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Que faut-il encore pour nous rassurer! (?) Version imprimable Suggérer par mail
13-07-2007 - 07:00

Par Mr Sidi Mohamed Ould Hartane

Cet article a été posté simultanément sur www.click4mauritanie.com et sur www.cridem.org.
Je saisis l'occasion, pour remercier les responsables de ces sites qui nous offrent d'excellentes plates formes d'expression.

On dit que la démocratie a un coût. Et les coûts de la démocratie pour une majorité qui a remporté les élections et qui doit gérer les affaires entre deux élections, peuvent se résumer aux coûts de la tenue des engagements; les coûts de la volonté politique de réaliser les promesses électorales.

 

Le Président de la république vient de reconnaître la profonde plaie des déportés et a exprimé sa douleur et compassion avec les familles des déportés.
L’esclavage a été criminalisé et une loi sur la transparence financière vient d’être votée.
C’est là l’amorce d’un changement d’attitude vis-à-vis des passifs sociaux et politiques des plus importants (déportés, esclavage, bonne gouvernance).

Que faut-il encore, pour nous rassurer?

Nous nous souvenons tous que la plupart des candidats, les militaires aux commandes de la transition, les intellectuels, les citoyens, tous ont eu à souligner l’urgence et la nécessité d’opérer des changements profonds tant, au niveau politique et économique qu’au niveau social.
Alors, si, aujourd’hui, avec les décisions prises, nous pouvons entrevoir le début d’une volonté de changement de cap, peut-on pour autant considérer que les changements politiques, économiques et sociaux souhaités par tous, sont définitivement sur les rails?
La reconnaissance des passifs sociaux et l’adoption de loi de transparence financière vont-elle suffire pour opérer les changements utiles et nécessaires pour sortir la Mauritanie de la morosité économique, politique et sociale? Et assainir la situation de suspicion, de défiance et de méfiance, qui prévaut actuellement?
Comment procéder pour rassurer davantage sur l’avenir du pays?
Ce sont là des questions qui appellent des réponses pour lequelles chaque citoyen est en droit de contribuer. Je voudrais apporter ma contribution à la réflexion sur les changements que tout le monde souhaite. Je fais ici une reprise pour l’essentiel des idées d’un article publié dans Cridem.org, juste après les élections, idées que je trouve plus que d’actualité.

I. Au niveau économique
a
. Mettre en place de grands projets nationaux. Pour cela, il faut, alors :
• Définir et exécuter un projet d’électrification de l’ensemble du pays;
• Définir et exécuter un projet de construction de routes et d’autoroutes reliant l’ensemble des régions du pays;
• Définir et exécuter un projet  d’implantation de réseaux de communication basés les nouvelles technologies de télécommunications et d’information.

b. Mettre en place des départements économiques, financiers et monétaires forts, indépendants et complémentaires, travaillant en collaboration étroite :
• en dotant le département de l’économie de cadres compétents capables de définir et d’exécuter les grands projets d’édification d’une économie forte et industrialisée;
• en dotant le département des finances de cadres compétents capables de définir et d’exécuter des plans de finances publiques pour soutenir les grands projets d’édification d’une économie forte et industrialisée. Un département des finances qui met en place une politique efficace de gestion des ressources financières du pays par l’instauration d’un mécanisme budgétaire efficace exempt de toute gabegie, et d’un système douanier saint luttant contre la corruption et le clientélisme. Une politique douanière qui encourage l’importation de biens dont le pays a besoin pour sa construction, et favorise l’exportation des produits mauritaniens à l’étranger pour assurer des entrées de devises étrangères;
• en dotant la BCM de compétences fortes et indépendantes des départements de l’économie et des finances, pour mieux définir et exécuter une politique monétaire saine, capable de soutenir la politique économique des grands projets nationaux et la politique budgétaire et financière de l’État. Une politique monétaire de lutte contre l’inflation et la hausse des prix non justifiée par le volume des affaires brassées par les agents économiques. Viser la stabilisation l’inflation aux alentours d’un taux d’inflation réel 3 à 4%, et une politique de prévision d'une déflation pouvant conduire à une récession.

c. Mettre en place un système bancaire public et privé capable de soutenir les besoins de financements des grands projets d’édification d’une économie industrialisée. Il faut alors :
• Créer des banques et des fonds d’investissement publics et privés et moderniser le système bancaire par l’instauration d’un système d’échange informatisé pour rendre efficace les transactions bancaires et de compensation;
• Créer un cadre d’incitations fiscales et financières capables de mobiliser les capitaux privés nationaux et de drainer les capitaux étrangers vers les investissements durables dans des projets d’infrastructures de développement du pays. 

