, depuis près de dix ans, la plupart des grands voyagistes du désert ont repris les randonnées et méharées dans le Hoggar sans problème majeur.
Certes, en 2003, trente-deux touristes européens avaient disparu dans la région d'Illizi. Mais ce n'était pas tout près du Hoggar, où se concentre l'essentiel du tourisme du désert algérien, en outre le voyage en question n'avait pas été entrepris sous l'égide de guides locaux, ce qui est interdit.

Donc, prenons garde mais nuançons! Les prestataires du tourisme de l'un des pays les plus démunis du monde nous en sauront gré.


Source: Le Jeudi (Luxemburg)

 
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