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Pourquoi veulent-il vendre La SNIM ? Version imprimable Suggérer par mail
07-10-2007 - 13:42

Par : Prof. Ely Moustapha 

Diagnostic d’un mauvais élan

S’il est dans l’air du temps que les pouvoirs publics veulent privatiser la SNIM, c’est que cela répond à des considérations économiques et financières qu’il nous reste à découvrir. D’abord, analysons l’objet de l’enjeu, la SNIM, et voyons ensuite quels sont les tenants et les aboutissants d’une telle volonté de privatisation.

I- Pourquoi l’Etat privatise-t-il ?

Un entreprise qui est rentable, des revenus cruciaux pour les finances publiques et pourtant la privatisation est dans l’air. Qu’est-ce qui expliquerait cela ?
La cession d’une entreprise publique répond à des considérations qui sont à la fois d’ordre politique économique et financier.

Du point de vue de la théorie, celle des "biens publics" justifie le monopole public pour les biens indivisibles ou non excluables. En effet certains marchés se caractérisent par un coût marginal nul ou tout au moins décroissant ce qui explique que l’Etat en garde le monopole à travers les entreprises publiques. En langage plus direct, les secteurs qui ne sont pas rentables pour l’investissement privé et qui sont importants pour l’activité économique et sociale sont pris en charge par l’Etat au nom de la collectivité. Qu’est-ce qui justifie alors la privatisation ?

Si l’on s’en tient à certaines considérations, tout aussi théoriques, on considère que les dirigeants des entreprises publiques cherchant à réaliser des chiffres d’affaires élevés par le surinvestissement vont à l’encontre de l’allocation optimale des ressources. C’est dans ce sens que s’inscrit l’Ecole des choix publics (Buchanan). D’autres part, les modes de contrôle et de gestion privés sont considérés plus efficaces que la tutelle gouvernementale. Enfin, les investisseurs et actionnaires veulent des rendements plus élevés et un droit de regard plus renforcé sur la stratégie de l’entreprise.
Du point de vue politique la philosophie libérale et les courants partisans qui en sont issus favorisent la privatisation .Celle-ci serait considérée comme le meilleur moyen d’éviter le monopole sur des activités qui seraient mieux gérées par les privés . Le monopole étant lui-même antinomique avec le jeu normal du marché et fausse l’offre et la demande en biens et de services et donc la loi du marché.

Mais la privatisation, au-delà de la coloration politique du régime en place, peut aussi être imposée par des engagements internationaux de l’Etat à l’égard de certaines institutions financières et plus spécifiquement le Fond monétaire international (FMI). En effet, le plan d’ajustement structurel (PAS) prévoit dans les modalités de son application par les Etats qui y ont souscrit-dont la Mauritanie- de prendre certaines mesures allant dans le sens de la libéralisation de leur économie. Il s’agit notamment, de l’encouragement de l’initiative privée, de la réduction du déficit budgétaire, de la restructuration des entreprises publiques etc. C’est en fonction de l’avancement de la réalisation de ces objectifs que les Etats accèdent aux droits de tirages spéciaux, qui sont les modes de financement du FMI.

D’un point de vue financier et, dans une optique de gestion budgétaire, la privatisation est quasiment toujours considérée comme un moyen de trouver des ressources financières pour alimenter le budget de l’Etat. Et l’on considère que le renflouement des caisses de l’Etat s’accompagne aussi d’un allègement futur des finances publiques de la part alloué par l’Etat aux entreprises publiques en termes de subventions (d’équilibre, d’exploitation etc.). Enfin les entreprises publiques privatisées , mieux gérées rapportent plus d’impôt.

Ces considérations s’appliquent-elles à la SNIM et sont elles suffisantes pour la privatiser? Cette entreprise entre-t-elle dans la catégorie des entreprises publiques susvisées et quelles conséquences sa privatisation aura-t-elle sur l’économie nationale. ?

