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Tenez bien la barre de la Commission mixte RIM:UE Version imprimable Suggérer par mail
21-02-2008 - 09:29

 Par: Elarby ould Moulaye El Hassan

Chers lecteurs mauritaniens, je ne suis pas un adepte de l’amalgame mais j’ai toujours le pied marin malgré mon éloignement prolongé de ma chère ville maritime de Nouadhibou. C’est pourquoi je commence par remercier Monsieur Almamy Samboly, le chargé de mission au Ministère des pêches, pour avoir relativement bien éclairé nos internautes sur cet aspect de l’ancien accord de pêche RIM –UE relatif au tonnage des navires pélagiques, lesquels sont supposés ne pêchant que le poisson de surface sur nos eaux maritimes…

Je l’encourage donc sincèrement à continuer sur le Net de telles démarches démocratiques car de la discussion positive jaillit la lumière.

Suite à la visite bien médiatisée du Premier Ministre Monsieur Zein ould Zeidane à Nouadhibou et à la veille de la réunion de la Commission RIM – UE, je me permets encore une fois de soulever quelques remarques complémentaires à ce qui a déjà été écrit, ici et là, à ce sujet maritime qui me tient particulièrement à cœur. J’espère que mes longues lignes habituelles qui vont suivre viendront plutôt renforcer nos négociateurs avec l’UE au lieu de les détourner de leurs nobles objectifs nationaux.

Permettez-moi également en préface de faire passer ce message qu’aurait voulu transmettre l’excellent capitaine de pêche M. Mohamed Mahmoud ould Ahmedou (qu’Allah l’enveloppe de sa miséricorde) qui fut Président de l’AOPMM (Association des Officiers de Pêche et de la Marine Marchande en Mauritanie). Il militait pour que notre Ministère des pêches accorde plus d'audience à leur association, particulièrement dans les prises des décisions administratives relatives à leur domaine d’action, notamment les accords de pêche avec l’Union européenne et la Chine... Après son décès, je lui rends ici cet hommage en exprimant son vœu.

Il y a effectivement un grand vide maritime national qui empêche la transparence de notre gestion du poisson. Ces enjeux semblent mieux cernés par les compagnies étrangères et leurs représentants locaux aux pratiques insalubres…

Malgré que le domaine maritime soit fondamentalement complexe en Mauritanie, je ne peux tout de même m’abstenir de tirer la sonnette d’alarme en vous citant les points les plus enflammant. Vous n’êtes pas sans savoir que nos nobles espèces de poisson de forte valeur sont vraiment devenues de moins en moins nombreuses, à cause justement de leur surexploitation par cette flotte étrangère (autorisée et non autorisée) qui est de plus en plus géante et sophistiquée…

A savoir aussi qu’au large de nos côtes, il n’a jamais été pratiqué un véritable contrôle des diverses fausses pêches à bord de ces navires étrangers. Sur ce terrain difficile, nos Administrateurs maritimes doivent exiger non seulement un contrôle local au peigne fin de ces divers produits pêchés, mais ils doivent aussi s’assurer du nombre des apparaux de pêches (ex ; enrouleurs de chalut) et autres équipements techniques autorisés à bord.

En outre, on doit tout mettre en œuvre pour l’implantation sur notre littoral d’un véritable système de surveillance par satellite. Cela consiste à imposer, à chaque navire de pêche, l’installation à son bord d’une balise (GPS) à émission permanente. Cette balise envoie, en temps réel, sur les écrans radars de nos unités littorales de surveillance maritime et par le biais des satellites, les coordonnées et autres données du navire : position en mer, vitesse, immatriculation etc…

La portée de ces radars-satellites devra couvrir au moins les 200 miles marins représentant la limite de notre zone économique exclusive. Contrairement à ce qui se raconte, je souligne que nous ne nous sommes pas encore véritablement munis de cet efficace et dissuasif système de surveillance maritime qui nous permet de savoir, sans équivoque, qui fait quoi sur nos eaux maritimes (par un simple clic de souris, ce système permet de différencier entre les navires pirates et ceux autorisés à pêcher). Nos partenaires économiques en Europe nous refusent la mise en place d’une telle technologie de surveillance maritime efficace.

