mauritanie

Une vaine course ! Version imprimable Suggérer par mail
09-03-2008 - 09:21

Par: La mauritanienne 

L’autre soir, avant de dormir, les idées déferlaient sur mon esprit. Comme chaque soir avant mon sommeil, elles surgissent, les idées. Aussi différentes, les unes des autres, ces idées comptaient, tout de même, parmi elles, une, qui arborait une image quelque peu bizarre. Les autres sont quasiment les mêmes auxquelles je me suis habituées depuis quelque temps.  Je les reconnais, une à une, ce sont des idées plaisantes qui venaient  pour marquer ce rendez-vous nocturne.

Je me suis tellement familiarisée avec elles que nous sommes devenues, à la longue, de véritables copines. Chacune tente d’exprimer son intimité avec moi, qui en me donnant un bisou sur la joue, qui en me souriant de travers, qui en me chantant une jolie berceuse, qui en me câlinant. C’est pour dire qu’elles sont sympathiques. Sympathiques quoiqu’elles osent parfois me suggérer des inepties, des scénarii qui m’horripilent ! Mais, avec les idées c’est toujours comme ça, on ne négocie jamais. On accepte ou n’accepte pas !

Libre à quiconque d’épouser une idée ou de tenter de la chasser de sa demeure d’esprit. Mais, il n’est pas dit qu’elle accepte la répudiation. Il ne faut surtout pas l’assimiler à une femme mauritanienne. C’est, tomber dans l’erreur de vouloir la prendre pour telle. Car, une Mauritanienne peut bien se contenter de quelques avantages matériels, ce qui révolte une idée de bonne famille. Parce qu’il en existe, aussi des idées de la mauvaise race,  qui sont nées dans la fange.  Il faut avouer que je m’accommode assez bien de cet univers idéel.


Mais, cette nuit-là, j’étais contrariée par cette idée qui s’imposait à moi. Saisissante idée qui remorquait avec elle un cirque à la fois pathétique et terrifiant. Cette idée-là, qui s’est assise sur l’un des divans  de mon esprit, faisait défiler des scènes, qui me plongeaient dans un moment de commisération. Certes les idées qui ont eu à siéger dans mon misérable territoire spirituel depuis, n’étaient pas faites toutes que de bonnes choses. Elles disaient la vie avec toutes ses facettes, sa joie, son honneur, sa gloire… ; mais également elles relataient son horreur, son obscénité et son  ignominie….etc. Mais, celle-là, suscita chez moi un profond sentiment à la fois de mansuétude et de résignation. Pourtant la scène était quelque part ordinaire et n’invitait à première vue à aucun effet. Mais, cette impression, ou non impression, serais-je, tentée de dire, ne tardât à se dissiper d’aussitôt. Oui, la banalité de l’image a cédé la place à la singularité.


La scène, qu’étalait cette idée dans la chambre à coucher de mon esprit, montrait un septuagénaire et un quadragénaire qui étaient comme damnés à une course. La course telle présentée par l’idée était étrange. Aussi insolite, était-elle, que l’étaient ses concurrents. Les deux sprinteurs n’étaient autres que Sidi Ould Cheikh Abdallahi et Zeine Ould Zeidane. Ils faisaient équipe en quelque sorte. Leurs rivaux dans cette course étaient les évènements.. Les deux hommes couraient derrière des évènements  qu’ils n’arrivaient pas à rattraper. Ils étaient éternellement devancés. Quant aux  évènements coureurs, ils  avaient étrangement un point de départ propre à eux. Ils sortaient de quelques lieux qui ressemblaient plutôt  à des repaires. D’où parvenaient une cacophonie de voix où s’entremêlaient jérémiades, lamentations et cris de détresses. Ces endroits étaient peuplés d’hommes de femmes et d’enfants de physiques squelettiques, visages émaciés et qui portaient tous un regard de désespoir d’une désolation insupportable. Les habitations qui leur servaient de demeures  étaient des taudis mal foutus dépourvus d’eau et d’éclairage. Ces coins relataient un quotidien de misère de marginalisation et de privation. C’est ce quotidien qui marque le point départ de ces sprinteurs.


Ces lieux donnaient aux évènements coureurs le point de départ idéal. C’est quand la souffrance dans ces espaces atteignait son paroxysme que les évènements se produisaient. La situation intérieure de ces ghettos devenait tellement insoutenable que les évènements filaient à toutes allures quittant cet enfer. Ils jaillissaient, comme propulsés par une force qui leur servait d’énergie leur permettant de dépasser tous les obstacles humains. Ces évènements coureurs sortaient tels des vaincus, en quelque sorte,  habités par une fureur haineuse fuyant le dénuement et promettant la géhenne à un ordre qui ne  réserve, à eux, ni aux leurs un infime grain de clémence. C’est pourquoi, nos deux pauvres coureurs, qui  surgissaient chacun tout parfumé d’un somptueux palais étaient déjà battus d’avance, parce que n’étaient motivés par aucune force. L’épineux handicap qui était à l’origine de la débâcle de ces deux coureurs, était qu’ils ne savaient pas situer le point de départ de leurs concurrents. Cette misère quotidienne qui constitue une usine à évènements, ils ne la voyaient pas, ou la négligeaient. Sourds étaient-ils aux geignements et aux soupirs plaintifs qui enfantaient des évènements courroucés bien préparés  à produire la pire des catastrophes. 


La course finissait toujours par le triomphe des évènements coureurs. Ce qui était d’évidence conclut cette idée. Car, dans une course il faut toujours avoir un même point de départ pour tous les compétiteurs. L’avantage, dans une course, revient toujours à ceux qui ont négocié le bon départ.  Sinon, c’est une vaine course ! Sans fournir plus d’explications, cette idée prit congé de mon esprit. Elle me laissa avec mon aimable univers idéel. Un univers fait des mes propres idées. Des idées avec lesquelles je m’entendais bien. Car, avec celle-là, je peux bien me permettre de m’endormir et les laisser  en toute confiance dans les méandres de mon esprit. Ce que, j’ai essayé pourtant avec mon assaillante de ce soir, mais à chaque fois elle me sortit un lot d’horreur que je ne puis supporter.

 
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