| Roumouz el Vessad: La gabegie en symbole |
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| 03-01-2008 - 05:31 | |
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Par: Pr Ely Mustapha Un fameux « xouldy » en dénombra 500 et la liste est encore sur son blog. Une liste qui suscita maints remous et réponses. Certains s’y retrouvèrent d’autres pas. Certains s’en offusquèrent d’autres pas, mais toujours est-il que le fait existe (« la gabegie ») et que ceux qui l’ont accompli (« Roumouz ») sont toujours là. Combien sont-ils ? Qui sont-ils ? Où sont-ils ? Autant de questions qui taraudent l’esprit et qui ne laissent pas indifférents ceux qui tiennent à ce que la question cruciale de la dilapidation des biens publics soit résolue. Mais elle ne devrait pas cacher une autre préoccupation non moins importante : celle de préserver la dignité et l’intégrité morale de ceux qui injustement pourraient être qualifiés de « roumouz el vessad ». Aussi une préoccupation majeure s’impose : cerner le contenu de cette appellation non contrôlée et de définir ce concept aux fins de protection des droits de chacun. « Roumouz el vessad », littéralement « symboles de la gabegie »,exprime en arabe dans la forme masculin pluriel une collection d’individus qui tous se partagent à des degrés divers la commission d’infractions. « Roumouz el vessad » est un appellation fort utilisée qui a pris son essor avec les dénonciations publiques d’infractions par la presse écrite et sur le net. I- L’approche économique : L’overdose d’un enrichissements sans cause Roumouz el vessad et l’Etat : L’enrichissement sans cause Tout un chacun est conscient de ce que la gestion de l’Etat, c’est –à-dire de la « chose publique » a donné durant ces trente dernières années. Une infrastructure délabrée, un peuple affamé, une économie en décroissance réelle et une classe super-opulente et qui s’est enrichie sans cause. Or depuis quelques années en Mauritanie, l’enrichissement fulgurant d’une certaine classe à travers certaines personnes aux revenus de fonctionnaires qui se sont mises à bâtir des châteaux est l’expression immédiate d’un enrichissement qui trouve ses explications ailleurs que dans leur revenu. Pour être plus pratique prenons un exemple concret : le revenu d’un fonctionnaire de l’Etat . Un fonctionnaire de l’Etat qui occupe un poste de directeur général, par exemple suivant la grille salariale de la fonction publique mauritanienne, il recevrait au titre de ses émoluments environ 400 000 UM et poussières Or ce fonctionnaire possède deux villas cossues d’une valeur estimées à 250 millions d’ouguiyas chacune de deux tout-terrains d’une valeur estimée à 90 millions d’ouguiyas d’un troupeau de chameaux de 75 têtes d’une valeur moyenne de 50000 UM par tête et qui a inscrit au nom de sa conjointe trois terrains de 800 m² viabilisés dans une zone résidentielle estimés à 300 millions d’ouguiyas et qui possède deux boutiques au marché central et un dépôt loué à une entreprise publique pour une valeur globale de 345 millions d’ouguiyas et d’un dépôt en compte bancaire enregistrant des opérations commerciales estimées en moyennes à 100 millions mois sans compter les intérêts afférents…. Et biens d’autres biens en or et en argent occultes dont l’estimation reviendrait à recenser le patrimoine de sa conjointe et de ses enfants. Tout cela accumulé au service de l’Etat avec un salaire annuel net de 5 millions d’ouguiyas (448 000 UM/mois). Soit 100 millions en vingt ans. A supposer même que ce fonctionnaire ait conservé l’intégralité de son salaire en vivant d’amour et d’eau fraiche , aurait-il pu réaliser une telle fortune ? Le bons sens nous dit bien que non. Car pour y arriver ii aurait dû thésauriser l’intégralité de son salaire , jeûner nuit et jour jusque-là et cela pendant un peu moins de cinq siècles ! Soit exactement 487 ans et 7 mois ! Ainsi économiquement chaque « ramz el vessad »a pris au pays un part de son avenir et a hypothéqué son futur. 