Je souligne que la plupart des eaux maritimes européennes sont surveillées à distance par ce système nouvellement réglementé (balise-satellite-radar). On dit que la FIFA va bientôt mettre en place un GPS miniaturisé au sein même du ballon de Foot, afin de s’assurer précisément que la balle a bien franchi la ligne des buts. Comme quoi, s’ils en expriment le désir, nos Administrateurs maritimes peuvent bien surveiller non seulement les navires franchissant la ligne de délimitation de notre zone économique exclusive (200 miles marins), mais surtout ces autres navires défiant notre ligne de base reliant le cap Blanc au cap Timiris (zone incluant la bande de reproduction de nos valeureux poissons)…

Et pour vous donner un autre exemple de deux poids deux mesures, je rappelle aux courtes mémoires que le plus géant navire chalutier dans le monde, « l’ Atlantic Dawn » construit en Europe, avait été interdit de pêche en zone UE bien qu’il soit construit sur un chantier naval européen. Malgré cette interdiction à vie, ce navire dévastateur est allé expérimenter sa capacité de destruction sur nos ressources maritimes comme vient de le confirmer notre courageux Administrateur cité en introduction. En effet, l’Atlantic Dawn faisait partie intégrante d’autres géants de la mer qui pêchaient officiellement en Mauritanie dans le cadre de notre précèdent contrat de pêche avec l’UE.

Il paraît même que ce navire portait le numéro 71 dans la liste de la Direction régionale maritime de Nouadhibou. Il est le plus grand des navires chalutiers ayant pêché dans le monde, car, en tonneaux de jauge brute, il a 14.050 (TJB) et en longueur 134 mètres. Je ne vous parle pas des autres navires européens (toujours chez nous) dont la capacité ajoutée (de deux d’entre eux) avoisine l’Atlantic Dawn.

Nous dire ensuite que le régime des licences libres, en Mauritanie, se base sur la tonne à la jauge brute et que le paiement soit aux environs de 100 dollars US/tonne versés à notre Trésor Public, pour un vrai pêcheur cela ne ressemble strictement à rien. Car, avec ce système des licences libres, on ne peut pas vérifier la conformité du produit pêché.

Le navire ne débarque pas chez nous pour que l’on sache ce qu’il a réellement comme qualité de produit dans ces cales froides à (-25°)… A savoir surtout que la capacité de congélation d’un grand chalutier du pélagique peut atteindre facilement 250 tonnes/jour, d’où l’impossibilité du contrôle des dizaines de milliers de caisses de poisson arrimées dans des chambres froides à une si basse température et avec une si grande vitesse de la chaîne de traitement continu du poisson.

Le véritable amalgame réside dans cette cale à poisson qui est supposée ne contenir que du poisson pélagique légal (chinchard, sardinella et autres) tandis qu’elle contient également un grand pourcentage de la fausse pêche, comprenez : pêche intentionnelle, donc illégale (du poulpe, calamar et autres). Ce dernier produit, interdit de pêche aux géants navires pélagiques, est ainsi dissimulé dans la vaste cale à poisson dont l’ambiance est trop froide pour être supportée par nos contrôleurs frileux et plutôt préoccupés par d’autres acquis mesquins… Voilà comment on laisse passer l’arnaque depuis des décennies….

C’est justement cet état des choses qui fait que le pêcheur étranger, incontrôlable, choisira souvent de pêcher, clandestinement, le poisson noble bien vendu sur le marché mondial (moyenne de 8000€ la tonne pêchée au chalut de fond), au lieu du poisson pélagique autorisé mais qui est de moindre valeur (moyenne de 800€ la tonne pêchée au chalut de surface). Pour avoir une idée de l’importance de nos richesses halieutiques, referez-vous au tableau des captures annuelles, publié « officiellement » sur le site du Ministère des Pêches…

C’est vous dire que le tonnage n’aurait pas dû être la seule base du système des licences libres, la taxation devrait plutôt être, non seulement en fonction de la quantité pêchée, mais surtout en fonction de la qualité du produit pêché et de la durée de pêche (Pour ce faire, il faut exiger le contrôle au débarquement, jusque-là refusé par l’UE…). Il faut également savoir que les apparences de l’armement de pêche d’un navire à quai sont souvent trompeuses, car, en haute mer, il est facile pour un armateur de passer d’un armement autorisé à un autre illégal, parce que plus productif…

Quant à notre arrêt biologique, et vu la rareté des navires en infraction en cette période de pause et en dehors de celle-ci, je tiens à dire que cet arrêt n’a jamais été bien respecté par les pêcheurs étrangers (pirates et légaux) et souvent grâce à la complicité locale à haut niveau…

Cela étant, on peut supposer qu’il y a donc une surveillance maritime complaisante ou inefficace, même si elle se veut sérieuse. Sur ces points précités, je défis quiconque, qui ose me contredire parmi par nos officiers de la marine nationale chargés de la surveillance maritime ou parmi nos contrôleurs biologiques chargés de la fausse pêche à bord des navires.

En revanche, il est vrai que cette période de deux mois de pause biologique est triplement positive, en ce sens qu’elle vise : la régénérescence des espèces de poissons surexploitées, la relaxation (congés annuels) de notre chère main d’œuvre maritime nationale et la redynamisation des métiers annexes à la pêche (petits carénages, petites réparations navales et petits approvisionnements locaux en matériel naval en vue de la campagne de pêche ultérieure).