II. Au niveau politique

a. Mettre en place d’un État de droit fort par la définition claire et précise des droits et obligations du citoyen et imposer l’égalité effective devant la loi. Dans ce cadre la loi sur la transparence financière qui vient d’être adoptée est un bon début.
 

b. Les membres du gouvernement, les gestionnaires de l'État, les responsables publics, tous doivent être solidaires et comptables de la gestion de la chose publique. Pour cela, il faut instaurer des processus transversaux de gestion impliquant et responsabilisant solidairement les auteurs de la gestion de l'État. Des processus transversaux de gestion définissant clairement les tâches et les responsabilités de chaque intervenant. Même si tout le monde est solidairement responsable, Chaque processus transverse doit avoir un resposable chargé du suivi de sa mise en oeuvre.

c. Institutionnaliser la liberté d’expression en encourageant la liberté d’opinion et en supprimant par une loi le délit d’opinion envers le pouvoir et les dirigeants. Nous pouvons constater qu’il y a eu l’amorce d’une réelle liberté d’expression par la dilution des langues et des plumes à travers les médias, particulièrement à travers le Web.

d. Institutionnaliser la liberté de la presse écrite par l’encouragement de la presse indépendante par l’octroi de financement public et/ou des incitations financières et fiscales.

e. Institutionnaliser une opposition officielle, contre poids du gouvernement, en désignant par la loi, comme opposition officielle, le parti qui aurait obtenu la deuxième place dans les résultats de vote. Là aussi, nous pouvons parler d’un début de réalisation par la nomination du chef de l’opposition officielle.

f. Reconnaître officiellement les passifs sociaux. C’est fait en partie par la criminalisation de l’esclavage et la reconnaissance des droits des déportés. Il faut alors définir et préciser les mesures d’accompagnement qui s’imposent par la création d’une commission nationale chargée des passifs sociaux.

III. Au niveau social

a. Résoudre le problème des déportés. La solution du problème devait passer effectivement par la reconnaissance officielle du problème des déportés. Ce qui est fait. Il faut alors :
• Effectuer le recensement des déportés avec l’aide des pays d’accueil et des organismes internationaux impliqués dans la gestion des crises humanitaires (HCR notamment);
• Permettre le retour organisé des déportés en créant des structures d’accueil efficaces;
• Permettre leur réinsertion économique et sociale en les indemnisant financièrement et en leur restituant les biens encore indentifiables (maisons, terrains, bétails, etc.);
• Mettre en place un climat de dialogue pour dissiper la haine, la situation contrite et de crainte, par la création de la commission nationale de réconciliation. Cette commission doit comporter des représentants des départements gouvernementaux concernés, des représentants des partis politiques, des représentants de la société civile et des familles des déportés. Cette commission aura pour mission de favoriser un climat d’assainissement social pour la réconciliation, en discutant de tous les problèmes sociaux et politiques tabous notamment les détournements de déniés publics, la drogue, avec un esprit de recherche de solutions aux problèmes posés et non pour incriminer ou punir tel ou tel responsable ou fautif. Le but de la commission serait de mettre sur table tous les problèmes, d’en discuter et de voir quelles seraient les mesures à prendre pour que de telles situations ne se reproduisent plus jamais. Il s’agira d’une commission de pardon national et non d’une commission de sanction et de punition nationales. L’Islam nous a appris le pardon; mais pour implorer et recevoir le pardon, il faut reconnaître ses torts, avant tout.

b. Résoudre la question de l’esclavage. Comme pour les déportés, la solution du problème devait passer, elle aussi, par la reconnaissance officielle de l’existence même du problème, dans les faits (l'existence de niche d’esclavage) et dans les esprits. Il fallait alors :
• Promulguer une loi claire et précise abolissant l’esclave sous toutes ses formes. Ce qui a été fait par la criminalisation de la pratique de l’esclavage. Maintenant, il faut :
• Créer des structures de réinsertion économique et sociale de tous les esclaves par l’accès à l’éducation, à la formation et au travail. C’est bien beau d’être libre; faut-il aussi pouvoir subvenir à ses besoins fondamntaux. Or subvenir à ses besoins fondamentaux est justement un problème posé à la majorité des citoyens, libres ou non. Dans ce cadre, le lancement de grands projets nationaux d’éducation à grande échelle, de lutte contre les maladies et la pauvreté, de construction de routes et d’autoroutes, d’électrification du pays et de valorisation des ressources naturelles et humaines peuvent s’avérer efficaces.

c. Résoudre la question de la femme en favorisant et encourageant sa participation active à la vie économique, politique et sociale. Un grand pas a été effectué par la nomination de femmes aux postes de ministres, secrétaires généraux, d’ambassadeurs. Il faut alors officiellement, par une loi et un décret d’application :
• Instaurer un quota d’employabilité des femmes au sein de la Fonction Publique;
• Instaurer un quota de participation des femmes aux activités politiques (partis politiques et de représentation nationale au sein des institutions d’État);
• Permettre aux jeunes filles l’accès à l’éducation et à la formation, dans tous les domaines;
• Mettre en place un code de la famille, clair et précis, protégeant la femme et les enfants contre la délinquence sociale;

d. Instaurer un système de santé et de couverture médicale pour tous les citoyens par la prise en charge systématique des démunis.