5 siècles, 4 siècles, 3 siècles … chacun des roumouz el vessad peut être qualifié économiquement par le nombre d’années d’investissement et de croissance qu’il a volé au pays et qu’il a investit dans ses biens personnels. C’est ainsi qu’un individu a pénalisé( au sens propre et figuré) par ses actes tout un système judiciaire (en privant les juridictions et leurs magistrats de leurs moyens et en les poussant vers la corruption). C’est ainsi qu’un individu par ses détournements a privé toute une économie des moyen de son intervention commerciale et industrielle et des moyens financier de sa croissance. En matière de santé, 2 milliards, 438 millions et 750 000 UM, c’est : - Plus de 4 fois le budget 2008 du Centre Hospitalier national de Nouakchott ( qui s’élève à 562 951 980 UM) ! Et l’on comprend pourquoi par manque de moyens les hôpitaux sont des mouroirs du fait justement de ceux qui ont mis leurs budgets (de soins de médicaments et de traitements) dans la pierre des villas cossues et dans leurs comptes.. Au niveau de l’Education nationale, 2 milliards, 438 millions et 750 000 UM, c’est : - Un peu moins du budget 2008 de l’Université de Nouakchott ( 2 770 633 391 UM) Rouz el vessad et la drogue : l’enrichissement par overdose Jusque-là l’enrichissement des roumouz el vessad a été appréhendé sous l’angle du détournement des biens publics, de la concussion, de la malversation etc, en somme sur le « vol» au sens générique du terme. Ceux qui se sont enrichit de cette façon peuvent être qualifiés de « Roumouz el vessad » de premier niveau ou primaires. Ils se sont servit dans les caisses de l’Etat. Par contre une seconde catégorie recoupe la première sans ce pendant se confondre avec elle et qui, elle, s’est enrichit en se servant de l’Etat. Cette catégorie peut être qualifiée de second niveau, secondaire. C’est ainsi que dans les "roumouz el vessad" primaires on retrouve : - des fonctionnaires influents (sécurité, douanes..) se servant à travers les détournements de projets ou de budgets confiés, la corruption et les passe-droits qu’ils délivrent. Dans les « roumouz el vessad » secondaires on retrouve : - Des fonctionnaires (civils et militaires) et agents publics (à tous les points du territoire et dans l’administration centrale) toutes catégories confondues qui sont tenus dans le secret des transactions occultes qui traversent le territoire et dont ils facilitent l’acheminement et qui reçoivent en contrepartie rémunération. Ainsi la récente enquête effectuée par « Interpol » a mis en évidence une interaction très importante entre les pouvoirs publics et le réseau de trafic de stupéfiants en Mauritanie. Une enquête dont la dimension est telle qu’elle achoppe encore sur plusieurs blocages qui restent à lever. Enfin si l’on additionne tout ce dont la Mauritanie a été « siphonnée » financièrement durant ces trente dernières années cela se chiffrera à des centaines de milliards. Tant d’années perdues sur la route de développement, Tant de vies humaines mortes par défaut d’un système sanitaire adéquat, Tant de jeunes sans travail par manque d’éducation, tant de misères par manque de moyens qui sont allés choir dans les comptes de quelques individus sous la bénédiction de l’Etat. 20 ans, dix ans, 5 ans de retard économique cela compte dans la vie d’une nation. Tout est de savoir comment le rattraper en réintégrant les biens volés à la nation. C’est alors que l’approche sociologique et l’approche juridique peuvent aider à mieux cerner les choses.
En Mauritanie, « tout se sait ». Cette formule résume en fait un système d’information, qui fait que les mauritaniens sont proches d’une information politique dont ils ont fait, durant ces dernières années de plomb, un « additif » à leur fade quotidien. Et les « Roumouz el vessad » sont un assaisonnement au goût amer dont pourtant ils savent s’entretenir. Ainsi, s’est constituée une perception populaire de ces symboles de la gabegie. Une perception qui nous renseigne utilement sur ce que ces personnes peuvent être réellement. Il est unanimement admis que les roumouz el vessad sont des mauritaniens. Des nationaux. On ne retrouva pas des roumouz qui seraient des étrangers . Tous les roumouz el vessad sont des enfants du pays. La gabegie une exclusivité nationale. Les roumouz el vessad sont soit au pouvoir, soit tournent autour du pouvoir. IL n’ ya pas de roumouz el vessad en dehors du système étatique. Ils sont soit fonctionnaires soit acteurs économiques ou financiers en interaction avec ce système. La gabegie une affaire d’Etat. Les roumouz el vessad ont leur terrain de prédilection. Ils se regroupent quasiment tous dans une aire géographqiue bien déterminée : Tevragh Zina et les environs immédiats. La mémoire populaire n’en