| Réfugiés : En attendant le bonheur... 18 ans après, les portes du retour sont ouvertes |
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| 24-07-2007 - 10:24 | |
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Par: Ould Oumeïr Ils sont officiellement 34.920 personnes à être rentrées en Mauritanie dans le cadre du premier retour organisé en 1996. Ils seront touchés par le programme de réinsertion qui sera mis en œuvre prochainement. Le comité interministériel chargé de gérer la question, poursuit ses consultations. Dans quelques semaines il engagera des journées de concertation nationale. Une feuille de route en sortira. La semaine dernière, ce comité était au Sénégal. La Tribune était là. Cette fois-ci, le voyage vers les camps de réfugiés mauritaniens au Sénégal a toute une autre signification. Ce n’est plus le temps de la découverte d’un calvaire qui dure, ni celui de la compassion stérile. Il est venu le temps de plier bagages et de se préparer au retour au pays natal. Très rares parmi ceux qui sont établis dans les camps qui ont lu Aimé Césaire et ses cahiers du retour au pays natal. Ce qui rend l’émotion ici encore plus forte, encore plus vraie. D’autant plus que les camps accueillent pour la première fois des officiels mauritaniens dont des ministres, venus spécialement de Nouakchott pour transmettre un message. Celui explicatif du discours du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi concernant la question.
Le voyage de la délégation commence à Dakar par une réunion avec les associations de réfugiés au Sénégal. La délégation comprend : le ministre secrétaire général de la présidence, Yahya Ould Ahmed Waqef, le ministre de l’intérieur, Yall Zakaria, Bal Mohamd el Habib, conseiller à la présidence, Diallo Mamadou Bathia, conseiller du Premier ministre, Coulibaly Ousmane, conseiller du ministre de l’intérieur. Ils sont accompagnés par l’Ambassadeur sortant, Ahmedou Ould Cheikh el Hadrami, le consul général et le premier conseiller de l’Ambassade. A Dakar, le premier contact est ‘fructueux’, selon les membres de la mission. Le courant passe. Il suffit de voir que la délégation emmène avec elle les principaux responsables des associations. Direction Saint-Louis où elle passe la nuit dans la magnifique résidence-hôtel dite ‘Maison rose’. Ici la délégation est prise en charge par Sid’Ahmed Ould Mamy, homme d’affaires établi au Sénégal et opérant dans toute la sous-région. Une occasion de continuer les discussions avec les responsables des associations. Toute la nuit ou presque. La nuit à Saint-Louis est pleine d’enseignements. La délégation comprend mieux les rôles et inspirations de chacun. Les discussions tournent autour de l’histoire commune des deux communautés arabe et négro-africaine en Mauritanie. Le fleuve comme creuset. Le métissage comme facteur. Des Almoravides au Tékrour, de l’Empire du Ghana aux Emirats, de Nacer-eddine à El Haj Oumar Tall à Cheikh Melaïnine, riches épopées des conquérants réformateurs. Partout et en tous moments, les traces indélébiles d’une communauté de destin. Et la palabre conduit à se remémorer le temps où cette ville, aujourd’hui vieillie, brouillait d’activités. C’est ici que la Mauritanie moderne a été conçue. C’est ici qu’elle a commencé à voir le jour. La première radio, la première administration, la première ouverture sur le monde moderne… ‘C’est bien par souci d’établir une identité propre que les premiers fondateurs du pays ont quitté les lieux’, dira quelqu’un. C’est à Nouakchott que le campement, parti de Saint-Louis, décide de baraquer un quelconque jour d’un quelconque mois de 1959. Retour aux réfugiés. Ball et Diallo s’activent auprès des responsables des associations. Il faut bien établir une feuille de route. Cela ne pose pas de problème, même si un réfugié demande le report de la visite au camp principal de Dagana. Il propose à la place d’aller dans un autre site. Il promet même un fiasco si la visite commence par le camp concerné. Mais les membres de la délégation en ont vu d’autres. Cap sur Dagana, le lendemain. Comme il sied dans de pareilles circonstances, Tah Ould Ahmed, mon confrère du quotidien arabophone ‘Al Fajr’ qui m’accompagne cette fois-ci, propose d’aller au-devant de la délégation. Nous sommes accompagnés par notre consœur de RFI qui a finalement dormi comme nous à Saint-Louis. A Dagana, nous sommes accueillis par un groupe du collectif des associations des réfugiés mauritaniens au Sénégal, dirigé par Mamadou Traoré qui se trouve là. Nous sommes dirigés vers la maison de Mansour Harouna, un Peulh d’un village du Brakna dont il est le seul ressortissant expulsé en 1989. Il travaillait à Nouadhibou quand il a été arrêté et expulsé. Cette solitude ne l’empêche pas de garder espoir. En parfait Hassaniya, il nous explique le fonctionnement du camp et nous présente le chef de site. Une rapide visite des lieux nous permet de découvrir le puits qui a