Ce dernier point me ramène à la récente visite du port de Nouadhibou effectuée par notre Premier Ministre Monsieur Zein ould Zeidane. Là aussi, on peut m’indexer d’excès de zèle et d’ambitions quand je rajoute qu’en Mauritanie, avec des recettes normales du poisson, notre Administration centrale pouvait faire les choses à plus grande échelle. Je pense non seulement à de sérieux contrôles et de sérieuses surveillances maritimes comme déjà dit, mais aussi à la construction d’infrastructures portuaires (complexes frigorifiques et autres annexes) en plus de plusieurs chantiers navals modernes pour venir en substitution à nos 2 vétustes et petits docks flottants de la Mashref à Nouadhibou.

Il nous faut de vraies usines et des chantiers navals dignes de nos ressources halieutiques pour imposer à nos armateurs nationaux et surtout aux compagnies étrangères (UE et Chine), de débarquer leurs produits pêchés sur nos terre-pleins et d’effectuer sur nos chantiers le carénage et les réparations techniques de ces centaines de navires qui pêchent sur nos eaux maritimes. Pour arriver à cette fin, il appartient à notre Administration de former le personnel necessaire d’exiger que nos opportunistes partenaires étrangers (bailleurs de fonds) contribuent à la réalisation de ces projets et à la formation de ce personnel …

Ce faisant, nous pourrons dorénavant imposer à nos partenaires des accords de pêche contraignants, visant à débarquer localement leurs produits pêchés (seul le pélagique fragile peut être transbordé mais uniquement sur la rade abritée de Nouadhibou, plutôt qu’au large houleux et douteux). Tout ceci aura pour résultat immédiat : - gain de temps et d’argent pour tous les armateurs, - immense entrée des devises pour la banque centrale, - meilleur contrôle local de tous les produits pêchés, - réalisation des réparations techniques et navales sur place, d’où enfin la suppression du chômage national, le développement de notre capitale économique et la consolidation de l’unité nationale..

Dans le cas échéant, c’est à dire : si le prochain accord quinquennal avec l’Union européenne ne comporte pas au moins ces progrès, nos acteurs nationaux du secteur des pêches devront donc mettre fin à cette déloyale concurrence faite à l’armement national, car c’est ce qui a rendu de plus en plus précaires les conditions de vie de nos ressources halieutiques, de nos armements nationaux et de nos marins.

En réalité, c’est notre fédération nationale des pêches (FNP) qui ne fait rien pour limiter ce laisser-aller, et elle rejette tout sacrifice visant à moderniser notre vétuste flottille et nos vieilles infrastructures portuaires. La FNP aurait dû concurrencer ou remplacer les étrangers en formant une main d’œuvre maritime nationale capable d’une autre forme de Mauritanisation des équipages à plus grande échelle. Il s’agit de la nationalisation des géants navires-usines monopolisés, à tort, par une main d’œuvre maritime étrangère tandis que notre marché de l’emploi maritime regorge d’officiers mauritaniens diplômés, brevetés et chômeurs.

A mon sens, ceci est la meilleure façon d’ancrer une nouvelle culture maritime dans la tradition de notre population nomade (qui est naturellement perfectible), et qui est, par-dessus tout, super riche en ressources halieutiques puis bientôt en gaz et pétrole maritimes…

Je rajoute à ce sujet que certaines plates-formes d’extraction de pétrole en offshore (de marques déclassées) ont engendré des catastrophes écologiques bouleversantes partout dans le monde du pétrole et ce, suite à un très mauvais temps ou suite à un simple accident de routine.

Cela veut dire que nous pourrions pareillement être surpris par une marée noire, à l’instar de celles des navires « Erika » en 1999 et « Prestige » en 2002 qui ont dévasté les littoraux ouest de France et d’Espagne (les médias en ont parlé puisque ça se passe en Europe).

Pour prévenir de telles catastrophes destructrices de notre écosystème et à défaut de pouvoir lutter contre elles, en Mauritanie, nous nous devons de bien inspecter ces plates-formes et ces gros navires pétroliers complaisants (souvent sous normes) qui viennent embarquer notre pétrole. Pour nous, ce maudit pétrole pourrait ne pas être la cerise sur le gâteau (ce gâteau étant bien entendu notre poisson). Sans une vigilance accrue, une grande pollution irrémédiable pourrait être destructrice de nos nombreuses ressources halieutiques qui devront demeurer notre véritable gâteau naturel à préserver (en voulant trop gagner, nous risquons donc de tout perdre : littoral + biomasse).

