| Trois hommes, une vie |
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| 24-07-2007 - 10:28 | |
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Par: Ould Oumère Mbodj est forestier. Il était à Keur Macène quand il a été déporté. Sy Hamédine, instituteur. Il était à Sélibaby. Doudou Bâ, infirmier. Il était à Atar.
Mbodj est forestier. Il était à Keur Macène quand il a été déporté. Il raconte :
au bureau l’inspecteur m’a dit que je devais retourner immédiatement à Keur Macène avec son adjoint pour acheminer des plants à la demande du directeur de la protection de la nature ; quelques minutes après, un adjudant chef de la police du nom de Camara est venu ; il a appelé l’inspecteur dehors ; après des conciliabules l’inspecteur m’a demandé de rapporter un document qui était chez moi ; je suis allé avec le chauffeur le prendre ; j’ai senti un changement dans son attitude à mon égard ;
Sy Hamédine, instituteur. Il était à Sélibaby. ‘Je m’appelle Sy Hamédine ; j’étais à Sélibaby comme instituteur ; j’ai enseigné plus de vingt ans dans la même ville ; fin avril 1989 on me convoquait régulièrement à la police ; on me demandait mes pièces et celles de ma famille ; j’ai apporté les actes de naissances, les certificats de nationalité ; c’était pendant le Ramadan ; chaque fois que je sortais de l’école, je me rendais à la police ; jusqu’au 5 mai. C’était le jour de la Korité, il m’ont pris à l’endroit où j’étais venu pour participer à la prière ; j’étais avec deux de mes garçons ; j’ai envoyé quelqu’un à la maison pour informer mon épouse ;
De Bakel nous avons été acheminés sur Tambacounda puis de Tambacounda à Dakar. A Ouakam précisément. Là, nous retrouvons tous les mauritaniens ; il y en avait beaucoup. Il y avait aussi des mauritaniens nés au Sénégal que l’on voulait rapatrier. Ces derniers ont dit qu’ils ne connaissaient pas la Mauritanie et qu’il n’était pas question pour eux d’y aller. Finalement avec l’intervention des chefs de quartier, ces gens ont été ramenés chez eux. De là, nous sommes allés à Thiès où on est resté un peu plus d’un mois, ce qui a failli compromettre les études des enfants ; j’avais deux garçons qui devaient passer le bac ; comme on avait des connaissances ici, ma famille est allée à Saint Louis et moi je suis resté pour enseigner. Aujourd’hui Dieu merci mes deux garçons on terminé leurs études à l’université. L’une de mes filles était professeur dans le privé. L’autre est sage femme. Actuellement elle est à l’étranger. Nous sommes là depuis lors’.
Doudou Bâ, infirmier. Il était à Atar. ‘Je suis infirmier, je travaillais à l’hôpital d’Atar. Le 7 mai, j’étais à la maison ; il y a eu les événements et les rapatriements ont commencé ; mais moi je ne pensais pas que je pouvais être victime de ces événements ; c’était le soir, j’étais couché à la maison vers 20 heures après la rupture du jeûne, parce que c’était pendant le Ramadan ; je me reposais ; il y avait mon épouse, sa maman et mes enfants. Un policier est venu et m’a demandé de prendre mes papiers et de le suivre. J’ai pris mon passeport et ma carte d’identité et je suis allé à la police ; le commissaire a examiné mes papiers, il les a gardés et m’a demandé d’aller m’asseoir dans le box. J’y ai passé la nuit et le lendemain vers 11 heures, j’ai vu la Land-Rover de l’hôpital qui est arrivée avec mon épouse et mes enfants. En ce moment mon épouse était en état de grossesse. On nous a emmenés à Nouakchott où nous sommes arrivés vers minuit. On m’a emmené à la Direction de la Sûreté ; ensuite on m’a conduit à la brigade mobile près du Croissant Rouge. On m’a placé dans une chambre ; le commissaire m’a dit que je devais passer la nuit pour partir le lendemain avec le pont aérien. Il m’a réconforté en me disant que c’était une situation qu’il fallait gérer, qu’on allait partir et revenir bientôt dès que tout sera calme.
Source: La Tribune (Mauritanie) |
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