longtemps alimenté le camp en eau potable. Toujours exploité. Les constructions en dur sont nombreuses. L’école est le lieu de convergence. C’est ici que doit se tenir la réunion avec la délégation. On s’active pour savoir qui va parler et que va-t-on dire. Quelques journalistes sont là. Parmi eux cinq journalistes indépendants dépêchés par les autorités pour accompagner la délégation. Il y a aussi des journalistes de Radio Mauritanie, de l’AMI et de TVM. L’arrivée de la délégation ne tarde pas. Un détachement de la gendarmerie sénégalaise, une sirène. Tout le monde s’installe. La réunion commence. Le ministre secrétaire général de la présidence est le premier à prendre la parole. Il trouve les mots s’associer au ‘calvaire’ vécu 18 ans durant par les réfugiés. Réitère les engagements du nouveau gouvernement quant au ‘retour dans la dignité’ et à ‘l’indemnisation’. Il a choisi de parler en français. Suivent le chef de site, quelques responsables d’associations. Les doléances sont pratiquement les mêmes : retour dans la dignité, rétablissement dans les droits (reconnaissance de la citoyenneté, recouvrement des biens spoliés ou à défaut indemnisation…), identification des responsables des déportations et leur jugement. C’est au tour de Yall Zakaria, le ministre de l’intérieur de prendre la parole. Le moment est solennel. Le ministre s’exprime en Pulaar, la langue la plus usitée dans les camps. D’ailleurs on lui demandera de traduire en Wolof au profit des réfugiés ne parlant que cette langue. On n’a pas besoin de comprendre le Pulaar pour saisir le ton du discours. Pathétique et ferme. Mais c’est à la deuxième étape, à N’Dioum que le ministre explose. Ici l’accueil est beaucoup plus politique. D’abord du point de vue de la présence. Un grand monde avec comité d’accueil, enfants chantant et pancartes revendicatives. Les discours des associations sont beaucoup plus clairs : ‘reconnaissance de la citoyenneté aux déportés accompagnée de l’établissement des papiers ; un retour organisé sous l’égide du HCR avec l’arbitrage de toute la communauté internationale ; la restitution des biens confisqués ou à défaut une juste indemnisation ; la construction des sites d’hébergement à l’image de ceux du plan «Jaxaay» conçu par le président Wade. Ces sites doivent être alimentés en eau et en électricité et avec des infrastructures sanitaires, scolaires et sportives ; la récupération des terres spoliées lors des événements malheureux de 1989 ; l’identification des génocidaires et leur traduction devant une juridiction internationale. Nous proposons à cet effet, la mise sur pied d’un TPIM (tribunal pénal international pour la Mauritanie)’. Le politique est passé par là. A Dodel l’accueil est tout aussi chaleureux. Ici la délégation aura droit à des discours en arabe. Un orateur comparera leur arrivée au Sénégal et l’accueil qui leur a été réservé ici, à celui des Muhajiroune se rendant à Médine et accueilli par les Ansar. Le président de la délégation préférera faire référence à l’image du Prophète Youssouf retrouvant ses frères et leur pardonnant après tant de misères. Partout ailleurs, les mêmes thèmes. Les mêmes envolées lyriques. La même réalité. La même souffrance plus ou moins bien exprimée. "Nous attendions ce jour depuis 18 ans, nous avons toujours été convaincus qu'il y aurait une nouvelle génération politique qui reconnaîtrait notre citoyenneté et notre droit au retour", affirme un réfugié. Ils ont ‘le mal du pays’ et ont ‘hâte de rentrer’ chez eux, de ‘recouvrir leur dignité et leurs biens’, de ‘refaire les vies’ sur leurs terres d’origine. Tous ? Pas vraiment. Certains réfugiés n’hésitent pas à vous dire qu’il n’est pas question pour eux de rentrer. D’aucuns parce qu’ils n’ont pas confiance. D’autres parce qu’en 18 ans ils ont refait leurs vies ici. Mais tous auront leur part de réinsertion. Le président Wade l’a clairement exprimé devant la délégation : tout mauritanien qui veut avoir la nationalité sénégalaise l’aura, tout celui qui veut s’établir au Sénégal aura la possibilité de le faire et profitera du programme de réinsertion qui sera mis en œuvre, tout mauritanien qui veut revenir chez lui, le Sénégal aidera la Mauritanie pour le réaliser dans les meilleures conditions. La visite de la délégation officielle aura permis d’établir un contact direct. De rétablir la confiance et de concrétiser les belles paroles du Président Ould Cheikh Abdallahi. Première conclusion de cette visite : les réfugiés savent à présent qu’ils n’ont pas été les seuls à souffrir de leur situation, leurs concitoyens ont tout autant souffert. Deuxième conclusion : le résultat d’aujourd’hui est le fruit d’une lutte commune, une lutte qui dépasse l’appartenance politique ou ethnique. Troisième conclusion : le règlement de la question est possible. Il est même facile. Et ne souffre l’attentisme. Source: Latribune |
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