recense pas un du côté de « netegh jemba », quartier fort célèbre mais déserté par le roumouz. La gabegie a son espace d’épanouissement. Les roumouz el vessad font étalage de leurs richesses, notamment à travers leur progéniture qui sillonne en tout-terrains rutilants le parcours la corniche-le palais des congrès jusqu’aux lumières vespérales. La gabegie laissée en héritage. Dans la perception populaire donc les roumouz el vessad sont des nationaux qui ont pillé l’Etat qui logent dans les quartiers résidentiels et qui ont un train de vie ostensiblement riche. Aussi dans la perception populaire c’est une richesse qu’ils n’ont pas mérité et qui génère une sourde animosité. Et l’on cite des noms et des qualités et souvent certains noms, tant ils reviennent pour les mêmes faits, génèrent une forme d’unanimité qui ressemble étrangement à un verdict populaire de condamnation sans retour. Et si les preuves matérielles nécessaire à toute justice restent nécessaires, il n’en demeure pas moins que pour le peuple beaucoup de monde est déjà les grilles de sa conscience. Mais la conscience populaire est-elle suffisante pour qu’une qualification si grave puisse être donnée à quiconque sans passer par la justice de l’Etat ? Et si cette justice se devait d’être appliquée, comment peut-elle s’y prendre pour que ceux que le peuple qualifie de « Roumouz el vessad » puissent rendre compte de leurs actes sans porter préjudice à ceux qui ne le sont pas ?
De l’énumération à la définition S’il est vrai toutefois que cette appellation a un objet réel, elle n’a jamais bénéficié d’une approche juridique rigoureuse qui permettrait de la placer dans le champ de l’objectif et du saisissable. Cette appellation se fondait sur l’énumération pas la définition. Ainsi Roumouz el vessad c’est davantage une liste de personnes tenues pour telles, à travers une accusation, des faits avérés ou non, des actes notoires ou des présomptions qui prennent leur sources dans l’objectivité mais aussi dans la subjectivité. Cette liste est d’autant plus accusatoire que deux arguments militent matériellement en sa faveur . D’abord un argument politique : la plupart de ceux qui y figurent ont été au pouvoir, durant le régime précédent dans son giron ou en furent des instruments directs ou indirects, ensuite un argument socioculturel : « En Mauritanie, tout se sait, tout le monde se connait » Si la liste tire sa source d’un argumentaire sociopolitique qui n’est pas sans intérêt du point de vue du droit et des obligations notamment en matière procédurale (établissement de la preuve) il reste que l’ identification sur la base de critères juridiques définis est plus à même de rendre compte de la réalités , de la valeur du contenu de la liste eu égard aux infractions commises. De la qualification de l’infraction : qu’ont-ils fait ? La qualification c’est la dénomination que la loi confère aux situations susceptibles de tomber sous son application. Cette qualification est prononcée par le juge eu égard aux faits dont il est saisis, C’est par la qualification que l’on détermine le régime juridique ou les effets d’une situation. Le droit pénal général détermine les principes généraux concernant les infractions, les conditions générales d'incrimination et les modalités de fixation des peines. Il fixe les principes de responsabilité pénale, les causes d'irresponsabilité ainsi que les causes d'atténuation ou d'aggravation des peines. Les principes fondamentaux du droit pénal relèvent du droit constitutionnel. En matière pénale, le législateur ayant seul compétence pour déterminer les incriminations et les peines pour les crimes et délits alors que les contraventions sont de la compétence du pouvoir réglementaire. La qualification repose sur la mise en conformité d’un acte avec la description qu’en donne la loi. Lorsqu’une telle soustraction porte sur les biens de la communauté nationale, la qualification prend une dimension différente et revêt un contenu et une gravité qui va au-delà d’un simple acte de soustraction d’un bien. Cette soustraction peut en effet se faire de mille et une façon. Cela peut aller de l’extirpation forcée de la chose du fait de la détention d’une autorité quelconque par celui qui fait l’extirpation soit par le recours à des moyens légaux (recours en justice contre les indigents par des personnes influentes). Il peut aussi