II- Que représente la SNIM pour l’économie mauritanienne ?

Prenons des ordres de grandeur. La part de la SNIM dans le Produit intérieur brut du pays (hors pétrole) en 2006 a été de 15% ! Elle a permis de rapatrier 185 millions de dollars US .En 1986, son chiffre d’affaire s’élevait à 491 millions de dollars US, soit environ 131 milliards d’ouguiya.


 La Snim dispose d’importantes filiales, 7 exactement dans des secteurs clefs de l’économie ( la Consignation et et le Transit, l’Hôtellerie et le Tourisme, les Fonderies, les BTP, les Construction Métalliques, le Gypse et le Plâtre, les pierres Ornementales etc.)

Historique de Production 2001-2006

La Snim est une entreprise fleuron du pays . Outre qu’elle a obtenu les certifications iso 9001-Afaq et AFNOR en 2005 elle dispose de système d’information moderne (SAP, HR) pour tous ses cycles d’activité (de l’approvisionnement aux ressources humaines en passant par les finances et le contrôle de gestion ), et développe un programme de qualité totale depuis 17 ans.
La SNIM est aussi une entreprise attractive des compétences du pays dans les domaines miniers et industriels. Elle compte 3928 travailleurs entre cadres, maitrises et ouvriers.

Filiales de la snim (Cliquez pour agrandir)

Elle dispose d’un marché mondial acquéreur de son fer à teneur exceptionnelle et des partenaires de grands renoms soutenus par d'importants pays.

Le capital de la SNIM est mixte et l’Etat y détient plus de 78% lui donnant ainsi, tout en associant des partenaires étrangers et nationaux, la maîtrise totale de sa politique industrielle et de la gestion des intérêts de l’entreprise.

La SNIM s’était définie comme « une entreprise citoyenne » et s’est engagée à donner un nouvel essor au développement économique et social du couloir Nouadhibou - Zouerate en collaborant avec l’Etat, les collectivités locales, les élus, la société civile et les partenaires de développement de la Mauritanie.

Face à une entreprise qui contribue ainsi efficacement à l’économie nationale, la question qui se pose est de savoir pourquoi l’Etat veut la privatiser.

 

III-Que représente la SNIM pour le financement de l’Etat ?

Nous avions, dans un article récent, montré comment le budget de l’Etat était dépendant des revenus de ses ressources naturelles : « les recettes non fiscales de l’Etat sont constituées essentiellement par les revenus du pétrole, les redevances de pêche et les revenus de l’exploitation du fer (SNIM). Soit des revenus de ressources naturelles non renouvelables. (…) la part des recettes de l’Etat provenant de revenus de ressources naturelles (mines, pêche, pétrole) par rapport à l’ensemble de ses recettes propres (fiscales et non fiscales) on se rend compte qu’elles constituent 47 % ! Quasiment la moitié des recettes de l’Etat mauritanien proviennent de ce qu’il ne produit pas ! une manne de la nature par laquelle il se finance et qui en plus n’est pas renouvelable.». Ainsi la SNIM a contribué, en 2006 au budget de l’Etat pour plus de 23 milliards d’ouguiyas.


La SNIM constitue une source de recettes importantes pour le budget de l’Etat. Des ressources permanentes sur lesquelles il a, en tant qu’actionnaire majoritaire de l’entreprise, une emprise certaine.

IV-Quelles sont les conséquences de la privatisation de la SNIM sur l’économie Mauritanienne

Nous l’avons vu , la SNIM n’est pas une entreprise déficitaire, elle contribue de façon très importante au PIB , elle est un pôle générateur de richesses. Elle emploie un peu moins de 4000 travailleurs , sans compter l’effet d’entrainement qu’elle a sur l’économie régionale et nationale. Ses nombreuses filiales traversent tous les secteurs d’activité économique du pays. Elle a développé une stratégie d’entreprise citoyenne de développement régional importante. Elle est un pôle technologique de grande importance et bénéficie d’une qualité de production et répond aux plus hauts standards internationaux de normalisation industrielle. En somme une entreprise un fleuron de l’économie nationale.