L’éventualité d’une telle pollution accidentelle est inconcevable pour certains opportunistes responsables de l’anarchie au sein de notre secteur maritime. Je persiste et vous préviens que ces catastrophes sont bien fort probables du point de vue de nos travailleurs de la haute mer. Ce sont nos pêcheurs industriels et nos artisans pêcheurs (Imraguènes) qui se soucient le plus de la pérennité de notre riche environnement maritime (du cap blanc au fleuve mauritano-sénégalais en passant par le banc d’Arguin). Pour certains de nos Administrateurs maritimes (ceux qui administrent les marins d’eau douce), ces remarques ne sont que des paroles dans l’air…

Bref, je ne vous parle même pas des graves fraudes maritimes et des autres types de pollution chronique dont souffrent nos rares phoques moines et nos divers oiseaux de mer. Ceci est une autre paire de manches délicate mais bien connue de tous nos marins avertis...

Je ne vous dis pas enfin la forte probabilité d’un TSUNAMI maritime dont les vagues montagneuses taperont sur les « murs » de l’Adrar et du Tagant et ce, non seulement à cause des effets grandissants du dérèglement climatique comme le confirment les experts écologistes (émissions des gaz à effet de serre, déforestations etc), mais surtout par la force de l’injustice sociale et la dépravation des mœurs, bref. La dégradation totale des officiers militaires,des chefs de tribus etc… On pourra alors dire que c'est Dieu qui se fâche contre notre soi-disant République islamique…C’est un autre débat politique celui-là.

C’était donc là quelques pensées que j’aurais bien souhaitées exprimer de vive voix à notre Premier Ministre lors de sa récente première visite de ma ville de Nouadhibou. Sans avoir peur d’être coupé ou interdit de parole, je soulève pour une énième fois ces remarques sur cet espace de liberté en vue d’attirer votre attention sur la problématique de la pêche chez-nous et ceci, à la veille de la réunion de la Commission Mixte RIM – UE qui se tiendra le 20, 21 et 22 février 2008.

Mon conseil d’ancien mécanicien de marine, c’est de mettre haut la barre au cours de ces négociations en disant avec sérénité et force, comme un bon marin qui négocie un contrat avec un armateur empressé de faire sortir son navire et aveuglé par les futures captures abondantes du poisson : « voilà mes conditions !!!!!!!!!!!!!!, Monsieur l’armateur ou Madame l’UE, c’est tout à prendre à ce prix fort ou à laisser ». Comme dit Zola : « crever pour crever, autant crever à ne rien faire » en conservant ma dignité……


En un mot, je rappelle que nos vastes eaux maritimes cachent, grâce à Allah et à son phénomène naturel d’upwelling, une richesse halieutique diversifiée qui fait que notre pays est le plus poissonneux du monde. Je ne suis pas un économiste, mais en estimant la valeur REELLE de la capture EFFECTIVE au large de nos côtes, je me dis qu’il ne devait pas y avoir chez nous de citoyens nécessiteux. Cela étant, nous devions (et devrons avec une bonne gestion) nous suffire de cet or bleu et laisser l’or noir enfoui pour nos générations futures (à retenir au bout du compte que c’est un pêcheur du pélagique et du fond qui vous parle ici).

Enfin, nous espérons de l’innovation maritime avec les nouveaux Ministres des pêches et du Transport Maritime. Pour cela, nos Ministres devront d’abord déranger les mauvaises habitudes de notre patronat maritime qui a une grande part de responsabilité dans ce désordre actuel…

Ils doivent également se démarquer des vieux courtiers locaux et des mauvais conseillers afin de faire face, par la suite, aux partenaires étrangers au sein de ladite Commission, car ces derniers sont habitués à être hautement bien représentés et défendus localement par quelques compatriotes (hommes d’affaires, Administrateurs et officiers supérieurs…).


Maintenant que j’ai libéré ma conscience de ce poids moral pour ainsi exercer un devoir national à un moment propice, juste à la veille de cette importante réunion de la Commission pêche RIM – UE, je souhaite que cet écrit ne retarde pas davantage l’aboutissement de ma dernière chance, c’est-à-dire mon ultime requête d’agrément que j’avais introduite au Ministère concerné pour exercer ma fonction libérale d’expert professionnel maritime. C’est cette seule fonction qui répond pleinement à ma vocation et pour laquelle je galère toujours depuis la fin de mes études, sachant que pourtant la concurrence a bien été ouverte dans ce domaine privé jusqu’ici monopolisé par des personnes étrangères au secteur maritime.

Je boucle de cette manière pour que l’on sache que je n’ai aucune autre intention derrière ce rapport.


Elarby ould Moulaye El Hassan
Inspecteur maritime
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Nantes - France

 
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