IV. Au niveau régional et international

a. Favoriser la coopération régionale en adhérant activement aux organisations régionales auxquelles la plupart des pays limitrophes sont membres. Rechercher les avantages réciproques et l’équilibre géopolitique.

b. Adopter une diplomatie agressive basée sur la réciprocité du traitement en visant des avantages comparatifs favorisant le développement économique et le respect du pays et de ses citoyens.

c. Recentrer les représentations diplomatiques en identifiant les relations porteuses de relations bénéfiques pour le pays, et les foyers de citoyens à l’étranger.

V. Quels pourront être les instruments du changement?

a. La formation de cadres et techniciens compétents et responsables. Il faut, pour cela :
• Mettre en place une réforme de l’enseignement en identifiant les priorités de développement pour mieux orienter les ressources disponibles vers la réalisation effective du développement économique et social. Revoir et réadapter les programmes scolaires et universitaires, déverrouiller le système d’évaluation et de notation;
• Créer des universités, des facultés notamment de médecine, des écoles techniques supérieures, dans les régions éloignées;
• Encourager la recherche par le financement et les incitations de tous genres notamment en impliquant la collaboration du privé national et étranger.

b. Instaurer un cadre efficace pour l’initiative privée :

• Par des incitations financières et fiscales;
• Par l’instauration d’une politique d’accès au crédit d’investissement à moyen et long terme, basée sur des taux d’intérêts bas;
• Par l’implication du privé national et étranger dans les grands projets nationaux d’édification d’une économie industrialisée;

c. Instaurer une fonction publique compétente et responsable. Il faut alors :

• Mettre en place une loi sur une gestion saine de la chose publique, une gestion professionnelle et non partisane, s’appuyant sur les talents et l’engagement de tous : une loi source de forces et d’avantages.  Les agents de l’État, les citoyens doivent tous avoir un rôle à jouer. La contribution de chacun doit viser à améliorer la façon de gouverner;
• Mettre en place une fonction publique, à l’écoute des citoyens et orientée sur les résultats, dans l’optique de mieux servir la population. Il s’agira de renforcer la capacité du gouvernement à fournir aux citoyens des services et des programmes de qualité à un coût raisonnable, tout en respectant les valeurs de l’intégrité, de la transparence et de la responsabilisation. Une fonction publique moderne capable de gérer les ressources humaines de façon à accroître l’efficacité de l’État et être en mesure de réaliser des actions telles que :

1. attirer, récompenser et maintenir en poste des employés talentueux en créant des milieux de travail favorables;
2. perfectionner les cadres et les gestionnaires, encourager la promotion et l’apprentissage continu;
3. mettre en valeur les ressources par la mise en place des systèmes stimulants de rémunération et de classification; ce qui permettra de constituer des effectifs engagés;
4. recenser et faire appel aux cadres compétents, à l’intérieur et à l’extérieur (par le biais des représentations diplomatiques) du pays;
5. moderniser la gestion de la chose publique en édifiant une organisation publique plus apprenante et innovatrice sur la base de la capitalisation des expériences.

d. Mettre en place un système de bonne gouvernance, basé sur une éthique de gestion de la chose publique fondée sur le principe que tout fonctionnaire de l’État, tout gestionnaire des déniés publics doit être comptable de ses actes et répondre de ses responsabilités. Pour cela, il faut mettre en place un système de contrôle interne général et spécifique, au niveau des institutions et établissements publics, de façon à contrer et à détecter les malversations et fraudes. Et si une malversation et/ou une fraude surviennent que l’on ne puisse pas les cacher. Un contrôle interne généralisé efficace, non bloquant, qui doit avoir l’adhésion des responsables de tous niveaux et du reste des agents de l’État. Le contrôle interne ne doit pas être une fin en soi mais un outil efficace de contrôle de gestion. Une bonne gouvernance doit conduire à la sanction des auteurs des malversations et des fraudes et doit permettre de lutter efficacement contre la gabegie, le clientélisme et les détournements des biens publics; une bonne gouvernance visant à récompenser les bonnes actions envers le citoyen, envers l’État et envers la Nation.


La mise en oeuvre de cet ensemble d'outils de changements pourra contribuer grandement à amorcer le processus de développement économique et social durable pouvant réellement rassurer tout mauritanien épris de changement.


 

 
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