Certes, bien des critiques ont été portées sur la gestion, le développement stratégique à moyen et long terme de cette entreprises et si des correctifs , jugés insuffisants ont été apportés ,il n’en demeure pas moins que la SNIM constitue une entreprise nationale de premier ordre dont la privatisation serait une perte par l’Etat d'une part de sa souveraineté économique vue l'importance qu’occupe la SNIM dans son économie.

Ce n’est pas en soi que la privatisation est une mauvaise chose quand elle intervient pour céder des entreprises peu rentables ou faisant supporter à l’Etat des charges énormes et un poids budgétaire considérable à des particuliers plus à même de les gérer ou des les rentabiliser ; ce qui est à craindre c’est le « bradage » des entreprises publiques non pas pour des questions budgétaires ou de rentabilité mais pour satisfaire un besoin de financement immédiat. Sacrifiant à la conjoncture, le patrimoine national.

Or ce qui est à craindre actuellement en Mauritanie, c’est de ne voir dans une possible privatisation de la SNIM qu’un renflouement budgétaire et d’oublier qu’avec la privatisation , l’Etat perd le contrôle sur l’entreprise. Sa stratégie et sa gestion vont lui échapper, il devient tout simplement un collecteur d’un impôt que cette entreprise va lui verser en fonction de son bénéfice net c’est-à-dire en fonction de critères de performance qui lui échappent.
Cette situation peut s’aggraver sous l’impact de l’esprit de profit qui guide l’investissement privé, à savoir la surexploitation accélérée des ressources naturelles , et l’Etat verra s’accroitre l’impôt qui lui est versé mais la durée d’exploitation des mines en sera d’autant réduite. Avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur l’économie de la sous–région.

La privatisation d’une entreprise d’une telle envergure n’est pas sans conséquence sur le social. En effet, les plans de restructuration qui ne manqueront pas de surgir entre les mains des acquéreurs toucheront évidemment les travailleurs et la notion de « surplus » d’effectifs pour justifier les compréhensions faramineuses de personnels risquent de remettre en cause un équilibre social déjà fragile dans la région. L’Etat ne pouvant plus réguler la politique sociale de l’entreprise aura à affronter de sérieuses difficultés. Car même si les investisseurs privé s'engagent à maintenir le personnel ou même à l'accroitre ce ne sera qu'au moment des négociations et probablement durant les premières années d'exploitation, ce n'est que par la suite qu'interviendront les fameux alibis justifiant toutes les atteintes au social: "conjoncture économique défavorable", "pertes attendus de l'entreprise", "restructuration vitale du processus d'exploitation et de production", "nécessité de compétitivité et de performance", " chute des prix mondiaux du fer"etc. Soit ce que le capitalisme a engendré comme "faire-valoir" parfois étriqué pour assurer sa pérennité.

Mais si cela est le lot de toute privatisation, ce qui inquiète davantage c’est le devenir des milliards qui seront versés à l’Etat par la vente de ses actions dans la SNIM. Allons-nous encore revivre un syndrome Woodside version 2 ?

On ne saurait le dire mais l’histoire récente est pleine d’enseignements qui ne rassurent pas. Il faudrait une véritable politique de suivi et de transparence de cette privatisation, si privatisation il y a. Les détournements de fonds publics, les commissions sur les commissions et les mille et une méandres de nos intermédiaires aguerris à la « négociation » profitable, ne manqueront, si on n y prend garde, de resurgir.


Et si, en bout de course, les biens versés à l’Etat retrouvent le chemin de la mauvaise gestion et de la dilapidation, la Mauritanie aura perdu deux choses : la seule entreprise industrielle qui supportait son économie et une importante part de sa souveraineté économique. Et les lendemains ne seront pas enchanteurs.


Source: Haut-et-fort.blogspot.com

 
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