s’agir de l’accaparation de la chose à travers la falsification de documents de propriété ou de titres publics par l’usage de ses propres fonctions ou par le recours à une complicité administrative, judiciaire ou politique. Tous ces cas de figure ont été observés en Mauritanie. Des dépositaires publics de l’autorité à leurs « clients et courtisans » intéressés de la sphère politico-financière à la sphère socio-économique le pillage a pris toutes les formes et les figures. Les actes des « roumouz el vessad » se définissent alors par une batterie de qualifications qui peuvent être rangées en deux grandes catégories sévèrement punies et classés par le droit positif. Il s’agit notamment en sacrifiant à la classification pénale, des crimes et délits qui couvrent les crimes et délits contre la chose publique et ceux contre les particuliers. Ce que le code pénal qualifie justement des crimes et délits « «contre la paix publique ». Il s’agit notamment : Faux et contrefaçons : De la forfaiture et des crimes et délits des fonctionnaires publics dans l'exercice de leurs fonction :
Suivant le principe de responsabilité l’obligation est faite pour toute personne de répondre de ses actes illicites sur la base des sanctions pénales prévues par la loi. Et nul n'est responsable pénalement que de son propre fait. C’est la personnalité de la peine. Si l’on examine tous les actes commis et qualifiables on peut dire que les peines sont variables mais elles sont pour la plupart sans commune mesure avec la gravité de l’acte. Le code pénal ne sanctionne pas de façon sevère la commission des actes qui touchent les biens de la collectivité. Jugeons-en plutôt. Un simple « vol » par un citoyen à l’étalage est puni sévèrement (amputation des mains et des pieds et flagellation suivant la récidive) et un acte de détournement de biens publics par un dépositaire public est puni de 6 mois à quatre ans de prisons et d’une amende. Voici le cas du détournement de biens publics : Ainsi et à titre d’exemple pour les « soustractions commises par les dépositaires publics » le code pénal dispose : « Tout agent civil ou militaire de l'Etat d'une collectivité publique ou d'un établissement public, d'une coopération ou association bénéficiant du soutien de l'Etat, d'une société dont l'Etat ou une collectivité publique détient la moitié au moins du capital, qu'il soit ou non comptable public, toute personne, revêtue d'un mandat publie ou tout officier public ou ministériel qui aura commis dans l'exercice de ses fonctions les détournements ou dissipations prévus à l'article 379 ART. 379 du présent code ( Quiconque aura détourné ou dissipé, au préjudice des propriétaires, possesseurs ou détenteurs des effets, deniers marchandises ou objets quelconques, billets, quittances ou tous autres écrits contenant ou opérant obligation ou décharge, qui ne lui auraient été remis qu'à titre de louage, de dépôt, de mandat, de nantissement, de prêt à usage ou pour un travail salarié ou non salarié, à la charge de les rendre ou représenter ou d'en faire usage ou un emploi déterminé, sera puni d'un emprisonnement de six mois au moins à quatre ans au plus, et d'une amende de 5.000 à 600.000 ouguiya), sera puni d'un emprisonnement de cinq à dix ans; en outre, une peine d'amende de 5.000 UM à 1 million UM sera obligatoirement prononcée.(article 164) » Sera punie des mêmes peines toute personne désignée à l'article précédent qui, à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, aura soustrait des effets, quittances ou écrits contenant ou opérant obligation ou décharge, ou qui dans toute autre circonstance aura obtenu frauduleusement de l'Etat ou d'une collectivité publique au moyen de pièces fausses ou de manœuvres quelconques des sommes d'argent ou des avantages matériels qu'elle savait ne pas lui être dus (article 165) Et voici le cas du vol à l’étalage : Quiconque a soustrait frauduleusement une chose qui ne lui appartenait pas est coupable de vol et sera condamné à l'amputation de sa main si toutes les conditions suivantes sont remplies: Les preuves du crime de vol ne peuvent être rapportées que par les modes suivants : Cet article 351 du code pénal ne s’adresse pas aux « roumouz el vessad » mais aux autres voleurs du petit peuple. Comme quoi les mains qui volent l’Etat et réduisent le peuple à la misère ne sont pas celles que l’on coupe.
