mauritanie

Une pensée pour les soûlards du pays et leur barman sans pitié Version imprimable Suggérer par mail
29-02-2008 - 05:05

Par: Deissane 

Il y a encore un endroit ou deux en rim où la soif peut trouver une bière fraîche, un pastis bien serré ou une vodka ou deux bien glacée. C’est le dernier paradis de nos amis les potes ! Au-delà des soûlards qui boivent comme des alcooliques, il y a aussi des gens simples qui prient et qui boivent, ça existe ! J’en connais un qui ne boit pas avant la dernière prière de la journée et j’en connais d’autres qui boivent et prient soûls dans toutes les directions sauf celle de la Mecque en expliquant que Dieu est partout !

La boisson en rim rime avec tout sauf accessible ! Figurez-vous que la bouteille de whisky ou de vodka se négocie à 17000un le litre, que la bière se boit à 1000 ou 2000 un ici et là.

Vous ne pouvez imaginez combien il y a de mauritaniens qui aiment d’amour l’ivresse ! Une bière fraîche se rêve se goûte et en appelle toujours une autre encore plus fraîche ! On rencontre dans cet univers toutes sortes d’intellectuels notoires que vous ne verrez jamais ko mais qui aiment la chose, qui aiment la douce ivresse des gens responsables !

Ces gens ont affaire à notre barman. Ce maître barman et maître bandit se plaît avec une jouissance exponentielle à les servir aujourd’hui comme des rois et demain dés qu’ils les voient de retour, il leur sert une bière et hop dès qu’il sent que la soif réclame son reste, il annonce à la galerie que c’est fini ce soir !

Là les mines renfrognées le maudissent en douce de peur de déclarer une guerre perdue d’avance, une guerre que la barman a déjà remportée ! Ce barman se plaît à les voir suer sang et eau, sourire, faire des grimaces responsables, jouer de la blague pour un pot ! mais rien n’y fait, le barman sachant que demain à la même heure , ils viendront, il s’éclate, les assoiffe, tantôt les servant à gogo tantôt les faisant espérer toute la soirée en vain.

Je ne connais dieu merci par des soûlards ! mais je connais des amateurs de la chose, des mauritaniens qui aiment boire , qui connaissent le vin sans doute autant que les meilleurs palais du terroir, qui pour un verre ou une caisse , vous donnerait une palmeraie ancestrale pourvu que la source ne tarisse pas !

Dans cet univers, il y a ceux qui peuvent tranquillement trouver un pot ou deux car ils connaissent un ou deux blancs, avec ces gens-là, il y a toujours moyens de leur prouver qu’ils sont des leurs mais que n’ayant pas d’autre nationalité, il n’ont pas de quota autant dire qu’ils souffrent, ils sont les victimes de l’embargo !

Alors il faut les voir vous expliquer l’époque si proche et lointaine à la fois où en rim la boisson coulait à flot, ah disent-ils ! c’était un temps béni où l’on pouvait décompresser. Longtemps , j’ai observé mes amis et diable je sais qu’ils boivent comme on prend un anti-dépresseur, ils boivent pour rire et danser c’est tout !

La tribut de la bouteille est puissante dans ce pays mais tous ses membres ne campent pas à la même enseigne ! Il y a ceux qui peuvent prendre leur pastis à flot et à l’abri et il y a les autres, leurs frères en palais avertis qui eux galèrent et Dieu sait qu’ils ne sont pas des soûlards , ni des voyous mais justes des mauritaniens qui un jour ont goûté la douce ivresse et depuis ils ont soif !

Ils iront sans doute en enfer car ils ont soif, mais diable j’en connais plus malheureux qu’un verre vide ou une liasse de billet sans barman, qui souffrent dans ce pays car la boisson est rare et chère !

Ils souffrent franchement et quand le soir tombe et que le spleen plane ah ! combien un verre ou deux ou trois ou quatre ne ferait pas oublier le quotidien ! Il y a le soûlard social qui boit par politesse car il se refuse de montrer sa gueule à tout les imbéciles qu’il connaît et qu’il doit supporter tous les jours, alors il boit pour être convivial pour être social, il boit par politesse pour ne pas dire à tous ses amis « allez au diable bande de soûlards ! », il boit car sans boire il serait soûlant ! il ne supporterait plus cette vie , et peut-être alors serait –il efficace à l’œuvre pour un changement profond de cette société.

Il y a l’autre qui toute la journée passe son temps à supporter , à sourire à jouer la comédie alors dès fois il craque , il boit jusqu’à éclater alors il dit à tous ce qu’il pense : « toi tu es un vaurien, toi manac chi, toi hachmac , wo tfou wokhrast ! « et soudain il tombe dans le coma , c’est l’émotion !

Il y a l’autre qui n’est jamais vous le verrez soûl , il boit un verre responsable, il sirote, il se pause et oublie la journée terrible, lui il est député, avocat ou simple homme d’affaire ou pauvre diable amateur de l’ivresse ! Tous ces gens, j’en connais un paquet et pas un ne ferait de mal à une mouche !

Une fois sur la route de la plage, on vit des potes qui voulaient jeter un colis hors du pick-up , savez-vous qui était ce colis ? Un sénateur tout simplement ! Je finis par le retrouver plus tard fin fait réclamant un cadeau républicain , comprenez un verre servi par son pote dans un bouteille d’évian coupée comme il se doit : il but encore et hop il tomba à la renverse ! sous les rires des autres potes.

Combien de nos plus brillants intellectuels aiment la boisson ! Les plus lucides ne sont pas à l’abri et ensemble ils ont en commun une fissure, une faille, ce je ne sais quoi de mort ! ce je ne sais quoi de blessé qu’ils cachent, qu’ils étouffent et qui les assoiffe ! quelle perte pour ce pays , tous ces génies qui le soir plus ivres qu’un assoiffé au paradis des soûlards , cherchent tous les moyens d’oublier qu’ils sont le dernier espoir de ce pays ! alors ils parlent, analysent et finissent par ne plus rien analyser du tout, ils boivent rient puis dorment , puis demain c’est le réveil difficile où l’impuissance attend la fin de la journée pour chercher le pot miraculeux qui leur fera oublier que leur dernier espoir se meurt au fond d’un dernier verre !

Quelle perte !

 
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