Il ne fait pas de doute que les « roumouz el vessad » sont une réalité. Comme il ne fait pas de doute que beaucoup d’entre-eux font l’unanimité quant aux actes qu’ils ont commis. Il ne fait pas de doute non plus que les actes qu’ils ont commis entrent bien sous le coup de la législation pénale. Faut-il cependant punir ces « roumouz el vessad » ? Le crime existe, les criminels existent, l’arsenal juridique existe. Mais faut-il punir et comment punir ? Hélas, il n’ y a pas de solutions intermédiaires et le silence actuel qui plane sur ce sujet ne présage pas d’un bon augure. En effet le pays a payé un lourd tribu aux pilleurs de ses ressources . Pilleurs qui hypothéqué des décennies entières sur la voie de son développement et qui n’ont même pas quitté la scène politique . Mieux encore ils peuplent les allées du pouvoir. « Je t’ai volé, je te dirige et tu n’y peux rien ». C’est là l’image que le peuple reçoit de ce qui constitue encore l’Etat. Et c’est justement cette image qui décrédibilise l’Etat . Une image qu’il gardera toujours tant que la question des Roumouz el vessad n’a pas encore été résolue. Mais la politisation de la question a caché sa « judiciarité » et l’on s’est pris à faire l’amalgame entre le droit du peuple à se faire restituer ses ressources , droit inaliénable, et la volonté du politique de l’en priver qui va à l’encontre de ce droit. Volonté politique qui fut dictée par des échéances électorale et qui aujourd’hui ne peut plus rien justifier. C’est dans ce sens qu’il convient de réfléchir. Toute solution se devrait de prendre en compte les deux éléments suivants : Aussi le recours aux voies judiciaires serait intéressant mais les concevoir comme accessoires aux fins d’arriver à une solution plus adéquate et plus originale préservant les nécessités mentionnées. Il pourra s’agir de la mise en place d’une commission spéciale (« commission du patrimoine public ») chargées de recouvrer les biens publics détournées assistée d’un appareil judiciaire, le ministère public auprès d’une juridiction et qui dresserait la liste de tous ceux sur lesquels pèse une présomption de détournement de bien publics. Mais il va de soi qu’il ne s’agit pas d’une présomption issue d’une conviction ou d’un témoignage individuel ou collectif, mais d’une présomption qui serait établie sur la base d’un comité indépendant (« comité du rapport ») qui aurait recensé le patrimoine de tous ceux qui figureraient sur cette liste. Il dresserait alors un Etat du patrimoine de la personne auquel sera joint l’Etat de ses services (son parcours de fonctionnaires ou d’agent public, ses émoluments ses revenus propres etc.) sur la période définie. Un document final de rapprochement sera alors soumis à la commission sur lequel elle assoira sa décision. Bref, une présomption établie sur des faits et qui emportera l'intime conviction. Exemple d’une décision à rendre : - Vue la situation patrimoniale de l’intéressé au moment de sa prise de fonction (attestée par tels documents, tels témoignage, tels faits etc.) Les décisions de cette commission auront force de chose jugée et exécutées dans les même formes que les jugements pénaux (pénalités de retard, obstructions à l’exécution etc.) Enfin, par dérogation aux dispositions du code pénal relatives à la forfaiture notamment (par une modification des textes), la personne qui aurait restitué le patrimoine détourné conformément aux décisions de la commission aura fait amende honorable et ne fera pas l’objet de poursuites. Dans le cas contraire son dossier sera transféré aux tribunaux criminels et sera traités conformément aux dispositions pénales en vigueur relativement aux actes commis (peines de prison, amendes, restitution des biens et déchéance civique). La procédure exceptionnelle qu’instruirait et exécuterait cette « commission du patrimoine public » aura l’avantage d’offrir une voie de non pénalisation des actes commis en contrepartie de la restitution des biens de la collectivité nationale par ceux qui l’ont extirpé. Elle préservera la paix sociale et l’intérêt national. Ce qui répond bien aux préoccupations actuelles. En effet, si les « roumouz el vessad » sont essentiellement perçus dans la littérature qui leur est consacrée comme ceux qui ont « volé » des biens publics, il reste cependant qu’ils sont plus que cela. Ils sont l’image même que le citoyen se fait de l’Etat et tant qu’ils restent impunis la crédibilité de l’Etat et sont respect restent sous caution. Les « Roumouz el vessad » ne sont pas seulement les symboles d’une gabegie ils sont pires que cela : ils représentent un certain Etat dans le conscient d’un peuple qui aujourd’hui a besoin d’effacer cette image pour pouvoir croire en quelque chose. De croire en un Etat moral, en un Etat qui n’est pas bâti sur les crimes d’un passé qu’il fait semblant d’ignorer mais qui n’échappent au plus démuni des charretiers aux tréfonds de sa bidonville.
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Un fameux « xouldy » en dénombra 500 et la liste est encore sur son blog. Une liste qui suscita maints remous et réponses. Certains s’y retrouvèrent d’autres pas. Certains s’en offusquèrent d’autres pas, mais toujours est-il que le fait existe (« la gabegie ») et que ceux qui l’ont accompli (« Roumouz ») sont toujours là. 